30/12/2011 01:34:22
Vindicte. Enoh Meyomesse accusé de braquage
Porté disparu depuis trois semaines, l’écrivain et homme politique prétendant à la candidature à la magistrature suprême lors du scrutin du 9 octobre 2011,  sera jugé pour trafic d’or par le tribunal militaire de Yaoundé d’après l’annonce faite par le ministre de la Communication.
Le Messager
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Issa Tchiroma Bakary, ministre de la communication

Issa Tchiroma Bakary a réchauffé une formule de communication gouvernementale qu’on croyait déjà éprouvée. Après plus d’un an, le ministre de la Communication (Mincom) a renoué ce 23 décembre 2011 avec une «conférence de presse» exclusive aux médias télévisuels. Si au cours des échanges avec quelques figures du petit écran, le Mincom a fait le «tour d’horizon de l’actualité nationale», l’on a bien senti que le menu principal de cette communication était la question Enoh Meyomesse introuvable depuis près d’un mois.

Issa Tchiroma a relaté devant de journalistes ahuris  que ce sont trois braqueurs d'une société coréenne exploitant l'or dans la région de l'Est du Cameroun qui a permis l'arrestation de M. Meyomesse. Lors de leur exploitation par les forces de l'ordre, a-t-il dit,  ces derniers ont dénoncé l'écrivain-opposant  comme le commanditaire du coup qu'ils avaient perpétré quelques jours auparavant, «lourdement armés de kalachnikovs».

L’enquête subséquente ouverte par la gendarmerie indique qu’Enoh Meyomesse se trouvait à Singapour, au moment des faits pour  écouler  la marchandise. C’est de son retour à Yaoundé, à l’aéroport de Nsimalen que le président du  Parti de la renaissance nationale (Parena) sera interpellé puis transféré à Bertoua pour la reconstitution des faits et déféré la semaine dernière devant le tribunal militaire de Yaoundé. « Avec ses trois complices, poursuit Issa Tchiroma, Enoh Meyomesse, est aujourd'hui à la disposition » de cette juridiction.

Dégringolade

Rouleau compresseur, arguent ses proches. A l’instar de son coreligionnaire et confrère écrivain Patrice Nganang, de nombreuses personnes pensent que l’auteur de « Laurent Gbagbo, continuateur de Patrice Lumumba » est innocent de toutes «ces charges farfelues dont on l’accuse ». D’après le sémillant écrivain, les seules paroles d’Enoh depuis son interpellation sont celles-ci «Niamot ! Je te supplie, faites quelque chose pour moi. Ils vont me tuer», disait-il à un journaliste  du fond de sa cellule de Bertoua. Ce seront, d’après Patrice Nganang, actif pour la libération d’Enoh, ses derniers mots, sauf deux ou trois autres fois où il a appelé ici et là pour demander des aides sporadiques. «Depuis, se plaint-il, cet écrivain des plus respectés, cet intellectuel camerounais des plus en vue, ce critique vocal de la dégringolade de son pays, ce candidat à l’élection présidentielle du 9 octobre 2011, ce Jean-Paul Sartre camerounais, comme l’appelle un jeune artiste, sera paradé devant les medias avec entre ses mains un écriteau disant ce dont il est accusé : vol aggravé ».

Comme Nganang d’autre figures de la société civile comme Jean Pierre Djemba, directeur de publication de la Revue upéciste « La Cause du peuple » estime que le  vrai crime d’Enoh Meyomesse est celui d’ «être Boulou, opposant, intelligent et résolu à changer les choses au Cameroun. Il n’y a rien d’étonnant que pour parler de ce compatriote embastillé en ce moment, qu’il faille user de tant de qualificatifs en ce qui le concerne, ne participent pas d’un simple habillage de texte. Pour le régime en effet, Enoh est dangereux parce qu’il est Boulou et à ce titre constitue un très mauvais exemple dans cet hinterland du pays béti que l’on veut absolument présenter comme homogène avec à la limite l’unique exemple de dissidence et de contestation antérieur  au « renouveau » du président Biya, du célèbre Abel Eyinga. Enoh est ensuite dangereux car étant un opposant », écrit-il dans son éditorial du 25 décembre 2011.

Coup d’Etat

En outre, en juillet 2010 alors que Paul Biya se trouvait en visite officielle en France pour la célébration du 14 juillet,  Enoh Meyomesse était   au centre d’une grosse cabale orchestrée par les services secrets camerounais. Ses différentes interventions à la télévision avaient été découpés et recollés afin de construire un discours « cohérent » sur une déclaration de coup d’Etat devant être diffusé alors que le chef de l’Etat se trouvait à la tribune du Champs Elysées aux côtés de Sarkozy et 12 autres chefs d’Etat africain. Ledit discours disait ceci en substance :

«La constitution, l'Assemblée nationale, et le Rdpc sont dissous. Un gouvernement sera nommé et une nouvelle équipe sera mise en place. Le mandat présidentiel renouvelable une fois est réduit à cinq ans. Un nouveau découpage administratif avec plus de régions, de départements  et d'arrondissements, souci de la majorité des Camerounais, sera fait. Les gouverneurs de région seront élus au suffrage universel à un tour pour un mandat de cinq ans, renouvelable aussi une fois. Pour la présidentielle, il y aura un scrutin à deux tours. Les colonels postulant au grade de général de brigade seront tous promus, les Pno iront à la retraite à 55 ans, les civils à 60 ans. Les familles des militaires tombés à Bakassi et ailleurs se verront attribuer une allocation, tandis qu'un monument en leur honneur sera construit. Le Bir verra à sa tête un Camerounais. Une grande réforme des forces armées est prévue… » La manœuvre avait été étouffée par la presse nationale qui venait de découvrir le pot aux roses.

Le 30 janvier 2011 encore, il était refoulé à l'aéroport international de Douala. L'homme qui avait pris faits et cause pour Laurent Gbagbo s'apprêtait à prendre un vol à destination d'Abidjan, en Côte-d'Ivoire pour assurer la promotion de son dernier livre dithyrambique de l’ancien président ivoirien.


 
Focal . Trajectoire

Né en 1957 à Ebolowa, Enoh Meyomesse a fait ses études en France. Il est diplômé de l’Institut d’Etudes Politiques de Strasbourg et Maître es Science Politique de l’Université de Paris II. Etudiant, il a milité dans les rangs de l'Union nationale des Etudiants du Kamerun (Unek) et de la Fédération des Etudiants d'Afrique Noire en France, Feanf. Au mois d'octobre 1984, il avait déjà été l'objet d'une arrestation à l'aéroport de Douala, pour son engagement politique en France, en faveur de la démocratie au Cameroun. En effet, il y militait dans l'O.c.l.d., Organisation Camerounaise de Lutte pour la Démocratie, créée par Abel Eyinga et Jean-Michel Tekam. Par ailleurs, il a été co-organisateur du tout premier meeting de l'opposition camerounaise en France, le 6 septembre 1981. De retour au Cameroun en 1987, il s'est porté candidat aux législatives de 1992 sans bonheur, sous les couleurs du Pal (Parti de l’alliance libéral) de Célestin Bédzigui . Puis  il a créé en 1995, le Parti de la renaissance nationale (Parena) et en a été candidat, sans succès encore une fois, aux législatives de 1997. En 2004, il a participé à la présidentielle, aux côtés de Garga Haman Adji, candidat de l'Add.

Sur le plan littéraire, Il est consécutivement l’auteur de « Retrait et retour de l'Etat au Cameroun » ; « La désillusion permanente au Cameroun : d'André-Marie Mbida à Paul Biya » ; « Le carnet politique de Ruben Um Nyobè » ; « Le limogeage d'Ahmadou Ahidjo » « La Chute d'André-Marie Mbida » et récemment « Laurent Gbagbo, continuateur de Patrice Lumumba »

Rodrigue N. TONGUE

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