12/01/2012 01:47:18
A propos du sommet de Durban
Comment le sommet mondial sur le Climat de Durban en Afrique du Sud a continué à entretenir le risque du péril climatique sur la planète.
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Comment le sommet mondial sur le Climat de Durban en Afrique du Sud a continué à entretenir le risque du péril climatique sur la planète.

Le climat se réchauffe, l’humanité s’inquiète. A tort ou à raison? Le péril climatique est-il vraiment réel?

Adrien Djomo :  Je commencerai par vous remercier de m’avoir invité pour commenter l’actualité après le sommet mondial sur le climat qui s’est tenu à Durban en Afrique du Sud du 28 Novembre au 09 Décembre 2011 dont le but était d’amener les décideurs du monde à prendre des résolutions qui vont permettre de sauver la planète de ce que les êtres humains ont fait d’elle. Vous posez la question de savoir si le péril climatique est réel. De nos jours il ya de nombreuses évidences tant au niveau scientifique et au niveau de l’observation des minimums, moyennes et maximums climatiques qui font dire que l’humanité ne s’inquiète pas à tort.

Il ya une menace réelle, notamment au niveau de la couche d’ozone, responsable de filtrer les rayons ultra-violets qui pourraient exterminer notre planète s’ils nous arrivent en abondance. Au cours de cette décennie, les zones où on a observé les trous d’ozone ont atteint une superficie de 24 million de km2. La concentration du CO2 dans l’atmosphère a augmenté d’environ 30% par rapport à la période préindustrielle. Il en est de même pour la température qui a augmenté d’environ 0,6˚C et continue encore. Nous devons agir aussi bien dans les Pays du Nord que dans les Pays du Sud pour freiner cette menace qui est en grande partie induite par les actions humaines notamment avec l’industrialisation et le transport accrue dans les pays du Nord qui continuent de dépendre des énergies non renouvelables et de la déforestation dans les pays du sud qui constituent près de 20% des émissions actuelles des gaz à effet de serre.

Le protocole de Kyoto est un premier pas vers l’harmonisation du comportement humain face à l’environnement à l’échelle mondiale. Que prévoit concrètement ce traité? Est-ce une réponse adéquate au problème?

Comme vous le dites, le protocole de Kyoto qui a été adopté en 1997 et qui est entré en vigueur en 2005 prévoit une réduction globale des gaz à effet de serre de 5,2% par rapport à 1990. Ainsi, l’accord de Marrakech signé en novembre 2001 définit pour chaque pays de l’annexe I les niveaux de réduction à atteindre.

Les pays de l’annexe I sont constitués de 39 pays les plus industrialisés considérés comme historiquement responsable de cette hausse anormale des gaz à effet de serre depuis la période industrielle. Ce protocole prévoit pour atteindre ce niveau de réduction les mécanismes de flexibilité qui sont les mécanismes de développement propre (MDP), l’implémentation conjointe et les marchés de carbone volontaires. De ces mécanismes, celui qui concernait le plus les pays africains et les autres pays du sud était le MDP car ce mécanisme permet aux pays du Nord pour atteindre leur niveau d’émission d’investir dans des projets de réduction de carbone dans les pays sous développés et d’utiliser les crédits de carbone obtenus.

Toutefois, la non prise en compte de la déforestation et de la dégradation forestière, ainsi que le nombre très faible des projets issus des MDP ont fait qu’on ait adopté à la COP 13 en 2007 à Bali en Indonésie un consensus sur les compensations réduction. Cette idée a depuis lors évolué et on parle aujourd’hui de plus en plus du concept de REDD+ qui veut dire Réduction des Emissions issues de la Déforestation et de la Dégradation Forestière.

Ainsi, comme vous le voyez, le protocole de Kyoto est en ce moment le protocole le plus contraignant et celui en même temps qui amènerait les pays du sud de se sentir plus concernés et de s’impliquer comme des acteurs importants des changements climatiques en préservant les puits naturels de carbone que sont les forêts.

Comment interprétez-vous le fait que les États-Unis n’ait pas jusqu’ici ratifié le protocole de Kyoto?

Les Etats-Unis n’ont pas ratifié ce protocole probablement parce-que l’industrie américaine est fortement dépendante des énergies non renouvelables. Le fait que les Etats-Unis s’activent dans de nombreux conflits très chers au contribuable américain à travers le monde ne leur donne pas la possibilité de se concentrer en priorité sur les questions écologiques et environnementales. Le lobby pétrolier américain très puissant n’envisage pas des contraintes de réduction des gaz à effets de serre (GES) bien qu’il y ait un lobby écologique favorable pour une telle réduction contraignante.

J’ai lu ces jours le livre de l’ancien président Américain Bill Clinton «My life : The presidential years» où j’ai constaté que dans ce livre de 696 pages il ne parle d’environnement qu’en quelques paragraphes.  Ceci démontre la légèreté avec laquelle le gouvernement américain traite les questions environnementales. A quoi peut-on s’attendre avec une telle gestion politique ? C’est aussi l’occasion de rappeler que le protocole de Kyoto était l’une des priorités de campagne du Président actuel Barack Obama. A-t-il pu en 4 années amené les américains, vers cet accord tant attendu par le monde entier ? A vous et à nous tous d’en juger…

Êtes-vous satisfait de la position du Canada aujourd’hui?

En 1998, le Canada a signé le Protocole de Kyoto, avec pour objectif de réduire les émissions de GES de 6 % par rapport à 1990 en 2012. En 2008, les émissions nationales étaient de 734 millions de tonnes, soit environ 31,5 % au-dessus du niveau de Kyoto. Cette situation a montré que le Canada avait besoin de grands engagements à tous les niveaux y compris au niveau du gouvernement, des municipalités, des entreprises et des particuliers pour inverser la mauvaise tendance.

Dans ce contexte, les gouvernements municipaux ont émergé comme des acteurs clés dans le domaine de l'atténuation du changement climatique. La Fédération canadienne des municipalités offre des programmes et des services pour appuyer les municipalités dans leurs efforts de réduction des GES par le biais du Fonds municipal vert (FMV) et les Partenaires pour la protection du climat (PPC). En 2010, le programme PPC a mesuré les efforts fournis à travers le Canada pour réduire les GES. L'initiative a investi pendant trois ans 400 millions CAD qui ont abouti à une réduction de 1,5 millions de tonnes représentant un coût de 267 CAD par tonne en moyenne, ce qui est très élevé.

Le message que nous donnons, c’est que le Canada doit impérativement adopter une stratégie qui permette à tous les acteurs de réduire leur train de vie dans la consommation des énergies non renouvelables, et aussi développer des partenariats avec des pays d’Afrique, d’Amérique latine et certains pays d’Asie pour développer davantage les projets REDD+ dont les prix sont les plus compétitifs en matière de crédit de carbone. 

Le Ministre de l’environnement Mr. Peter Kent quelques heures après son retour de Durban a confirmé au cours d’une conférence de presse le retrait du Canada du protocole de Kyoto. Comment commentez-vous cette décision ?

Le gouvernement de Mr Stephan Harper en prenant cette décision a fait honte au Canada et s’est attiré de nombreuses critiques tant au plan interne notamment celles de l’ancien ministre fédéral de l’environnement Mr. Jean Charest, du Congrès du Travail du Canada (CTC),… que sur le plan international notamment dans les pays puissants comme l’Allemagne, la France, la Chine, le Japon et bien d’autres. Le Ministre Kent soutient que cette décision a été prise pour éviter au Canada des pénalités financières pour non respect des exigences du protocole de Kyoto.

D’après le Ministre de l’environnement, les émissions ayant plutôt augmenté du tiers contrairement aux attentes de réduction, le Canada devrait payer une pénalité de 14 milliards de dollars. Le ministre et le gouvernement en cherchant à s’aligner avec les Etats-Unis ont sous estimé les retombés négatives sur l’image du canada sur le plan international. Je pense personnellement que le gouvernement actuel aurait du plutôt privilégié une négociation réaliste et rassembleur qui permettrait au Canada de définir de nouveaux objectif en s’appuyant sur les efforts qui ont déjà été fait tout en insistant sur la nécessité que la Chine et les Etats-Unis qui sont les principaux pollueurs en ce moment soient eux aussi contraints par ce protocole.

Du 28 Novembre au 09 Décembre 2011, il s’est tenu à Durban en Afrique du Sud la COP17/CMP7 le sommet mondial sur le climat. Que recherchait-on justement à Durban?

Comme je vous le disais tout à l’heure, le monde attendait que le protocole de Kyoto soit celui qui contraigne tout le monde y compris les Etats-Unis, la Chine et tous les autres pays du groupe APP, Partenariat Asie-Pacifique sur le développement propre et le climat que sont l’Australie, le Canada, la Chine, l’Inde, le Japon, la Corée et les Etats-Unis.

En plus, la feuille de route de Bali qui avait échoué à Copenhague au Danemark (en 2009) devrait être remise sur la table de discussion avec toutes les évolutions qu’il ya eu ces dernières années notamment les accords de Cancum en 2010 sur le fonds vert pour que le REDD+ prenne effet à partir de 2012. L’attente était beaucoup plus grande car nous sommes à la fin de la période 2008-2012 où les engagements avaient été pris dans le cadre du protocole de Kyoto. La planète attendait que de nouveaux engagements concrets et réalistes soient pris à tous les niveaux pour espérer un futur avec une réduction sur les menaces qui pèsent sur nous.

Quels commentaires vous faites sur les principales résolutions de ce sommet ? Peut-on espérer qu’il ait aidé à faire avancer les discussions et les craintes du péril climatique ?

Les résolutions et la façon dont on est parvenu montre clairement que tous les pays veulent qu’il y ait globalement des réductions mais ne veulent pas s’engager fortement. On est parvenu à un accord qui donne des espoirs de survie au protocole de Kyoto après 2012 dont l’ambition est d’inclure tous les pays dans cette nouvelle phase. Ceci reste une ambition qu’il faudra bien suivre l’an prochain au Qatar où sera tenu du 27 Novembre au 07 Décembre 2012 le prochain sommet, et nécessite davantage une mobilisation écologique mondiale car les Etats-Unis n’ont toujours pas ratifié le protocole de Kyoto, le Canada a confirmé son retrait et des menaces continuent avec la Russie, l’Inde, le Japon et la Chine a montré des positions tergiversantes. 

Cet accord n’a pas pris en compte les exigences scientifiques d’alerte mondiale pour faire en sorte qu’on puisse se retrouver en dessous d’une augmentation de 2˚C d’ici 2050. S’il est vrai qu’un paquet financier de 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020, a été mis en place l’an dernier à Cancum pour financer le fonds vert, il reste que le sommet de Durban n’a pas permis de définir clairement les mécanismes de ce financement, les engagements par pays de même que les nouveaux engagements de réduction si tous les pays doivent être contraints dans les nouveaux accords.

Quelles sont les conséquences pour les États Africains?

L’Afrique reste une des régions où la menace d’un péril climatique reste très élevé. Le Sahara est aussi le plus vaste étendu de désert subtropicale au monde et un plus grand réchauffement de la planète entrainerait des conséquences néfastes très grande dans cette région où il ya aussi des zones où l’indice de pauvreté est parmi les plus faibles au monde. Evidemment l’Afrique a aussi un très grand rôle à jouer dans ce contexte. Je dois rappeler que l’Afrique centrale est après l’Amazonie la plus grande étendue de forêt tropicale.

Une plus grande déforestation dans cette zone annulerait tous les efforts de réduction fournie dans les autres parties de la planète car la déforestation représente de nos jours 20% des émissions des GES. Une politique de mitigation, d’atténuation et d’adaptation doit être mise en place de façon urgente dans ce continent en tenant compte des différentes réalités écologiques pour éviter les menaces environnementales, des catastrophes ainsi que les menaces sociales sur les peuples.

Quelles solutions vous préconisez aux états Africains pour tirer les avantages financiers des futurs accords et éviter de sombrer dans un chao du péril climatique

L’Afrique a un trésor écologique qui pourrait la hisser parmi les continents les plus puissants de la planète si ces ressources étaient bien gérées. Je pourrai m’étendre sur des propositions qui pourraient aider les pays africains à utiliser ce trésor comme levier de développement, mais il faut que les décideurs soient prêts à m’écouter et à s’appuyer sur ces propositions.

J’ai développé les toutes premières équations allométriques qui devraient permettre d’estimer avec plus d’exactitude les carbones issues des forêts tropicales africaines. Je suis entrain de préparer une publication scientifique qui sera disponible l’an prochain et qui contribuera à aider les Pays africains à gérer les forêts de façon écologiques et de tirer profit des avantages financiers qui pourraient découler des nouveaux accords sur l’environnement.

Toutefois, l’impression que nous avons c’est qu’avec la gouvernance actuelle dans de nombreux pays africains, les dirigeants ne s’appuient pas sur nos résultats de recherche. Nous espérons qu’avec l’adoption de nouveaux accords sur le climat, les dirigeants africains s’intéresseront davantage à nos travaux pour tirer le meilleur profit non seulement pour le développement du continent mais aussi pour sauver la planète des menaces actuelles.

A propos de Adrien Djomo

Adrien Djomo est titulaire d’un PhD en Bioclimatologie. Pour plus d’amples informations sur ses travaux, sa recherche et ses intérêts scientifiques, visitez son site personnel www.adriendjomo.com

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