04/01/2012 01:32:16
Cameroun. Incurie: Il arrache des dents malades bord des bus
L’agent commercial d’une officine de divers produits médicinaux extrait des dents cariées des voyageurs sur l’axe routier Douala-Yaoundé.
Le Messager
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L’agent commercial d’une officine de divers produits médicinaux extrait des dents cariées des voyageurs sur l’axe routier Douala-Yaoundé.

C’est peut-être un truisme. Chaque vendeur a besoin d’accrocher  pour séduire ses cibles. Ceux de ces marchands qui font désormais partie du décor des bus et cars de transport en commun sur l’essentiel des grands axes routiers doivent redoubler d’efforts pour trouver de bonnes astuces en vue  «d’ emballer » une cible gagnée par la crainte d’un accident ou impatiente d’arriver à destination. Face à ces difficultés, Haman Moussa, travaillant comme vendeur itinérant dans une officine basée au quartier Mvan à Yaoundé a trouvé une parade : offrir des consultations et soins dentaires gratuits aux passagers de l’agence de voyages « Arc-en-ciel » qui assure la desserte entre Douala-Yaoundé.

En ce jour du 30 décembre 2011, il a pu convaincre une quinzaine de passagers sur environ 70 que compte le bus en partance de Douala pour Yaoundé de se faire examiner. Et de se faire extraire les dents « cariées, pourries, cassées, en quelques secondes, sans la moindre douleur ».

En quelques minutes, trimbalant une sorte de potion qu’il dit être une alchimie entre plantes médicinales et produits chimiques, Haman Moussa que certains passagers appellent déjà « docta » verse dans la bouche de ses « patients » deux cuillères  à café du composé. Le temps d’un baratin qui dure environ 5 minutes, il revient et retire allégrement la dent malade qu’il brandi comme un trophée. La mayonnaise prend. Puisque de nombreux passagers du bus encore un tantinet dubitatifs se signalent au dentiste  de fortune  qui s’occupe aussitôt de leur cas à cœur joie. Ce, en répétant tel un perroquet les vertus de l’ensemble des médicaments qu’il commercialise quasiment tous les jours du mois dans les transports.

«  Vous voyez que c’est sans douleur. Je n’ai ni de marteau, ni de tenaille encore moins d’anesthésie »,  distille-t-il à peu près,  dans une langue française d’un niveau approximatif. Comme pour fustiger les dentistes établis employant moult outils (pincettes et spatules) qui dissuadent parfois les malades de faire recours aux hôpitaux et vendent chèrement leurs services.  La formule a du succès. Puisqu’au fil des « prouesses », Haman Moussa est davantage sollicité par les passagers du bus. Quant à la prise en charge médical de la plaie que laisse l’extraction de la dent cariée, Haman Moussa ne donne aucune consigne. « Ne craignez rien. Il n’y a pas d’effets secondaires », lance-t-il en guise d’indication post-traitement. Même les « porteurs sains » de caries trouvent leur compte. Car le « médecin » itinérant promet que le même produit tue les caries dentaires nichées entre les dents, débarrassant ainsi leurs victimes de mauvaises haleines. Une fois de plus, des passagers se signalent pour profiter du composé que sert Haman Moussa.

Ayant captivé l’attention de son public, « Docta » la capitalise en présentant un florilège  de produits médicaux, guérissant des maladies aussi rares que courantes (herpes génital, faiblesse sexuelle, mal de rein, syphilis, rhumatisme, amibiase, parasitose, etc.) qu'il vend. Des dizaines de passagers du bus qui roulent  vers Yaoundé se l’arrachent à tour de bras. Surtout que comme prévient Haman Moussa, « le stock en vente à des prix promotionnels [préférentiels, ndlr] est ilimité ». Et tutti quanti… L’automédication se porte bien sur les axes lourds.

Focal. Activités dangereuses

D’après de nombreux dentistes rencontrés par Le Messager, ce type de soins dentaires opérés sans matériels de protection (gants, antiseptiques ou anesthésie locale) est une activité dangereuse qui met en péril la sécurité du patient ainsi que du dentiste de fortune. Car, plusieurs pathologies, à l’instar des hépatites peuvent se transmettre entre les patients, d’un patient au dentiste de fortune ou l’inverse.  Le Docteur Jeannot Ewanè en l’occurrence, prévient contre « la relation étiologique entre les bactéries orales et l’infection systémique : l’endocardite subaiguë, les abcès cérébraux, etc. » qui peuvent être déclenchés après des opérations de fortune.

Car, ajoute-t-il, « il  est bien démontré vers la fin du 19e siècle, début  20e siècle lorsque la théorie de l’infection focale a été émise que les microorganismes de la cavité buccale pourraient provoquer une infection des organes éloignés ». Dans ce sens, explique le spécialiste,  sans prise en charge post-opération, les infections bactériennes d’origine dentaire « volontiers septicémiques » peuvent succéder  les  foyers infectieux dentaires négligés qui sont à la merci de plus  de 500 espèces bactériennes.

Rodrigue N. TONGUE

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