05/01/2012 02:12:49
Chasse à l'homme à Douala. Le canton Deido sous haute surveillance policière
Après un nouvel incendie hier mercredi 4 janvier 2012, les forces de maintien de l’ordre ont quadrillé le secteur.
Le Messager
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Rue de la Joie à Deïdo ce mercredi 4 janvier 2012, il est 11 heures. La chaussée est bondée de monde. Un vif échange oppose des jeunes du quartier et les forces de maintien de la paix déployées ici. Aux environs de 10 heures, un incendie a consumé le bistro « 2Valeur ». Malgré leur bonne volonté, les éléments de la police n’arriveront pas à circonscrire l’incendie qui consume entièrement l’établissement. Il n’en fallait pas plus pour faire monter la moutarde au nez de la population qui y voit une (autre) attaque de mototaxis, mais surtout une certaine complaisance et/ou inefficacité des flics à assurer la sécurité des hommes et des biens. « Les policiers sont contre la population de Deïdo. Nous ne comptons plus sur elle parce qu’elle ne sert à rien. Elle était là quand le feu s’est déclaré, mais elle n’a pas voulu vite agir », scandent les jeunes.

Était-ce vraiment une autre attaque de mototaxis ? Rien ne permet pour le moment de l’affirmer. Mais selon le chef supérieur du canton, il s’agirait d’un court-circuit. Une thèse réfutée par la population. « Ce sont les motostaxis qui ont lancé des cocktails Molotov sur le bar et ont pris la clé des champs. Tout ceci sous les yeux des policiers assis à quelques mètres de là », dénonce, courroucé, Chancy, un habitant du quartier. Ils sont nombreux qui partagent cette version des faits.

Cette thèse est renforcée par les déclarations du propriétaire de l’établissement ravagé par les flammes : « Tous les appareils de ma buvette étaient éteints. Depuis hier (mardi, ndlr) je n’ai pas ouvert à cause de la tension qui régnait », insiste Ngambi Isaac qui précise que : « j’étais en train de dormir chez moi quand soudain on m’a informé de ce que mon bar est en train de brûler ». Détail important, l’incendie s’est produit à un jet de pierre de la chefferie du canton. Ce qui pour les populations illustre « un manque de respect pour notre autorité traditionnelle et un véritable affront. Les mototaxis veulent la guerre… et bien ils l’auront », promet un habitant, très remonté.  Sous l’effet de la colère, et en guise de représailles,  les jeunes du quartier ont calciné une demi-dizaine de mototaxis qui ont eu la mauvaise initiative de se retrouver devant eux. Situation similaire au quartier New-Déïdo où des jeunes ont dressé des barricades et incendié tout ce qui était à leur portée.

Pour disperser la population et calmer le jeu, la police et la gendarmerie ont quadrillé toutes les entrées du canton, déversant au passage eau et gaz lacrymogène. Arrivé sur les lieux, le préfet du Wouri recommande aux uns et aux autres le calme. Bernard Okalia Bilaï met par ailleurs en garde les fauteurs de trouble contre toute éventuelle récidive. « Nous allons ouvrir une enquête pour savoir ce qui s’est vraiment passé », a-t-il promis. Cela suffira-t-il à calmer les ardeurs des uns et des autres ?

Valgadine TONGA

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Après les émeutes de Douala... Qui va payer la note ?

A en croire l’article 1382 du code civil, les dégâts inhérents aux événements de Douala ces derniers jours incombent à l’Etat du Cameroun. C’est une affirmation de Marcel Ketchap Tchaptchet, assureur et responsable du contrôle des opérations de production de la région du Littoral dans  une grande compagnie d’assurances de la place.

Des maisons, des snack-bars et autres commerces, des motos calcinés… Pis, des vies perdues. Tel est le bilan provisoire des émeutes au quartier Déido. Comme lors des « émeutes de la faim » de février 2008, la note est plutôt salée, les conséquences lourdes. « J’ai tout perdu…» se lamentait encore hier matin 4 janvier 2012 le propriétaire du snack-bar « Deux valeur » non loin de la chefferie du canton Deïdo, entièrement consummé par un sinistre dont la cause reste incconnue(voir article ci-dessus).

Tout comme Ngambi Isaac, Dorette Epée dont le circuit et domicile ont également subi la rage des flammes dans la nuit du 2 au 3 janvier courant est inconsolable. Victor Mballa, propriétaire de deux motos calcinées n’est pas en reste. Dans leur tête, une question revient, lancinante : qui va payer la note ? D’emblée, aucune des victimes n’avait souscrit une police d’assurance.

Un manquement regrettable puisque selon Marcel Ketchap Tchaptchet, « les sinistres liés à ces événements sont assurables. » Autrement dit, ils auraient été pris en charge par l’assureur parce qu’étant « liés à un aléa et aux conséquences pécuniaires ». Dans ce cas, précise l’assureur, on plancherait alors à « interroger les conditions de l’indemnité, procédure qui va aboutir à ce qu’on appelle exclusion », précise l’assureur. Et là, poursuit-il,  « on fait appel à l’article 38 du code Cima (Conférence inter africaine des marchés d’assurances) qui dispose que l’assureur ne répond pas sauf convention contraire des pertes et dommages occasionnés par la guerre étrangère, la guerre civile, soit par des émeutes ou mouvements populaires, lorsque ces risques ne sont pas couverts par le contrat, l’assuré doit prouver que le sinistre résulte d’un fait autre que la guerre étrangère ; il appartient à l’assureur de prouver que le sinistre résulte d’émeutes et de mouvements populaires. » Même si cela augure d’une bataille juridique longue et éprouvante, la leçon à retenir ici consiste à souscrire une police d’assurance en prenant le soin de préciser la nature des sinistres couverts
 
Devoir régalien

Est-ce  à dire pour autant que les victimes n’ont aujourd’hui aucun recours ? L’expert fait appel à la responsabilité des pouvoirs publics. « L’Etat a le devoir régalien d’assurer et de préserver la sécurité des personnes et  de leurs biens. S’il a failli, il doit payer les réparations aux victimes de ce manquement.» S’appuyant sur l’article 1382 du code civil qui dispose que « tout fait quelconque qui cause à autrui un dommage oblige celui par la faute duquel la faute est arrivée de le réparer », il ajoute : « lorsque l’Etat, garant de la sécurité, manque au devoir de sauvegarder la sécurité des personnes victimes de casses, d’incendies et autres, il doit payer les dommages aux victimes comme il l’a fait lors de la catastrophe de Nsam (en février 1998, ndlr).»

Maintenant, il n’appartient plus qu’aux citoyens victimes de ces émeutes de revendiquer ce qui leur est légitime, sachant que la dette est quérable ; et aux pouvoirs publics de remplir ses devoirs et obligations régaliens vis-à-vis des populations.

Jacques Willy NTOUAL

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