18/01/2012 01:23:20
Cameroun: Le Minfi supprime les perdiem des fonctionnaires
Dans une circulaire signée le 10 janvier 2012, Alamine Ousmane Mey proscrit le paiement de certaines indemnités dans le cadre des séminaires et ateliers tenus au Cameroun. Une décision qui n’enchante pas les fonctionnaires.
Le Messager
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Minefi Yaoundé,Cameroun

Dans une circulaire signée le 10 janvier 2012, Alamine Ousmane Mey proscrit le paiement de certaines indemnités dans le cadre des séminaires et ateliers tenus au Cameroun. Une décision qui n’enchante pas les fonctionnaires.

Le ministre des Finances, Alamine Ousmane Mey, veut prendre le taureau par les cornes. Après certaines mesures significatives dès le début du mois de janvier, il vient de prendre une décision qui ne laisse pas indifférents les fonctionnaires et même l’opinion publique. Dans une lettre circulaire relative à l’exécution, au suivi et au contrôle du budget de l’Etat, des établissements publics administratifs, des communautés territoriales décentralisées et des autres organismes subventionnés, le Minfi a décidé de supprimer le paiement des perdiems aux fonctionnaires qui participent aux séminaires, ateliers et autres colloques. L’article 288 de cette lettre circulaire signée en date du 10 janvier 2012 stipule en effet sans équivoque que « le paiement des perdiems est proscrit dans le cadre des séminaires et colloques ».

Cela veut dire en clair que les agents et cadres de l’administration camerounaise doivent dire adieu aux « jetons de présence » qu’ils touchaient chaque fois qu’ils participaient à des séminaires, colloques et autres ateliers dans les hôtels cossus de la République. Cependant, la suppression de ces perdiems n’est pas totale. Le ministre des Finances fait en effet savoir que le perdiem n’est autorisé que dans le cadre du fonctionnement des comités, conformément à la circulaire du Premier ministre en date du 27 mai 2010, qui déterminait les indemnités des membres des comités et secrétariats techniques. Mais là, le paiement est assujetti à la transmission des pièces justificatives au contrôleur financier territorialement compétent pour une épuration un mois au plus tard. Par ailleurs, la lettre circulaire du Minfi précise que le paiement des perdiem pour l’accomplissement des tâches régulières du personnel demeure suspendu jusqu’à nouvel ordre.

Des fonctionnaires fâchés

La décision d’Alamine Ousmane Mey, comme on peut l’imaginer, suscite diverses réactions dans le pays. Au sein de l’opinion publique, elle est louable dans la mesure où les fonctionnaires camerounais avaient pris l’habitude, depuis de longues années, d’arrondir les fins de mois en participant à ces séminaires où l’argent des perdiems coulait à flot. Certaines manœuvres ont d’ailleurs été dénoncées, des fonctionnaires faisant tout pour participer à au moins deux séminaires ou ateliers chaque mois. L’on a par exemple vu plusieurs ministères en fin d’exercice budgétaire organiser des ateliers avec des intitulés bidon du genre « atelier de validation du rapport du séminaire… ». Tout ceci étant supporté par de colossaux budgets pour justifier certaines dépenses.

C’est donc fini. Et les fonctionnaires s’en mordent les doigts. Dans certains ministères où nous avons plusieurs contacts, et même s’ils font valoir leur droit de réserve, les fonctionnaires sont franchement mécontents d’Alamine Ousmane Mey. « Cette décision n’est pas opportune. Le ministre des Finances doit savoir que les Camerounais sont paresseux et que beaucoup de fonctionnaires hésiteront désormais à aller dans les séminaires, même s’ils peuvent apporter quelque chose de sérieux dans les travaux », soutient l’un d’eux, qui affirme que ses collègues ne sont pas vraiment d’accord avec cette décision. Un autre fait savoir que le Minfi aurait mieux fait de prendre une décision qui réglemente plutôt le montant de ces perdiem, de sorte que des sommes faramineuses ne soient plus débloquées.

Par ailleurs, la décision du Minfi pourrait aussi pousser les fonctionnaires à développer d’autres subterfuges pour qu’ils continuent de spolier les caisses de l’Etat. En effet, lorsqu’un fonctionnaire est en mission, il a bien entendu droit à des frais. Pour un fonctionnaire par exemple de la catégorie A qui est chef de service, ces frais de mission s’élèvent à 25 000 Fcfa par jour. Lorsqu’il est sous-directeur, c’est 40 000 Fcfa et s’il s’agit d’un directeur, ces frais s’élèvent à 50 000 Fcfa. Ainsi, pour augmenter leurs émoluments, les fonctionnaires pourraient être de plus en plus tentés d’organiser les séminaires et ateliers hors des villes de résidence. De sorte qu’il y ait toujours plus de missions, et donc encore plus d’argent. Attendons de voir jusqu’où ira leur ingéniosité…

Alain NOAH AWANA

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