27/12/2011 05:10:46
Cameroun: Impunité « assurance tous risques »
L’impunité a forgé en trois décennies une race nouvelle de Camerounais sans référent moral ni éthique, et sans aucune autre conscience que celle de l’argent plus facilement gagné  dans les positions de pouvoir et par la corruption que par le travail. Une race qui par réflexe culturel banalise le crime et le vice, et qui vit dans l’outrage permanent aux vertus humaines, y compris républicaines.
Le Messager
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Notre précédent éditorial concluait la semaine dernière que le régime d’impunité a encore de beaux jours devant lui. Nous le maintenons parce que c’est vrai, même si à la veille d’une nouvelle année, notre souhait est que chacun use de son droit à la conversion pour que 2012 soit l’amorce d’un retour à la vertu. Car, il n’y a rien de plus vrai que «l’habitude est une seconde nature».

L’impunité a forgé en trois décennies une race nouvelle de Camerounais sans référent moral ni éthique, et sans aucune autre conscience que celle de l’argent plus facilement gagné  dans les positions de pouvoir et par la corruption que par le travail. Une race qui par réflexe culturel banalise le crime et le vice, et qui vit dans l’outrage permanent aux vertus humaines, y compris républicaines.

Si l’impunité dégénérative commence au sommet de l’Etat où le clientélisme politique et l’incrustation systémique de la corruption dans les rouages dirigeants apparaissent comme les deux meilleurs instruments pour garantir la longévité du système gouvernant, elle descend jusqu’au carrefour « les 2 églises » à Douala, où l’on a l’impression que les moto taximen font exprès d’annuler continuellement les signaux des agents de la circulation, disputant la priorité aux véhicules autorisés à passer, créant de ce fait les embouteillages qui paralysent la ville, et se mettant à injurier en chœur celui qui oserait leur en faire la moindre remarque. Naturellement, la police est impuissante devant le phénomène, parce qu’ en amont les autorités administrative et municipale ne peuvent plus supprimer la jungle induite du laisser-faire qui tient lieu de politique de l’emploi.

Mais, avant d’en arriver là, Elle a d’abord perverti ce qui est le socle des valeurs et de la vertu  dans toute société humaine normale, et républicaine. A savoir : le système éducatif. Le Cameroun est devenu un pays où, comme disait un « forumiste » camerounais sur le Net la semaine dernière,  « les enseignants sont corrompus par les étudiants, les vendeurs sur les trottoirs corrompent les collecteurs d’impôts, les taximen corrompent les  policiers,  les généraux corrompent leurs soldats… ». Nous n’insisterons pas sur le fait nouveau que désormais ces corrompus le sont de plus en plus sur leur propre demande. Nous ajouterons plutôt, et pour montrer jusqu’où est allé ce que le parodié appelle « dynamique de solubilisation de l’esprit national » que dans ce pays nôtre, pour avoir de la place dans un bus de  transport en commun, lorsqu’on est en retard sur l’enregistrement, il suffit de glisser subrepticement  un billet bleu dans la main du chargeur en le saluant, pour occuper la place d’un passager qui a déjà son billet, obligeant ainsi ce dernier à attendre le voyage suivant. Et si vous trouvez que c’est banal, penserez-vous autant de ce qui se passe quand on veut changer de statut social dans la Fonction publique camerounaise ?

Certes, avec un peu de chance, comme dirait un ami qui est dans la haute administration au même poste depuis 20 ans, « un ami ou un chef qui te respecte, peut te dire un jour comme ça : « donne rapidement ton CV, et ne pose pas de question » tu le lui donnes et un jour tu vois tomber une décision en ta faveur. Mais les deux voies les plus sûres pour avoir un poste confortable, y compris ministériel, c’est si tu peux disposer d’un petit paquet de millions Cfa pour remettre à une bonne cible et au bon moment, ou alors, dans les mêmes circonstances, servir ta femme à quelqu’un si tu ne te laisses pas « initier » toi-même ». C’est dire, n’est-ce pas ?

Mais, il n’y a pas jusqu’à l’institution républicaine qu’est l’Etat, qui ne souffre pas d’outrage inhérent à l’impunité. Notamment de l’amalgame qui suggère toujours plus cyniquement chaque jour et en toutes les circonstances, que les Camerounais sont gouvernés part un parti-Etat. Le scandale inquiétant créé dans l’opinion par la nomination du secrétaire général du Rdpc dans la même cuvée de décrets réorganisant le gouvernement n’était pas encore estompé qu’on a vu ce même secrétaire général du Comité central du parti au pouvoir, représenter le chef de l’Etat aux obsèques de feu Augustin Frédéric Kodock.

Certes, était-il permis de penser qu’un secrétaire général de parti, allait représenter son président au deuil d’un chef de parti allié. Mais, les citoyens camerounais, militants du Rdpc compris, ont le droit de savoir en vertu de quoi M. Nkueté qui n’est plus au gouvernement peut déposer la distinction républicaine de « Grand Officier… » sur le cercueil d’Afk au nom du président de la République, alors que celui-ci dispose d’une soixantaine de membres du gouvernement qu’il vient de nommer, dont un Premier ministre, des ministres d’Etat et des Chargés de mission.

Y a-t-il meilleure manière de nous dire que l’Etat et le Rdpc c’est bonnet blanc et  blanc bonnet, et de commettre ainsi impunément un outrage à la République ? Et si l’apparence correspond à la réalité, sachant ce que le Rdpc n’a servi à ce jour que l’exact contraire   de « la rigueur et la moralisation » puis de la « démocratisation profonde » et enfin de « l’intégration nationale », aurions-nous tort d’en conclure que l’impunité dégénérative est bien une « assurance tous risques » pour les détournements des ressources publiques, la prédation du patrimoine national, la tribalisation du pouvoir, et la corruption systémique qui devient mécanisme d’appropriation durable et oligarchique du pouvoir ?

Doo Bell

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