29/12/2011 02:21:35
Cameroun: Représentativité des jeunes au gouvernement (dossier)
Exit l’époque où un diplômé en Science politique et en Droit faisait son entrée dans l’administration centrale, au cœur du pouvoir à l’âge de 27 ans, pour être président de la République à 49 ans. Exit l’époque où l’on confiait aux moins de trente ans des responsabilités de haut rang...
Le Messager
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Une autre époque, une autre conception

Exit l’époque où un diplômé en Science politique et en Droit faisait son entrée dans l’administration centrale, au cœur du pouvoir à l’âge de 27 ans, pour être président de la République à 49 ans. Exit l’époque où l’on confiait aux moins de trente ans des responsabilités de haut rang.

Avec le Renouveau, la conception selon laquelle « la jeunesse n’est pas un âge, mais un climat de cœur », a toute son importance. Considérée beaucoup plus à tort qu’à raison (au vue de la réalité) par les pouvoirs publics comme « le fer de lance de la nation », la jeunesse camerounaise, faut-il  le dire, a un sentiment mitigé face au 34ème gouvernement de l’ère Biya. La raison est simple. Aujourd’hui, à 27 ans, il est quasiment impossible de rêver ou même prétendre être nommé ou occuper un haut rang dans l’administration centrale. Comme il y a cinquante ans. Il faut en avoir au moins quarante. Pourtant, la réalité eut voulu que, plus le temps passe, et avec les compétences dont font montre les Camerounais, qu’on ait davantage de jeunes au sein de l’appareil étatique. Ce n’est malheureusement pas le cas. C’est une époque bien révolue aujourd’hui.

Pour le régime de Yaoundé, jeune c’est à partir de 40 ans et plus. Là encore, ce n’est pas la grande représentativité. De la soixantaine de ministres et secrétaires d’Etat du gouvernement du 9 décembre, selon les données recensées par Le Messager, nous avons trois (3) qui ont moins de 50 ans : Koulsoumi Alhadji épouse Boukar (42ans), Dooh Jerôme Penbaga et Alamine Ousmane Mey (45ans chacun) et une quinzaine qui ont moins de 60 ans. Au finish, ce qui est « le fer de lance de la nation » ou ce qui en fait office, se tire avec moins d’une vingtaine de postes. Toutefois, au vu de la sensibilité et du caractère stratégique des postes attribués à ces « jeunes », il n’y a quand même pas de quoi cracher sur l’offre. Le ministère des Finances, dit de souveraineté, revient à Ousmane Alamine Mey, moins de 50ans. Pour le secrétariat général de la présidence de la République, le poste revient à un moins de soixante ans, Ferdinand Ngoh Ngoh. Aux services du Premier ministre, c’est Louis Paul Motaze qui dirige le secrétariat général. Il a cinquante deux ans (52) ; idem pour Michel Ange Angouin qui chapeaute la Fonction publique. A la défense, Paul Biya a fait confiance à Edgar Alain Mebe Ngo’o, il a moins de soixante ans. Précisément cinquante quatre (54).

On le voit, le président Biya, pour faire « des réalisations des grandes réussites », a fait confiance à un tout autre genre de  jeunes. Ceux-là qui ont quarante ans et plus. Un autre visage donc qui correspond malheureusement à une époque qui n’est pas sceptique au renouvellement de la classe politique si chère à une démocratie.

J.W.N.

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Attentes.  Les promesses non tenues de Paul Biya aux jeunes
 
Le discours tenu par le chef de l’Etat au fil des ans semble participer du souci d’endormir politiquement et socialement cette tranche de la population. Comme un refrain, Paul Biya met en exergue la paix et les projets démocratiques à l’actif de ses victoires.
 
C’est sous le prisme des grandes réalisations que le chef de l’Etat place désormais son discours à la jeunesse. Dans son traditionnel message à la jeunesse, le 10 février 2010, Paul Biya laissait encore entendre que la réalisation des grands projets serait déterminant à l’épanouissement de la jeunesse camerounaise. Le chef de l’Etat précisait alors que bon nombre de grands projets seront lancés. Notamment «dans le domaine de l’énergie : les barrages et les centrales hydroélectriques de Lom Pangar, de Memve’ele, de Mekin et, il faut l’espérer, la centrale à gaz naturel de Kribi. Concernant les infrastructures routières : la remise à niveau de la voirie de nos centres urbains et la construction de nouvelles routes dans la plupart de nos régions. Dans le secteur minier : le démarrage attendu de nos projets.»

Le père des grandes réalisations précise en outre que, «Pour ce qui est de l’adduction d’eau et la distribution d’électricité : la poursuite ou la mise en œuvre des travaux déjà entamés ou prévus. S’agissant des transports : la première phase de construction du port en eau profonde de Kribi.» Des projets auxquels s’ajoute la construction des logements sociaux ainsi que «de nouvelles infrastructures de santé et de constructions scolaires, universitaires et sportives.» Des projets qui, selon Paul Biya, devraient contribuer à l’épanouissement des jeunes.
 
A l’endroit des jeunes, Paul Biya affirme que ce regain d’activité devrait favoriser l’amélioration des conditions de vie des  populations et celle des  jeunes  en particulier. Selon Paul Biya, la mise en musique de ces chantiers est susceptible de créer une demande importante de la main d’œuvre à différents niveaux de compétences. Ce qui, selon la même source, offre «des perspectives favorables en matière d’emploi pourraient ainsi se faire jour et nous mettre en meilleure situation pour lutter contre le chômage, mal dont notre jeunesse est hélas la principale victime
Il est un autre facteur qui peut nous inciter à un certain optimisme. La demande croissante, au niveau mondial, de matières premières d’origine minérale.»
Des promesses ?
 
«Nous touchons au but»
 
Les engagements pris par Paul Biya tardent néanmoins à prendre corps. Pis, le ton conditionné du chef de l’Etat donne toute la mesure du sérieux accordé par la plus haute autorité de l’Etat à la jeunesse. Au moment même où des annonces sont faites, le gouvernement ne cache pas son embarras à réunir les fonds nécessaires pour leur réalisation. Si la situation est accentuée par la crise monétaire que connaît ses traditionnels bailleurs de fonds, il reste aussi que la mise à disposition des emplois évoqués par le chef de l’Etat bute sur la capacité du gouvernement a imposer à ses partenaires techniques et financiers un quota permettant l’accès des jeunes Camerounais aux emplois générés par les grands chantiers.

Plus proche de nous, c’est dans la réorganisation et la structuration du gouvernement du 9 décembre 2011 qu’apparaît une autre incongruité du discours du chef de l’Etat à l’endroit des jeunes. Outre l’entrée dans le sérail de la secrétaire d’Etat auprès du ministre des Forêts et de la Faune, Madame Boukar née Koulsoumi Alahdji, âgée de 42 ans, le casting de Paul Biya ne crée véritablement pas de surprise. Pour l’essentiel, l’homme du renouveau reste fidèle à sa logique en s’entourant de ses anciens équipiers dont l’essentiel, ont atteint ou côtoient la soixantaine d’années.

Outre la promesse faite par le chef de l’Etat pour l’insertion et l’appui à la jeunesse rurale, l’appui aux micro-activités et entreprises juniors restent un serpent de mer. L’exemple pris sur certain un nombre de pays émergents par Paul Biya pour projeter le développement  du Cameroun et l’épanouissement de sa jeunesse paraît comme un exorcisme. Tout laisse croire que le discours récurrent de Paul Biya à la jeunesse contribue a anesthésier politiquement et socialement cette couche de la population qui a mal à son être. Comme une ritournelle, le véritable projet de Paul Biya pour les jeunes  épouse les habitudes politiques de l’homme. Face à la jeunesse le 10 février 2011, le chef de l’Etat disait de nouveau : «Nous qui bénéficions de la paix, de la stabilité et du progrès démocratique, avons désormais toute chance de bâtir ensemble une société juste et solidaire. C’est pourquoi, comme l’an dernier, je vous demande d’avoir confiance en l’avenir, car nous touchons au but.»

Joseph OLINGA

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Qui sont les jeunes du sérail ?

Alamine Ousmane Mey : un polytechnicien aux Finances

Cet ingénieur polytechnicien formé à la Rwth Aachen en Allemagne, est devenu top manager aux métiers de la finance au point d’être directeur général d’Afriland First Bank. Il a su hisser cet établissement bancaire à capitaux locaux à la 3e place du marché national. Ce qui est une prouesse quand on considère les succursales des multinationales à qui il a damé le pion.

Durant son passage à la tête de cette institution, Alamine Ousmane Mey est sorti du lot en faisant des incursions audacieuses dans les secteurs peu ou prou sensibles, à l’instar du leasing ou de la monétique (portefeuille électronique compatible Emv), le capital risque (Cenainvest). Préoccupé par la possibilité de satisfaire à la fois la clientèle à faibles revenus et les grandes entreprises, il va développer une démarche qui a porté. Le développement d’un réseau de Caisses villageoises de microfinance. Selon certains observateurs de la place financière camerounaise le nouveau ministre des Finances « représente l’une des principales chances du Cameroun dans la conquête d’un marché bancaire largement dominé par les filiales de banques étrangères.» A son arc, plusieurs cordes. Auteur prolifique, on lui connaît des publications.

Les plus courues : « Le capital risque et la problématique du financement des entreprises » et « Promotion et financement de la Pme et la Pmi en Afrique ». Une autre particularité, il croit en la capacité du secteur privé à sortir le continent, mais aussi le Cameroun de sa léthargie actuelle. Lors du dernier sommet de l’entrepreneuriat tenu à Washington Dc et présidé par Barack Obama, il a eu ces paroles qui en disent long sur sa feuille de route au Minfi : «Si vous regardez des statistiques, vous verrez que les créateurs d'emplois, les créateurs de richesses, les créateurs du produit intérieur brut sont des entrepreneurs. Nous devons porter une plus grande attention à cette communauté d'acteurs qui contribue à améliorer nos conditions de vie.» Encore faut-il qu’il ait carte blanche.


Ferdinand Ngoh Ngoh : de l’ombre… à la lumière

Diplomate, titulaire d’un doctorat 3e cycle en relations internationales obtenu à l’Institut des Relations internationales de Yaoundé, avant sa nomination il présidait aux destinées du secrétariat général du ministère des Relations extérieures. Mais bien avant, ce natif de Minta dans la Haute-Sanaga a roulé sa bosse à l’organisation des Nations-unies, représentation du Cameroun dirigée alors par Martin Belinga Eboutou. De 2002 à 2006, il en est le premier conseiller. Pendant une décennie, toujours aux Nations-unies, il est expert consultant du Comité consultatif permanent sur les questions de sécurité en Afrique centrale. Toujours sur les mêmes questions de la sécurité, il a œuvré en Ouganda, au Tchad, au Rwanda.

A son actif, on ne saurait omettre le fait qu’il a assuré la coordination de la délégation du Cameroun au conseil de sécurité. C’est le 31 août 2010, qu’il est rappelé au Cameroun pour animer le ministère des Relations extérieures comme secrétaire général. Désormais élevé au rang de ministre et au « très sensible et convoité poste » de secrétaire général de la présidence de la République, il est dorénavant dans l’antre du pouvoir, au cœur même du pouvoir. En bon chrétien, il a mis dès les premières minutes de sa nomination, son ascension administrative sous la conduite du Seigneur. Une chose est certaine, Ce fin négociateur en aura besoin.

Edgar Alain Mebe Ngo'o : homme d’Etat au parcours exceptionnel

Né le 22 janvier 1957, cet administrateur civil est depuis quatorze ans dans les méandres et les dédales du pouvoir. Reconduit au département de la Défense le 9 décembre 2011, celui qui aujourd’hui a 54 ans, connaît un parcours qui fait des jaloux. De 1985 à 1988, il est nommé conseiller aux affaires économiques du gouverneur de ce qui était alors la province de l’Est. Après ce poste, il sera appelé à diriger le secrétariat général de la province du Nord. Il y sera pendant trois ans (1988-1991).

Ayant fait ses preuves, il est ensuite nommé tour à tour préfet de l’Océan (1991-1995), de la Mefou et Afamba (1995-1996) et du Mfoundi (1996-1997). Après, ce sera la haute administration. Le 7 décembre 1997, à seulement quarante ans, le président Biya l’appelle à ses côtés comme directeur du cabinet civil de la présidence de la République. Sept ans plus tard, la délégation générale à la sureté nationale lui échoit. Et c’est depuis le 30 juin 2009 qu’il trône à la tête du ministère en charge de la Défense. Une certaine opinion dit de lui qu’il est un noceur à la fortune colossale. Fortune, toujours pour cette opinion, se caractérise par un parc automobile important, de nombreuses acquisitions immobilières tant au Cameroun qu’à l’étranger. Infos ou intox ? Difficile de dire. Au demeurant, Edgard Alain Mebe Ngo’o jouit (encore) de la confiance du « big boss ». C’est un capital non négligeable. Pour lui, c’est le plus important.

Patrice Amba Salla : de la mairie aux Travaux publics

Le nouveau ministre des Travaux publics est  né le 17 novembre 1960. Avant son entrée dans le gouvernement, Patrice Amba Salla officiait comme premier magistrat de la ville d’Ayos.  Si tout fraîchement nommé, Patrice Amba Salla dit ne pas avoir de commentaire à faire sur les dossiers chauds qui l’attendent, cet inspecteur des douanes de classe exceptionnelle, cuvée 2007, estime que « le rôle d’un ministre c’est servir et d’expliquer » et donc qu’il se contentera de  servir et puis expliquer. Cela est valable pour le tronçon à problème  Ayos-Bonis comme tous les autres jugés prioritaires par le gouvernement. En tout cas, Patrice Amba Salla fréquent sur les plateaux de télévision à la veille de la présidentielle pour défendre les positions du Rdpc, a marqué plus d’un par sa froideur devant les évènements beaucoup plus que les gens de son âge en font preuve.

Rodrigue N. TONGUE

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Mme Koulsoumi, épouse Boukar : la benjamine du gouvernement
 
A 42 ans, la secrétaire d’Etat auprès du Minfof est le plus jeune membre du gouvernement mis en place par Paul Biya le 9 décembre dernier. Dans un mémorandum servi au chef de l’Etat, les jeunes du Cnjc cités par notre confrère Mutations dans sa livraison du 2 décembre 2011, exigeaient la promotion des jeunes de moins de 35 ans aux postes de responsabilités. Tels que ministres, secrétaires généraux, secrétaires d’Etat, directeurs généraux, directeurs d’administrations centrales, etc. Une semaine plus tard jour pour jour, c'est-à-dire le 9 décembre au soir, le champion du Rdpc réorganisait ses troupes.

Reconduisant  quasiment les mêmes. Ignorant de fait les revendications de la jeunesse qu’il avait pourtant fait rêver lors du 3e congrès ordinaire de son parti en septembre 2011. « Ce gouvernement est toujours constitué des caciques. Nous attendons de voir si le président va faire la même chose pour les postes de secrétaires généraux et de directeurs généraux  vacants », a pesté récemment un vice-président du bureau national du Cnjc. Le jeune leader d’opinion s’offusque de ce que le plus jeune membre du gouvernement, Yang Philémon soit âgé de 42 ans. Il s’agit de Mme Koulsoumi Aladji, l’épouse de l’ancien directeur de cabinet du président de la représentation nationale et fille d’un ancien administrateur civil originaire de la Vina dans l’Adamaoua.

 Celle qui fait office de secrétaire d’Etat auprès du ministre des Forêts et de la Faune (Minfof) n’a, à proprement parlé, aucune qualification en la matière. Fiscaliste de formation, elle est sortie de l’Enam en 2000. Elle appartient d’ailleurs à la promotion des «étincelants». Après un séjour d’un an à la direction générale des impôts, elle embrasse une belle carrière à la présidence de la République. Tour à tour en qualité d’attachée à la direction des affaires économiques, puis chargée de mission à la dite division. Sa nomination au gouvernement du 9 décembre dernier aura tout de même surpris plus d’un. Ce d’autant plus qu’elle place Mme Koulsoumi Alhadji, épouse Boukar sur une voie pour le moins escarpée.

Primo, elle est peu connue sur la scène politique de l’Adamaoua. Une terre imprévisible où le parti de Bello Bouba est au coude à coude avec le Rdpc ; précisément à Ngaoundéré où deux des trois municipalités lui sont acquises. Du coup, tous les coups seront permis lors des élections (législatives et municipales) de 2012. Secundo, Mme Boukar devra se forger des crampons assez durs pour résister au tsunami ethnique  (rivalités) et autres querelles inter politiques qui ont emporté Baba Hamadou. Soulignons que l’ancien ministre de Tourisme par ailleurs récent président de la commission départementale de la campagne présidentielle de 2011 a regagné le bercail depuis qu’il est à la réserve. Tercio, Il faudra parfois du cran à l’unique femme « ministre » de l’Adamaoua (et deuxième du Grand Nord) pour s’inscrire en décalage avec les injonctions d’Amao (Abbo Mohamadou Oussoumanou). Cette grosse pointure du Rpdc aujourd’hui octogénaire l’a, pour ainsi dire, vue grandir.

Enfin, il y a l’équation « Ali Bachir » à plusieurs inconnues. Le député de la Vina, un autre jeune à la notoriété établie, aura à cœur de conserver sa popularité auprès de la jeunesse de l’Adamaoua. « Nous les vieux, on n’aime pas beaucoup travailler avec vous les jeunes », confiait ironiquement au Messager un ancien membre du gouvernement à la réserve. De quoi faire planer une interrogation de fond: la nomination de Mme Koulsoumi, sur des braises ardentes, n’est-elle pas une manœuvre visant à  légitimer ce que les caciques aiment à appeler  « l’incapacité » des jeunes ?

Salomon KANKILI

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