11/01/2012 02:46:00
Contre attaque: Réplique des combattants congolais à Charles Michel
...Nous ne pouvons rester insensibles à tout ce qui se passe dans ce pays où nous sommes nés, où nous avons grandi, où nous avons étudié, où nous avons travaillé et où nous avons encore parents et familles.
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A l’attention de son Excellence Monsieur Charles Michel
Président du Mouvement Réformateur
Avenue de Toison d’or, 64
Bruxelles
Belgique

Bruxelles, le 15 décembre 2011.

- La réponse des congolais  à la question thématique : Quel avenir pour la RDC ?

Excellence Monsieur le Président,

Nous commencerons par vous remercier pour avoir eu l’idée d’initier un afterwork ce jeudi 15 décembre 2011 sur l’avenir de notre cher pays, la RDC à un moment crucial de son histoire. Cela témoigne de l’intérêt que votre pays, votre parti accorde à la RDC. Aussi, nous aimerions vous exprimer notre tristesse et notre déception sur l’annulation de cette rencontre sans pour autant  annoncer une  date ultérieure à laquelle elle pourra avoir lieu.
Nous, citoyens belges d’origine congolaise, sommes politiquement neutres en ce qui concerne la RDC parce que nous avons choisi la Belgique comme patrie. Toutefois, nous ne pouvons rester insensibles à tout ce qui se passe dans ce pays où nous sommes nés, où nous avons grandi, où nous avons étudié, où nous avons travaillé et où nous avons encore parents et familles.

Nous voudrions, ici, apporter notre contribution-réponse à la question que vous vous posez. Car, nous connaissons très bien la réalité congolaise.

La réponse à la question de savoir quel avenir pour la RDC est simple mais, c’est sa mise en application qui sera difficile parce qu’elle va exiger patience, casses, détermination et beaucoup d’autres éléments pas faciles à mettre ensemble et, parfois pas faciles à accepter pour les partenaires d’autre culture. Mais, la finalité est que cet avenir sera radieux grâce à la détermination du peuple congolais lui-même et avec l’appui de ses amis et partenaires fidèles.

Car, le bonheur ne se donne pas sur un plateau dans les conditions d’un pays aussi convoité tel que la RDC. Le peuple doit arracher sa libération par la force. « On ne peut faire l’omelette sans casser les œufs ». Les survivants et les progénitures bénéficieront du fruit de l’effort des combattants qui se sacrifieront pour la libération de la RDC. Les martyrs des deux guerres mondiales ont laissé la liberté et le bonheur à leurs progénitures. C’est en prenant son destin en mains que le peuple peut aspirer au bien-être. Ce qui est l’aspiration des peuples du monde entier.

Il est vrai que le peuple congolais est pacifique. Les partenaires profitent de cette faiblesse pour lui nuire et l’exploiter. Ce temps est maintenant révolu.Le peuple congolais est conscient de cette caricature. Et, le congolais doit d’abord s’en débarrasser par des actes concrets. Ce qui vient de se produire à travers le monde prouve à suffisance qu’il ne s’agit pas d’un peuple amorphe. Il peut se mobiliser lorsqu’il le veut. Personne ne pouvait s’attendre à une telle réaction de la part des congolais. Puisons des exemples dans un passé récent : Rappelez-vous qu’en 1998, les kinois se sont débarrassés des rebelles sans armes. Il y a un début de l’éveil et une prise de conscience qui exige du temps pour arriver à maturation.

Cet avenir radieux dont nous parlons ne peut se construire qu’avec des responsables locaux intègres qui ont compris l’aspiration du peuple.  C’est la raison pour laquelle le peuple congolais veut être dirigé par des responsables de son choix et non par ceux qui sont placés par des occidentaux et qui, au lieu de considérer l’intérêt du peuple, voient et défendent d’abord les intérêts des étrangers. La Belgique, votre pays a la responsabilité de l’y accompagner et non de se mettre à contre-courant de l’évolution de l’histoire commune d’elle a avec la RDC. Le peuple congolais ne veut pas être égoïste avec ce qu’il possède mais, n’accepte pas d’être affamé ni être instrumentalisé sur son sol. Il s’agit d’une réclamation légitime et humaine.

Un ancien ministre des affaires étrangères belge, en l’occurrence, votre père pour ne pas le citer, disait que les belges ont une relation passionnelle avec les congolais et ils sont mal placés pour se prononcer sur certains aspects qui concernent le Congo (RDC). Ce qui est vrai partant de notre histoire commune.

Mais, ce qui est vrai aussi est que le peuple congolais garde un mauvais souvenir de ses relations avec la Belgique. Car, il attribue son malheur au fait que son pays a été colonisé par la Belgique qui, à l’instar d’autres métropoles, n’a pas pu favoriser le développement initié par le roi Léopold II. Après le règne de Léopold II et la période coloniale marqués par la barbarie humaine vis-à-vis du peuple autochtone du Congo, la Belgique a :

-    exécuté le plan de l’élimination physique de monsieur Patrice Emery Lumumba, premier ministre élu démocratiquement ;

-    favorisé la sécession katangaise de Tsombé pour exploiter frauduleusement les minerais ;

-    soutenu la dictature de Mobutu pendant  trente-deux ans et qui est à la base de la situation actuelle ;

-    comploté pour l’exécution sommaire de Laurent Désiré Kabila jusqu’à annoncer son assassinat dans les médias du monde entier avant même l’annonce officielle de l’autorité établie ;

-    soutenu des rebellions dans l’Est du pays. Un ambassadeur belge était même impliqué directement dans le trafic d’armes de guerre ;

-    excité le peuple à la révolte en dévoilant la nationalité étrangère du président actuel. C’est monsieur Karl de Gucht, alors ministre des affaires étrangères belge qui a informé le peuple congolais de la nationalité autre que congolaise du président  Joseph Kabila ;

-    soutenu la candidature de Joseph Kabila en 2006 et 2011. En 2006, Louis Michel, votre père alors ministre des affaires étrangères belge qui, dans sa conscience doit avoir quelques regrets de ce qu’il a fait, a sillonné les capitales occidentales pour plaider la cause de son enfant prodigue. Cette prise de position ou attitude est réitéré par monsieur Didier Reynders, actuel ministre des affaires étrangères belge dans sa première volonté de se rendre à l’investiture de monsieur Kabila.

Ceci étant, le peuple congolais n’est pas un peuple rancunier. Il oublie vite lorsque les gens s’amendent. La relation entre la Belgique et la RDC ne doit pas être trouble. Le peuple veut une normalisation de relation mais, avec des autorités qui se soucient du peuple. Quel est ce papa qui ne donne pas à manger à ses enfants et qui sera embrassé à chaque fois qu’il revient à la maison bredouille? Ne dit-on pas que le ventre affamé n’a point d’oreille ? Priver à manger à ses enfants est une maltraitance. En Europe, ces enfants sont placés dans les familles d’accueil et les parents mis en prison. Comment pouvez-vous soutenir qu’un peuple qui ne demande qu’à manger soit tué à l’arme automatique alors que manger est un droit fondamental chez vous ?

Les droits ne sont-ils pas universels ? Si c’est l’universalisme que vous soutenez, pourquoi deux poids et deux mesures?

L’avenir radieux de la RDC viendra aussi du soutien de ses partenaires sérieux et fidèles. Il est grand temps que la Belgique qui a fait tant du mal au peuple congolais puisse se positionner dans un camp. Ce partenariat de l’avenir se veut respectueux et équitable pour le développement de la RDC. La RDC dispose d’une potentialité qui ne doit pas la classer là où elle est aujourd’hui sur l’échiquier mondial.

Monsieur le Président,

En tout état de cause, Nous voudrions dire qu’aucun peuple, aucun pays ne peut bâtir son avenir sans penser à son passé, à son histoire. C’est en tenant compte de son passé qu’on peut projeter l’avenir. Le peuple congolais constate qu’à chaque fois qu’il cherche à marquer un tournant dans son histoire, il rencontre l’opposition de la Belgique qui, normalement doit l’y accomapgner. C’est pour cela que le commun des mortels congolais dit que notre malheur vient de la Belgique. C’est un petit pays qui a embrassé un mastodonte qu’il ne sait pas protéger à chaque fois qu’il y a un prétendant plus grand que lui.

Parmi les bêtes, il n’y a que le cochon qui laisse la truie à la merci d’autres cochons pendant la période de chaleur. Ce manque de fidélité et de protection est constaté dans le chef de la Belgique à chaque fois que le Congo (RDC) est en difficulté ou cherche à sortir d’une situation quelconque. La Belgique ne doit pas se dérober de ses responsabilités. La RDC n’a pas voulu que la Belgique soit son métropole. Il s’agit d’un destin de l’histoire et nous, congolais, invitons la Belgique à s’assumer.

Monsieur le Président,

Nous ne pouvons parler de l’avenir de la RDC sans évoquer ce qui s’y passe en ce moment : pays sous occupation, pays sous tutelle, pays sous embargo et les élections du 28 novembre 2011. La RDC est un pays sous occupation, un pays sous tutelle et un pays sous embargo.

Pays sous occupation parce que vous savez monsieur le président que l’armée rwandaise a des cantonnements en RDC dans le cadre de l’opération AMANI. L’armée congolaise qui doit protéger le territoire national n’existe pas par une volonté délibérée du président actuel qui n’en veut pas à cause de ses intérêts avec ses partenaires occidentaux dans l’exploitation frauduleuse des richesses du pays.

L’opération AMANI est, en réalité,une stratégie de vol des minerais congolais par des multinationales occidentaux via le Rwanda qui en est le producteur alors qu’il ne dispose d’aucun gisement de ces minerais sur son sol. Ceci avec la bénédiction du président que vous soutenez pour le Congo (RDC). La preuve est que les militaires rwandais se trouvent dans les sites de gisement des minerais où ils font travailler les pauvres autochtones comme à l’ère de l’esclavage. Les avions décollent chaque jour des tronçons de l’autoroute reliant le sud au nord transformés en aérodromes de fortune pour transporter les minerais vers le Rwanda sous la protection de l’armée rwandaise.

Pays sous occupation parce que vous savez très bien, monsieur le ministre, que les pauvres pêcheurs congolais du lac Kivu qui alimentent le marché local en poissons, produits de première nécessité, sont obligés, sous menace des armes, d’aller vendre leurs productions en face, du côté du Rwanda et que les congolais sont obligés d’aller acheter ces mêmes poissons produits par leurs compatriotes au Rwanda avec le risque de couler avec leurs pirogues lors de cette traversée.

Pays sous occupation parce que les multinationales exploitent notre sous-sol et semblent n’avoir des comptes à rendre à personne. Ceci, bien entendu, avec la complicité de certains fils du pays inconscients, égoïstes et véreux qui n’y tirent que des miettes comme l’actuel président que vous soutenez alors qu’il s’agit d’un bien commun qui nous a été légué par nos ancêtres.

Pays sous tutelle parce que la Monuscoétablit son champ d’action au délà du pouvoir de l’autorité établie. Il y a une confusion entre l’autorité locale et le représentant de la Monusco dans sa mission dans un pays souverain.
Pays sous tutelle parce que le peuple est maintenu à l’état de l’esclave sur le sol de ses ancêtres grâce aux armes. On lui interdit de réclamer ses droits par des ambassadeurs des pays occidentaux qui oublient et ignorent leur mission dans un pays d’accréditation. Nous constatons que les ambassadeurs occidentaux s’octroient un pouvoir qui les écarte de leur mission pour se substituer en autorités locales. Comme nous l’avons dit plus loin, un des ambassadeurs belge dont nous taisons le nom était même impliqué dans le trafic d’armes de guerre entre l’Afrique du sud, le Rwanda et la rébellion à l’Est du Congo.

Pays sous embargo parce quenous constatons que depuis l’organisation des élections, la presse n’accorde que très peu d’intérêt à ce qui se passe au Congo. Il a fallu que les jeunes gens cassent quelques magasins à Matonge pour que la presse s’y intéresse. Aucune explication n’a été donnée au peuple belge sur les motivations de ces casses. Une bonne façon de véhiculer une mauvaise image du peuple congolais vivant en Belgique. Alors que c’est la RTBF qui a la responsabilité de couverture des événements en RDC selon la répartition de responsabilités des médias. Ceci nous a été dit par un journaliste.

Pays sous embargo parce que personne, parmi ceux qui dirigent le monde, n’ose lever la voix pour dénoncer les irrégularités qui ont émaillées l’organisation du scrutin du 28 novembre 2011 en RDC. Les résultats publiés par la CENI sont en contradiction avec ceux affichés dans les bureaux de vote. Ils sont contestés par la majorité de la population qui ne veut pas s’identifié derrière le candidat présenté comme étant le vainqueur. Colette Braeckman qui a parlé du vote sanction au lendemain du scrutin a changé d’avis comme si elle a été rappelée à l’ordre par un coup de bâton magique.

L’étrange est que même les observateurs étrangers qui n’ont aucun intérêt à cacher la vérité n’osent remettre en cause les résultats de ces élections. Pourtant, il s’agit d’une situation identique à ce qui s’est passé en Côte d’ivoire avec comme différence que la CENI était pro-Ouattara et la cour suprême pro-Gbagbo. Alors qu’en RDC toutes les institutions sont pour le président sortant. La RDC n’a jamais eu un régime aussi corrompu que le régime actuel. Sous Mobutu il y avait quand même un peu de pudeur. Sous Kabila, mêmes des occidentaux n’ont pas de leçon à donner. Il n’y a jamais eu pire que ce qui se passe en RDC en ce moment.

Monsieur le Président,

C’est donc dans ce contexte d’occupation, de tutelle et d’embargo que ce sont déroulées les élections du 28 novembre 2011. Comment voulez-vous que ces élections soient crédibles, libres, transparentes et démocratiques lorsque :

-    elles sont organisées la sous menace d’une frange de la population ?

-    les responsables de la CENI, organe de gestion des élections supposé être neutre est, en réalité, un instrument du pouvoir ?

-    la loi électorale subit des modifications en pleine campagne électorale ?

-    les magistrats chargés de se prononcer sur le conflit post-électoral sont nommés pendant la campagne ?

-    les candidats ne bénéficient pas de même traitement dans l’utilisation de l’outil de l’état ?

Le peuple congolais ne demande pas autre chose que le rétablissement de la justice et de la paix sociale. Le respect de son choix sur l’autorité qui doit le diriger. Dans la culture congolaise, le chef n’est jamais contesté. Lorsque la majorité commence à contester le chef, il doit abdiquer par mesure de prudence. En ce qui concerne le président Joseph Kabila est question que je peux me poser est celle de savoir qu’est- ce qu’il va devenir après ce mandat qu’il cherche à avoir par défi ? L’expérience récente des dirigeants tyrans nous ont beaucoup appris sauf les têtus.

Puisque les congolais sont des mal-aimés à l’étranger, la diaspora congolaise ne demande qu’une chose : retourner dans son pays d’origine pour y vivre en paix. Les congolais se sentent mal à l’aise dans ces pays qui ne leur réservent que mépris alors qu’ils disposent d’un paradis. Mais, étant donné qu’ils ont gouté à la démocratie, à la liberté, à la bonne gouvernance et à la justice sociale, ils souhaitent la création d’un cadre identique dans leur pays où il ferait bon vivre.

Le président Joseph Kabila qui a eu le temps de s’amender et de s’adapter au peuple congolais ; lui qui est né et grandi hors de la réalité de la RDC n’est pas prêt à offrir une telle garantie par sa manière de travailler. Il refuse de s’identifier en congolais lorsqu’il parle de « votre pays », lorsqu’il s’exprime en français à Kinshasa. C’est pourquoi le peuple a pensé tourner la page de son histoire. N’est-il pas légitime de se débarrasser d’un chef qui refuse d’être en harmonie avec son peuple ?

Pour son avenir, le peuple congolais aspire au bien-être par le développement de son pays, la RDC,  grâce au travail, à la paix sociale, à la justice, aux valeurs morales et au partage harmonieux des ressources dont il dispose.

Nous vous prions de croire, Excellence monsieur le Président, à notre considération distinguée.
Fait à Bruxelles, 15 décembre 2011.

Le patriote congolais.

Chrysostome Mukila Kamba
mukiilakamba@yahoo.fr

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