11/01/2012 15:39:44
Salaud de bougnoule!
A la mémoire de Wassim El-Yamni, mort de n’avoir pas été assez français et ni suffisamment blanc…
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Bonne année 2012 à tous ! Cette nouvelle année débute sous des auspices joyeux et festifs comme à l’accoutumé : le matraquage suivi de la mort d’un  compatriote, étrangement résident de nos quartiers populaires et d’origine maghrébine (comme il se doit). Nous présentons nos vœux à nos exemplaires forces de police, championnes d’Europe des violences racistes et insoupçonnables, une nouvelle fois, d’agissements criminels à l’encontre d’un de nos concitoyens, français et basané (précision inutile).

Merci à Claude Guéant, merci à la police...

Merci à Claude Guéant pour les condoléances à la famille, et la considération affichée à raison de la perte subie.
Merci  à la communauté nationale pour sa solidarité démonstrative débordante à l’annonce de cette énième bavure policière. Un de nos enfants inconscient, s’est encore jeté avec application, détermination et  violence contre les bottes et matraques de nos forces de l’ordre, dernier rempart de notre ordre républicain déliquescent, mais courageusement appliqué à garantir notre démocratie.

Un grand merci à nos médias indépendants et incisifs, pour avoir donné à cette information la place qui devait être la sienne entre l’annonce bidon du transfert du spice-boy David Beckham et les célébrations du début de l’année 2012, date chérie du renvoi aux oubliettes de l’imposteur de l’Elysée.

Oui, en 2012, notre pays est encore terre d’élection du racisme policier! Là où la BAC (Brigade d’Abrutis Cow-boys) se permet de faire régner sa vision de la diversité, une diversité où un bon bicot est un bicot mort  et un bon noir se déguste chaud comme un dissident soviétique sortant d’un goulag sibérien. 

Wissam El Yamni, car c’est son nom, nous nous devons de l’honorer, non parce qu’il est un héros, mais parce qu’il fut une des victimes de la violence d’état, est mort pour le symbole. Ou plutôt parce que trop basané et de fait victime désignée de ce que la France produit de plus minable et de plus vaseux : le racisme institutionnel.

L'arbre à palabre...

Il est de plus inutile de disserter sur les fondements historiques de ce dernier : il est là, et bien présent.  Lequel d’entre nous, d’origine maghrébine ou sub-saharienne n’y a jamais été confronté ? Nulle volonté d’apitoiement ou de victimisation comme le pourrait décrire M. Pascal Bruckner, il ne s’agit que de dresser une énième fois un constat dérangeant. La France est raciste, ne pas le reconnaitre, ne pas l’accepter est cacher la forêt derrière l’arbre à palabre.

Claude Guéant
Claude Guéant

Mais ici nous ne palabrerons pas, nous énoncerons, et nous nous dénoncerons, loin d’être rafraîchis par l’arborescence de la dissimulation, des non-dits et des  feuillages de la pudeur consensuelle.

La France, ses institutions, ses soubassements philosophiques, sa police sont racistes et ethnocentristes, et à l’exacte opposée des principes républicains qu’elle prétend incarner. Sa population, qui n’est que l’otage des concepts établis par une élite plus soucieuse d’exercer le pouvoir à son bénéfice exclusif que de servir le bien commun, en est la victime.

Platitude diront certains, vérité affirmera la famille de Wissam El-Yamni,cet homme mort d’être l’incarnation de cet ennemi intérieur imaginaire, depuis ce que l’on évoque avec pudeur comme les « évènements » d’Algérie.  C’est en effet depuis cette époque maudite, que l’arabe est le moins cher de l’économie de notre police.

D’octobre 1961 et la ratonnade, couplée à un bain de Seine impromptu, cornaquée par M. Préfet Maurice "l'ex-nazillon" Papon, en passant par Lyon-Les-Minguettes et Toumi Djaïda en 1983, à Malik Oussékine en 1986, pour en finir à Wissam El Yamni dans la nuit du 31 décembre 2011 au 1er janvier 2012, les bougnoules, les bicots, les melons, les crouilles, les voleurs, les beurs, les barbus, les terroristes, les wesh-wesh, comme les surnomment nos agents des forces de l’ordre, ont eu droit à un traitement de faveur et de choc, en adéquation à la réputation dont ils pouvaient jouir dans l’inconscient blanc et majoritaire de notre « Patrie des droits de l’homme ».
Provocation ?

Bien sur que non! Il de plus inutile de revenir sur la longue liste de baveuses bavures, dont a pu se rendre impunément coupable cette police sensée nous protéger.

Un contrôle mortel...

Aujourd’hui nos pensées s'envolent vers Wissam El-Yamni et sa famille. Et nous nous posons ces questions dont nous connaissons les réponses: suffit-il d’être originaire du Maghreb ou d’Afrique sub-saharienne, selon la nomenclature usitée,  pour être condamné à mort sans procès ni jury, par la police nationale ?

L’impunité est-elle la règle qui prévaut pour les actes délictueux et criminels de nos agents des forces de l’ordre?
Est-elle la règle lorsque la victime n’est pas «couleur locale» ?

M. Claude Guéant, s’exprimant suite à l’arrestation dramatique de Wissam El-Yamni, semblait le penser.
Il ne s’agissait, selon toute vraisemblance, que d’une interpellation basique.

D’après notre Charles Martel du XXIème siècle, RAS, rien à signaler.  Langue de bois de rigueur et torse bombé, il affirmait : "Je me garderais d'avoir  le moindre avis sur cette question. La seule chose que je voudrais dire , c'est que s'il y a eu une interpellation difficile, ça n'est pas le fait des policiers".

Surement le fait du vent ! Le jeune homme tombé dans le coma, après un malaise cardiaque durant son transport au commissariat, présentait des fractures et des lésions au cou. Le pauvre homme est décédé 8 jours après les faits.

Une mauvaise habitude...

D’où vient cette propension, que l'on constate chez les jeunes français issus de l’immigration, à rendre l’âme subitement après une interpellation menée dans les «règles de l’art» par les forces de l’ordre ?

Les contrôlés seraient-ils malencontreusement, tous autant qu’ils fussent, les seuls âmes fragiles et cardiaques résidant dans les quartiers difficiles, ou plus vraisemblablement des victimes innocentes de violences policières?
Synergie, second syndicat d’officiers de police, obéissant à une logique corporatiste a accordé à la France entière son opinion sur l'affaire du quartier de la Gauthière de Clermont-Ferrand.

Il apporte son soutien aux deux présumés  meurtriers et annonce la couleur en  exhortant : «La cohorte des petits inquisiteurs de salons à s'abstenir de lyncher médiatiquement les policiers" incriminés ».

Un manque de délicatesse, marque de fabrique de cette excroissance purulente de la police nationale.
Celui qui a été lynché est connu, il n’était pas policier et sa position n’entraîne aucune figure de style, qu'elle soit poétique ou polémique, ni aucune ratiocination salonnarde, et pour cause ! Il n’est plus de ce monde…

Comme un air de bavure...

Wissam El Yamni

De nouveau se dresse la quadrature du cercle : un interpellé, parce que maghrébin ou noir s’en est allé ad patres, suite aux bons soins de la police, accusé, tout défunt qu’il est, d’outrage, de rébellion, et surtout de se n’être pas laissé tabassé sans réagir par des agents assermentés par trop câlins.

Ce schéma qui débouchera, au pire par un blâme adressé aux deux officiers incriminés, au mieux par une médaille décerné par un préfet, récompensant en cela leur bravoure et leur abnégation quant à l’accomplissement de leur devoir est un scénario connu.

Il est celui des bavures policières, touchant cette partie de la composante de la nation qui n’a pas eu la bonne idée de naître ou de se transformer en citoyen bien blanc, bien de chez nous.

Wassim El-Yamni, quel que soit son comportement ne méritait pas un tel déferlement de violence. Jugez-en, selon un témoin : « Les policiers sont descendus, ils ont mis de la musique à fond, de la funk, et ont démuselé les deux chiens. Ils étaient chauds, ils ont fait un décompte 'Trois-deux-un go' et ils lui ont mis des coups.». Tabasser un interpellé, sur un rythme funky: voilà un fait qui redorera le blason de la police dans nos quartiers!

Selon la version moins musicale, moins « Jamesbrownesque » du quotidien La Montagne,  l’interpellation se serait déroulée ainsi : « Il est mis au sol par le chien, menotté, placé dans le véhicule puis aspergé avec une bombe de gaz lacrymogène ».  Les cohortes de petits inquisiteurs n’ont qu’à bien se tenir et rester tranquille avant qu’on ne leur inflige le même traitement !

Championne d'Europe...

La police française, régulièrement condamnée par la Cour Européenne des Droits de l’Homme(CEDH) pour violation des droits individuels et torture, entre autres joyeusetés, peut s’enorgueillir d’un nouvel écart sanglant.

Le constat est affligeant : au-delà de la peine de la famille El-Yamni, qu’il n’est pas question de minimiser ici, se pose la question de l'impact de l'action d’une police raciste dans un état de droit.

Les savantes digressions, portant sur la dureté de la profession d’agent de forces de l’ordre et de l’évolution de la délinquance dans les quartiers populaires, ne peuvent justifier que l’on réserve un traitement discriminant violent, et bien souvent mortel, à une part de la population qu’on a du mal (d’un point de vue blanco-blanc) à accepter.

L'arabe du coin, le nègre de service...

Le maghrébin ou le noir, partie intégrante de la société française, n’ont pas vocation unique d’amuser le bon peuple, à l’instar d’un Djamel Debouzze ou d’un Omar Sy, guignols acceptés par le système dominant, car inoffensifs par choix et surtout par absence de positionnement politique ( à l’inverse d’un Dieudonné ou d’une Houria Bouteldja). En tant que citoyens français, le citoyen arabe ou noir, vivant dans les quartiers populaires (ou ailleurs) a droit au respect des forces de l’ordre et de la société dans son ensemble.

Faut-il être un Zinedine Zidane ou encore un Teddy Riner pour pouvoir être accepté dans sa différence ?

Le cas d’Eunice Barber passée à tabac par des policiers, aussi racistes qu’ignorants d’une France non-blanche portant haut les couleurs de la Nation, démontre que non.

Les voies pour atteindre la respectabilité ne sont pas impénétrables. Elles passent par une affirmation d’une différence assumée, à l’instar d’un Djamel Bourras ou d’un Pape Diouf, et d’un rappel constant des principes de la République.

Les principes sociétaux régissant la France d’aujourd’hui ne laissent que peu de place à l’espoir d’une justice rendue dans ce cas d’espèce. Les deux meurtriers de Wassim El-Yamni, s’en tireront, selon toute vraisemblance, sans à bon compte. Qu’à Dieu ne plaise, dans ce monde ou dans l’autre, un châtiment exemplaire leur sera réservé.

D’ici nous ne pouvons qu'assurer nos plus profondes et sincères condoléances à sa famille et aux proches de la victime.

A la mémoire de Wassim El-Yamni, mort de n’avoir pas été assez français et ni suffisamment blanc…



Ahouansou Séyivé

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