13/01/2012 02:05:03
Profession : conducteur de moto-taxi
Il est de notoriété publique que Douala est sous la loi des conducteurs de moto-taxis non identifiés, agressifs, bafouant le code de la route, foulant aux pieds les règles les plus élémentaires de convivialité, de civilité et de citoyenneté...
Le Messager
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La corporation est un mélange détonnant. On y trouve de tout. Des individus qui ont perdu un emploi et qui se rabattent dans cette activité pour survivre. C’est une véritable aubaine pour d’autres, sans aucune formation que celle de conduire un engin à deux roues. Sans se soucier d’aller à l’auto école pour obtenir un permis de conduire. Voilà qu’en 1991, au plus fort des villes mortes, le patron de la police de l’époque, met en circulation à Douala quelques motos pour casser la grève des taximen et faciliter les déplacements de ceux qui voulaient bien vaquer à leurs occupations.

Ainsi les premiers « benskineurs » de Douala seraient des flics en civil. Ne pouvant point distinguer dans cet état de chose qui est flic et qui ne l’est pas, d’autres se sont engouffrés dans la brèche. Avec de sur quoi l’esprit de contestation de 91-92. Voilà comment un phénomène jusque-là connu au Nord du pays étend ses premières tentacules à Douala.

La trouvaille du chef de la police venait ainsi apporter des solutions aux problèmes de déplacement dans une métropole qui s’élargit tous les jours. Avec l’autre phénomène de l’habitat spontané. Les taxis ne pouvant desservir les multiples nouveaux quartiers, les motos-taxis font florès, pour le bonheur des citadins, presque à l’insu des autorités administratives. Lorsque les pouvoirs publics se rendent compte qu’il s’agit d’un cancer en phase de métastases, il n’est plus maîtrisable. Et tout le corps social en pâtit : vol à la tire, agressions, assassinat, rébellion ouverte, impertinence, arrogance. La moto est devenue le véhicule à l’aide duquel on peut commettre impunément tous les forfaits. Toutes les tentatives des autorités administratives en vu de juguler le fléau se soldent par un échec.

Pour insubordination de la part de ceux qui en ont fait leur gagne pain. Encore que ce nouveau secteur d’activité s’avère rentable pour ceux qui ont des sous à faire fructifier ou des parents à rendre productif. Gendarmes, policiers et personnalités politiques investissent et s’investissent dans le secteur. Au nom de la lutte contre la pauvreté et le chômage. Ainsi, outre leur mentalité belliciste, les benskineurs peuvent également bénéficier de la « tolérance administrative » que leur garantissent leurs différents tuteurs et parrains. Ce n’est pas par hasard que l’Etat a dû, non sans couardise,  ranger son fameux décret n°2008/3447/Pm du 31 décembre 2008 dans les tiroirs. Trop d’Etat tue l’Etat, c’est vrai ! Mais absence d’Etat aussi conduit vers le chaos. En sommes-nous si éloignés aujourd’hui à Douala où des bandes de loubards, confortablement en selle, roulant à tombeau ouvert, au propre comme au figuré, dictent leur loi aux autres citadins ? Il n‘y qu’au Cameroun, sous le renouveau triomphant, que c’est possible.

Il est de notoriété publique que Douala est sous la loi des conducteurs de moto-taxis non identifiés, agressifs, bafouant le code de la route, foulant aux pieds les règles les plus élémentaires de convivialité, de civilité et de citoyenneté. Même si ces carences se retournent souvent contre eux-mêmes et leurs clients. Que de fois, ils trouvent la mort en y entraînant les autres, en se frayant un passage au milieu des files de véhicules dans les embouteillages. On s’en émeut plus ou moins. En commençant par ceux qui se présentent occasionnellement comme responsables des associations ou syndicats des moto-taximen, mais qui sont incapables de les raisonner, et même de les éduquer.

Je crois que s’il est vrai que chaque chose a son temps, celui de mettre de l’ordre dans cette corporation – si c’en est une – est arrivé. Les vrais conducteurs de moto-taxis ont intérêt, eux aussi, à contribuer à l’identification de tous ceux qui exercent cette activité, leurs engins aussi, afin de pouvoir distinguer qui est qui parmi eux. Les éléments de maintien de l’ordre et les usagers de ce mode de transport doivent tout faire pour décourager ces dangereuses surcharges qui obligent les conducteurs des motos à s’asseoir sur le réservoir parce qu’ils transportent trois ou quatre passagers. Autant de candidats à la mort.

Au Bénin et au Togo où l’utilisation de ce mode de transport est plus ancienne qu’au Cameroun, leurs usagers sont plus disciplinés. Chaque moto n’a que deux places : le conducteur et son passager. Ils ont également deux casques : un pour le conducteur et l’autre pour le passager. Là-bas, on est plus respectueux des règles de la circulation et de convivialité. Il y a rarement des heurts entre les « zemidjang », comme on les appelle là-bas et les autres usagers de la route. Il est vrai qu’on est bien loin de ces périodes dites de braise de 91-92. Mais la désobéissance civile et civique reste vivace dans les mœurs des Benskineurs. 

S’il est vrai que impossible n’est pas camerounais, alors, il est possible de discipliner les conducteurs de moto-taxis. Les pouvoirs publics en ont les moyens. Sans trop forcer.

Jacques Doo Bell

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