13/01/2012 02:17:56
Vie politique. John Fru Ndi entre politique et business
Le leader du Sdf est un gentleman farmer et un homme d’affaires avisé
Le Messager
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25 décembre 2011, jour de Noël. Le palais de Ntarikon, dans un rituel immuable, avait ouvert ses portes aux populations : voisins, amis, familles et tous ceux qui passaient par là, pour célébrer en mangeant et buvant, la fête de la Nativité. Pour la réception des convives, une demi-douzaine de bœufs et des dizaines de volailles en provenance des fermes du chairman avait été sacrifiés ce jour-là. 

Dimanche 15 janvier 2012, dans une sorte de remake en plus sélect, Fru Ndi va recevoir ses cadres et militants du Sdf, pour fêter avec eux la fin de l’année. Aujourd’hui homme politique de premier plan, l’ancien libraire devenu gentleman-farmer va vers la porte de sortie politique. Quand partira-t-il pour laisser le Sdf aborder un nouveau développement de son destin ? Et qui sera son héritier ? La question, quoique non posée  est au bout des lèvres, surtout celles des cadres du Sdf.

John Fru Ndi est né le 7 Juillet 1941, à Baba II, arrondissement de Santa. Son entrée par la grande porte dans l’opposition politique s’est faite de manière tragique un 26 mai 1990 au commercial avenue de Bamenda où une jeune fille de moins de 20 ans, Helena Juliet Sikod et cinq autres victimes ont perdu la vie au cours du lancement du Sdf. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous le pont. Certes il n’a pas «réussi » en politique, puisqu’il n’est pas devenu président de la République, objectif qui a été de tout temps au bout d’une trajectoire saccadée. Mais l’homme a su gérer sa vie, devenant un business man et un gentleman farmer des plus respectés. Ni député, ni maire, de quoi vit-il ? Un salaire avait été statutairement prévu pour son entretien, mais l’homme est passé outre, se contentant d’accepter une dotation des élus du parti pour ses déplacements, l’entretien des véhicules et les charges domestiques courantes.

Tout ceci n’est que broutille. On sait qu’il est  aujourd’hui l’une des plus grosses fortunes du Nord-Ouest. Le leader de l’opposition, John Fru Ndi aurait « accumulé une fortune de plus de 125 millions de dollars », dont «plus de 70 % de l’argent provient de ses deals politiques avec le chef de l’État camerounais en fonction», en particulier «entre juin 2002 et 2005», soutient un site internet. Mais  John Fru Ndi a toujours  nié. Homme d’affaires avisé, Fru Ndi est propriétaire de l’immeuble de 04 niveaux abritant l’agence du Pmuc Nord-Ouest.

Dans un article publié en août 2002 par notre confrère « Le front Indépendant », le premier vice-président démissionnaire, Saïdou Yaya Maïdadi dénonçait les prix de loyers anormalement élevés payés par le Pmuc pour l’immeuble de la famille Fru Ndi au Commercial Avenue de Bamenda. Pour Maïdadi, c’est un moyen souterrain «de donner l’argent au chef de l’opposition» à des fins qu’on peut imaginer. D’autres sources internes au Sdf affirment que la regrettée Rose Fru Ndi qui tenait un super marché dans une aile de l’immeuble de son mari, était la représentante exclusive de “La clé du Château” à Bamenda. Une façon pour le Groupe Castel, un des piliers, avec Elf, Bolloré, etc., de la Françafrique, de donner des « fromages » à la famille du chef du Sdf, sans que nulle part la signature de ce dernier ne puisse apparaître.

Au-delà de la légende, les téléspectateurs ont constaté que pendant la visite des stands des expositions au récent comice agro-pastoral, le président Biya s’est arrêté devant une magnifique vache. John Fru Ndi est connu comme éleveur et acteur du monde agropastoral, propriétaire d’un immense ranch à Wum raod dans le département de la Menchum, à 80 km plus au nord de Bamenda avec dit-on, un cheptel de plus de 600 bovins  et des centaines de caprins. Toujours à Wum, au lieu dit Obang, il possède une des plus grandes fermes du pays, ainsi que d’autres unités agro-pastorales  de moindre dimension dont un ranch à Befang et une ferme à Boya qui produisent entre autres de l’huile, des céréales, des tubercules. Le chairman élève aussi en quantité des volailles  et des porcins.

Le général de Gaulle aimait à dire que « l’histoire, c’est des histoires ». La biographie non officielle du leader charismatique de Ntarikon présente Fru Ndi comme un ancien vendeur d’'arachide, de canne à sucre et de journaux. Plus tard, il s'est intéressé à la vente de livres et au commerce de légumes. Devenu propriétaire  de la librairie Ebibi book shop, Fru Ndi, dit-on, a  ensuite réalisé qu'il ne pouvait pas vivre par les livres seuls ; c’est ainsi qu’il se lance dans  l'agriculture du côté de Wum dans le Menchum division. Avant son retour au Cameroun au milieu des années 70, il  a beaucoup bourlingué au Nigeria, plus précisément à Ibadan, où il a exercé comme responsable d’une société de nettoyage, avant de devenir  agent de la circulation à l'aéroport de Lagos en 1964.
L’ancien président de Pwd club de football et du Lions Club International est aussi connu pour avoir lancé dans son village une association de développement, connue sous le nom d’Azob.

Entre la politique et les affaires, Fru Ndi est aussi un père de famille.  Avant son départ en Europe, il avait épousé sa première femme, Susan. Décédé en couches le 19 mai 1972. Elle laissera un fils, Shepherd Akere Fru, qui aujourd’hui travaille aux côtés de son père comme secrétaire particulier. C’est lui qu’on a vu aux côtés de son père, lors de l’audience accordée par Paul Biya à Fru Ndi à Bamenda. Il est le premier d’une  fratrie de sept enfants, dont les autres sont du deuxième lit, avec la regrettée Rose. 

M. Fru Ndi est notamment renommé pour consacrer généreusement les profits nés de ses affaires aux offres de bienfaisance. Il a été l'une des premières personnes à se trouver sur le site de la catastrophe du lac Nyos en 1987. Il n'a pas ménagé ses efforts pour apporter la meilleure aide possible aux survivants de cette catastrophe.

Edouard Kinguè à Bamenda

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