03/01/2012 01:20:06
Stupeur. Fin et début d'années sanglants au Cameroun
Trois évadés de la prison centrale de Yaoundé tués hier. Après mort d’homme... Affrontement entre «Benskineurs» et population  à Douala. .Un gendarme meurt dans des émeutes à Mbandjock.75 blessés enregistrés dans la capitale politique.Triste augure pour 2012...
Le Messager
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Trois évadés de la prison centrale de Yaoundé tués hier. Après mort d’homme…Affrontement entre «Benskineurs» et population  à Douala. .Un gendarme meurt dans des émeutes à Mbandjock.75 blessés enregistrés dans la capitale politique.Triste augure pour 2012

Saint Sylvestre. Un gendarme tué dans une émeute à Mbandjock

Suite à un mouvement de revendication d’une gratification de fin d’année, des émeutes ont émaillé la ville sucrière du Cameroun. Un gendarme y a trouvé la mort.
 
La ville de Mbandjock est encore quadrillée par les forces de l’ordre. Des renforts en gendarmes et policiers venus de Yaoundé ont pu ramener le calme dans cette bourgade située à une centaine de kilomètres de la capitale. « Nous avons eu des sueurs froides ici. La ville était sens dessus dessous. Et c’était une espèce de névrose populaire. Grâce à Dieu, le calme est revenu, et nous espérons que la situation va définitivement revenir à la normale à la Sosucam, principal théâtre des émeutes », nous a confié au téléphone un habitant de Mbandjock.

Selon nos informations, il s’est agi d’un mouvement d’humeur spontané initié par certains ouvriers de la Sosucam, principalement les agents d’exécution. Le mouvement d’humeur serait parti d’une revendication d’une habituelle gratification de la direction générale de l’usine de la Société sucrière du Cameroun à ses ouvriers. En effet, chaque fin d’année, la direction générale de la Sosucam donne à chacun de ses ouvriers, notamment ceux des catégories inférieures, un kilogramme de viande de bœuf d’une valeur numéraire de 2500 Fcfa, pour la fête du passage au nouvel an. Cette année encore, le même principe a été retenu. Mais il se trouve que la direction générale de la Sosucam aurait décidé d’octroyer cette gratification non plus en nature comme d’habitude, mais plutôt de mettre la somme de 2500 Fcfa qui correspond à un kilogramme de bœuf dans les salaires du mois de janvier 2012. Informés, les ouvriers des deux usines Sosucam de Mbandjock et Nkoteng ont tout de suite marqué leur désaccord. La plupart des employés auraient voulu que la somme correspondant à la gratification d’un kilogramme de bœuf, à savoir l’équivalent de 2500Fcfa, leur soit remise directement en espèce avant la date du 30 décembre 2011.

Sentant monter la tension, les responsables de l’usine Sosucam de Nkoteng ont tout de suite ouvert un dialogue avec les ouvriers en répondant à leur exigence. Mais ce ne fut malheureusement pas le cas pour l’usine Sosucam de Mbandjock où les responsables auraient minimisé la revendication et le mouvement d’humeur né de cette situation qui a gagné en intensité le 30 décembre 2011 en journée.

Face à la détermination des responsables de l’usine qui semblaient sourds aux revendications, des ouvriers déchaînés auxquels se seraient mêlés des vandales ont alors pris d’assaut le foyer de l’entreprise, où ils auraient tout pillé avant d’y mettre le feu. Les délégués du personnel et les responsables syndicaux qui ont essayé d’appeler au calme auraient risqué le lynchage. C’est le cas notamment du nommé Alouna Mveh Théophile. Ce responsable syndical venu calmer ses camarades et collègues déchaînés, n’a eu la vie sauve que grâce à des servantes du foyer qui l’auraient caché sous des casiers de bière. Et très vite son évacuation ainsi que celle des membres de sa famille.

Après le foyer, nos sources indiquent que les émeutiers se sont rendus à la cité des cadres où ils auraient tout pillé avant d’aller vider le domicile de Foayen Foayen Dieudonné, directeur des plantations. Ce haut dirigeant de la Société sucrière du Cameroun n’aurait eu la vie sauve que parce que les émeutiers ne l’ont pas trouvé à son domicile. En tout cas après avoir bloqué l’usine, les émeutiers ont organisé la chasse aux cadres et autres agents de maîtrise à travers la ville. Du coup, une situation de grave tension généralisée pendant tout le week-end de la fête du nouvel an s’est installée.

Au moment où nous mettions sous presses, on signalait la mort d’un gendarme noyé dans la piscine de la cité des cadres dans des conditions encore mal élucidées. Affaire à suivre.

Jean François CHANNON 

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Bilan de la fête de fin d’année. 75 personnes dans les hôpitaux à Yaoundé

L’alcool a coulé à flot pendant la Saint Sylvestre et les conséquences sont plus que désastreuses.

Après avoir dénombré 62 victimes dans les hôpitaux après la célébration de la fête de Noël, c’est au tour de l’après-nouvel an, où 75 personnes se sont retrouvées dans les hôpitaux à Yaoundé. Selon  Dr. Georges Etoundi Mballa, chef service des urgences à l’hôpital Central de Yaoundé, «toutes ces victimes sont amenées ici après des accidents, des bagarres ou des agressions à armes blanches, un peu comme pour la précédente fête. Seulement, ils ont décidé de s’amuser particulièrement pour la Saint Sylvestre, car les festivités ont alors démarré depuis vendredi 30 décembre. Pour les deux premiers jours, les victimes étaient enregistrées au fur et à mesure au courant de la journée.C’est le 1er janvier que nous avons été débordés, il a même fallu appeler en renfort certains médecins et infirmiers en congé. Car, aucun cas n’a été enregistré en journée, mais dans la nuit, ils n’ont pas cessé de se succéder ici ».

La tranche d’âge la plus touchée est celle des adolescents de 20 à 25 ans. Plusieurs enfants et bébés ont aussi été victimes d’accidents et transportés dans ce centre hospitalier, à cause du transport à moto. Parce que leurs mères ou leurs aînées ont décidé de les balader, et pour l’occasion, ils ne choisissent pas toujours le meilleur moyen de transport.

Pour cette deuxième fête, l’on peut conclure selon le médecin urgentiste que les victimes enregistrées ne proviennent que de la ville de Yaoundé en général, « il n’y a pas eu d’accidents en provenance de grands axes routiers ». N’empêchent, que l’on peut déplorer 04 cas graves, dont la situation est incertaine : ils ont été victimes d’accidents et s’en sont sortis avec des fractures, de graves contusions, des traumatismes crâniens et des hémorragies internes. «C’est assurément l’un d’entre eux qui vient de décéder à l’instant », nous apprend le médecin, suite aux pleurs et cris provenant de l’extérieur. Effectivement, il s’agit bien d’un homme, la quarantaine environ, avec des bandages tout le long du corps, qui est conduit à la morgue, sur un brancard. Trois cas de viol ont également été enregistrés. Comparativement à l’année dernière, les statistiques sont presque les mêmes.

Florette MANEDONG

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Douala : Affrontement sanglant à Déïdo

En représailles à l’assassinat de l’un des leurs, les jeunes de Déïdo ont décidé d’interdire la circulation des mototaxis dans ce canton le 31 décembre 2011. Au final, de nombreuses motos incendiées, des blessés graves et trois morts sur le carreau.
 
«Une Saint Sylvestre noire». C’est en ces termes que s’est exclamée une autorité de la ville de Douala le 31 décembre 2011 à Déïdo plage à Douala. En ce jour traditionnellement dédié aux réjouissances populaires, les populations de ce canton sont sorties dans la rue, en représailles à l’assassinat de Monney Eric, un jeune du canton.

De sources concordantes affirment qu’il a succombé à des coups de poignard, alors qu’il revenait d’une virée nocturne en compagnie de sa petite amie. Son frère cadet raconte que «l’incident est survenu aux environs de 4 heures 30. Sous insistance de sa petite amie qui se sentait fatiguée, mon frère a laissé les autres gars du quartier dans le snack-bar où il se trouvait non loin du rond point Déïdo.» Selon Manfred Monney, le défunt Monney Eric, âgé de 37 ans, aurait toqué sur le portail de la concession familiale, non loin du carrefour Eyenguè à « Déïdo plage », sans succès.

Des sources diverses, qui s’inspirent de la version de la nommée Francine, petite amie du défunt, laissent entendre que le jeune couple se serait résolu à retourner au Snack-bar. «Ils se trouvaient au (carrefour Eyenguè, ndlr) quand une moto a garé.» Henri, un riverain, précise que «le passager de la moto est descendu et a demandé à la copine de Eric de donner tous ce qu’elle avait ».

La même source indique qu’après avoir dépouillé la victime, son bourreau lui aurait intimé l’ordre de partir en courant. Resté sur les lieux, le défunt Eric Monney engagera un échange vif avec son agresseur. «Mon frère a réussi à maîtriser l’agresseur qu’il a d’ailleurs mis au sol.» C’est en ce moment, précise notre source, que «le conducteur de la moto est descendu pour asséner le coup de poignard fatal à Eric Monney ». Des sources ayant requis l’anonymat affirment que «c’est en ce moment que Popo (surnom de la compagne de Monney Eric) est repartie au snack pour alerter les autres jeunes du quartier.» Resté sur le carreau pendant quelques minutes, Monney Eric aurait alors pris l’initiative d’aller s’enquérir de la situation de sa compagne à quelques dizaines de mètres du lieu de l’agression. Selon un habitant de la maison «nous avons entendu des coups à la porte et un bruit de chute.» Après quelques moments d’hésitation, un habitant de la maison ouvrira la porte pour découvrir le corps de Monney Eric baignant dans le sang. Une découverte qui provoquera la furie de tous les habitants du quartier aux premières heures de ce matin du 31 janvier 2011.

Chasse aux «benskineurs»

Rond point Déïdo, il est 8 heures 30, des groupes de jeunes occupent les différentes entrées du quartier interdisant toute circulation aux conducteurs de mototaxis à destination des différents quartiers du canton. A l’endroit des passants et autres passagers des véhicules, eux autorisés à circuler, le message est clair : «Allez dire aux autorités que les benskineurs ne vont plus rouler à Déïdo.»

Plus d’une heure plus tard, au « carrefour Déïdo plage », d’autres groupes de jeunes s’activent à interdire la circulation des mototaxis dans les artères du canton. Un cortège s’immobilise. Le sous-préfet de l’arrondissement de Douala 1er, Ekoa Mbarga Jean-Marc, le maire de Douala 1er, Lengué Malapa, le député Jean-Jacques Ekindi, ainsi qu’un notable (Nestor Ekaboma) «dépêché par le chef supérieur Déïdo, (absent du canton)», se rapprochent d’un groupe de jeunes. Des invectives seront lancées à l’endroit du maire. La tension sera atténuée par l’envoyé du chef qui, prenant la parole, précisera d’entrée de jeu que «je vous transmets le message de compassion de la chefferie.» Nestor Ekaboma dira aussi que «nous comprenons votre décision d’interdire les mototaxis dans le canton Déïdo, ne serait-ce que pour cette journée parce que Déïdo reste malgré tout un village et nous ne pouvons accepter que ce genre de chose commence à se produire ici.» S’ensuivra une ovation des populations.

Pour sa part, le sous-préfet de Douala 1er transmetra les condoléances de l’Etat aux populations de Déïdo. Tout en appelant au calme et à la raison dans la circonscription, Ekoa Mbarga invitera les conducteurs de mototaxis à surseoir à leur activité dans la zone de Déïdo «le temps que les esprits se calment». Un avis partagé par le président des jeunes de Déïdo et représentant du chef supérieur auprès des jeunes. Toutefois, précise Charly Manga Esso, «il faut remarquer que, selon les témoignages que nous avons à la chefferie, ça n’était pas une moto personnelle. C’est pour cela que nous voulons voir plus clair dans cette affaire»

Affrontement tribal

Adjoint au maire de l’arrondissement de Douala 1er et parent du défunt, Monney Mbédi Henri appelle les populations au calme, mais reconnaît que «si les Déïdo sont dans la rue, c’est normal.» Cette autorité administrative et politique explique par le fait qu’ «ils ont perdu un frère ». Au sujet de son absence, Monney Mbedi explique que « je suis à la fois parent du défunt et autorité politique dans cette circonscription. Si je ne me présente pas devant eux, les gens risquent de se saisir de cela pour faire plus de désordre. Ce que nous ne souhaitons pas» malgré la forte présence des forces de maintien de l’ordre ici.

Jusqu’au matin du 1er janvier 2012, le quartier Déïdo a vécu au rythme des casses et autres violences meurtrières. Au total, une quinzaine de motos brûlées ; une vingtaine selon d’autres sources et deux conducteurs de mototaxis tués lors des violences. Au final, l’assassinat du jeune Eric Monney aura provoqué des tensions entre jeunes du canton Déïdo et les conducteurs de mototaxis étiquetés comme étant de la région de l’Ouest.

Joseph OLINGA

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Focal. Concert de récriminations

Après les échauffourées de samedi dernier, des élites de Deïdo, des acteurs de la société civile et des hommes politiques sont montés au créneau pour exprimer leur ras le bol et condamner le comportement «irresponsable» des mototaxis.

Eric Ndoumbè, élite du coin : «Que cela cesse une fois pour toute. Nous allons nous organiser pour que le prochain benskin qui est pris en flagrant délit écope d’une sanction exemplaire comme l’autodafé». Quant à Pierre Fritz Ngo, habitant de Deïdo et homme politique, «les bendskin n’ont pas le droit de prendre la ville en otage. C’est impensable. La police a perdu son autorité devant ces conducteurs de moto-taxis qui font n’importe quoi. Il est grand temps que l’Etat reprenne les choses en main et réglemente ce secteur par l’application du décret du Premier ministre.   Après avoir paralysé le pont du Wouri, ils s’attaquent aux innocents. Ils causent des accidents mortels. L’incident de ce jour est la goutte d’eau qui a débordé le vase, observe ce dernier, avant d’ajouter. Il faut qu’ils soient confinés dans les périphéries comme à Yaoundé». Des comités de vigilance ont été mis sur pied à cet effet.

E.K.

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Kondengui: Trois évadés tués par les gendarmes

Tsalla Messi alias 'Djalla', Mvilongo et Abena ont été fusillés dans la broussaille, après s'être évadés de la prison centrale de Kondengui. Un pistolet automatique 9 récupéré.
 
Les armes ont crépité hier lundi, 2 janvier 2012 à Kondengui à Yaoundé. Peu après 11 heures, trois détenus de la prison logée Centrale,ont tenté une évasion. Ils étaient armés d'un pistolet automatique 9 millimètres. Il s'agit de Tsalla Messi alias 'Djalla', un certain Mvilongo et Abena. Après avoir menacé les gardiens en faction avec cette arme de petit model facilement dissimulable, ils ont pris la poudre d'escampette. «C’est vers 11 heures que Tsalla Messi s'est présenté à l'entrée corridor, menaçant les gardiens avec une arme. Au début, on a cru à une blague, et puis il a réussi à se retrouver dehors, avec ses complices. Mais aussitôt, une véritable chasse à l'homme s'est engagée, avec le soutien des éléments de la brigade de gendarmerie de Kondengui et ceux venus de la brigade de recherche d'Emombo. Tous les trois qui ont été tués par balles », explique un gardien de prison ayant participé à l’opération.

Sur le site du drame, l'on peut se rendre comptedu fait que gendarmes et gardiens de prison ont ratissé large, à la recherche de l'arme que détenaient ces prisonniers. A côté d'une vieille case en planche, git un corps. Celui de Tsalla Messi, le porteur de l’arme.  Son corps  est perforé de part et d'autre avec autour de la taille, une sorte de gris-gris. Au niveau des chevilles, deux  morceaux d'étoffes. «Il s'est trahi parce qu’il a tiré. S’il ne l’avait fait, peut-être qu'on ne l'aurait pas repéré dans l’immense broussaille. Mais comme nous étions déjà au courant qu'il portait un pistolet automatique, il était facile pour nous de le localiser à travers les détonations de ses tirs car elles ne sont pas les mêmes que celles provenant des armes que nous portons», rapporte un gendarme qui tient en respect la foule. Non loin du premier corps, est étendu le second. Le troisième n'a pas eu la chance d'atteindre la broussaille, avant de tomber sous le déluge des plombs, son bras gauche coupé en deux par l'impact des balles. Au bout de quelques 45 minutes de recherche, l'arme est retrouvée, sans plus de munitions.


Aussitôt l’opération terminée, les corps sont transportés et exposés à l'esplanade de la prison. «C’est une habitude ici, il faut montrer aux autres qu'il ne sert à rien de tenter une évasion parce que cela finit souvent mal ».

Trafic d'armes

Qu'un prisonnier détienne une arme ne surprend plus dans les milieux pénitenciers camerounais. On se souvient qu'il y a quelques années, des détenus s'évadaient de cette prison de Kondengui, après avoir neutralisé des gardiens, à qui ils ont arraché des armes avant de fondre dans la nature. Cette fois, le pistolet automatique utilisé par ces trois détenus n'a pas été arraché aux gardiens de prison, selon des sources.

«C'est une arme qui est vraisemblablement entrée en pièce détachée depuis presque 3 mois. Malgré les contrôles, les visiteurs réussissent toujours à introduire des produits dangereux en prison», confie un gardien de prison qui porte un doigt accusateur sur l'épouse de l'une des victimes du jour, qui aurait introduit cette arme au sein de la prison. Mais ces situations lamentables sont loin d'être terminées. La prison centrale autrefois construite pour abriter 800 détenus, en compte plus de 4000 aujourd'hui. Pire, le personnel y travaillant est en sous effectif.

Joseph Flavien KANKEU

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