18/01/2012 02:20:23
Tribalisme et repli identitaire. Un exutoire pour les pÍcheurs en eaux troubles
Voyage au coeur des expressions tribales qui menacent la cohésion nationale au Cameroun.
Le Messager
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Deido n’est pas le premier théâtre de troubles sociaux où les pêcheurs en eaux troubles s’invitent. Les personnalités signataires de la fameuse déclaration des élites du Mfoundi, rendue publique au lendemain des émeutes qui ont secoué le Cameroun entre le 25 et le 29 février avaient été cité au tribunal par le Sdf au lendemain des émeutes de la faim de février 2008 : André Mama Fouda, Boniface Nze, Charles Etoundi, Messi Atangana, Cécile Mbomba Nkolo, Martin Aristide Okouda, Onambele Zibi, François Belibi Onana, Eyebe Ayissi Emambo, Anicet Oloa Zambo, Jeanne Ottou, Marie Madeleine Fouda, Marie Claire Nnana.

Le Sdf leur reprochait alors les faits d’incitation à la haine tribale et au tribalisme, réprimés par le code pénal. Morceaux choisis de leur déclaration incriminée : « qu’il soit donc entendu que désormais, nous répondons aux coups par coups. A partir de maintenant, œil pour œil, dent pour dent ; nous n’accepterons plus la contrainte de marche à pied, nous et nos enfants, alors que nous avons consenti des sacrifices souvent considérables pour acquérir les moyens de nous déplacer dans un confort relatif. Nous refusons d’avoir faim et soif, parce que nos marchés sont privés d’approvisionnement, et nos sœurs paysannes du fruit de leur labeur, faute de possibilités d’évacuation ou par crainte de pilleurs de leurs étals. Nous n’accepterons plus jamais de voir se dégrader nos rues bitumées au prix de lourdes dépenses supportées par la communauté nationale». La citation dénonçait aussi ce passage de la déclaration : « En outre, nous invitons fermement tous les prédateurs venus d’ailleurs, de quitter rapidement et définitivement notre sol. Car ils n’y seront plus jamais en sécurité».

En remontant le temps, on se souvient qu’en mars 1981, l'assemblée du clergé indigène du diocèse de Bafoussam (Acib) réagissait violemment contre le mémorandum des prêtres autochtones de l'archidiocèse de Douala intitulé : «un éclairage nouveau» et publié en mars 1987. Les sabres étaient sortis des soutanes religieuses à l’occasion de la nomination de Mgr Gabriel Simo comme évêque auxiliaire de Douala. Que disait alors  le mémorandum objet de l’ire des prêtres de l’Ouest ?

«-La mise en application de «la théorie de mutabilité des Évêques» élaborée par Mgr Ndongmo et agréée par Rome a abouti à «une savante bamilékisation » de la hiérarchie de l'Église au Cameroun.

« -Cette « bamilékisation » de la hiérarchie de l'Église au Cameroun, malgré l'inaptitude congénitale du Bamiléké à accueillir l'Évangile de l'unique Sauveur Jésus-Christ, ne peut s'expliquer que par « l'alliance de l'homme d'affaires européen avec les puissances financières bamiléké pour dominer les faibles et les pauvres au Cameroun »; par « l'alliance des puissances d'argent avec l'homme Bamiléké en vue de la conquête du pouvoir politique au Cameroun, et par conséquent des points stratégiques du territoire national ».

- « La mainmise sur le siège archiépiscopal de Douala fait partie du processus de bamilékisation de la hiérarchie qui tend naturellement vers la prise du pouvoir politique. Le Nord est pratiquement conquis, l'Est aussi; l'Ouest déjà. Il ne restait que le Littoral, c'est-à-dire Douala, et la boucle est bouclée » avec la nomination de Mgr Simo qui, selon le Mémorandum, « est appelé probablement à succéder à Mgr Tonye comme archevêque de Douala ».

-Au total, « la nomination d'un évêque auxiliaire étranger à Douala » relève d'un problème qui n'est ni pastoral ni missionnaire, mais plutôt économique, politique et humain. En conclusion, les signataires du mémorandum réaffirmaient aux autorités romaines que «remettre le pouvoir économique, politique et religieux entre les mains d'une ethnie risque de conduire le Cameroun vers un régime totalitaire»

Réponse du berger à la bergère : Si « la mutabilité des évêques » est, selon les auteurs du mémorandum eux-mêmes, le passage d'un évêque de son siège de départ à un autre, nous ne trouvons qu'une seule application rigoureuse de ce principe dans les cas rapportés : le passage de Mgr Tumi de Yagoua à Garoua ! écrivent les religieux de l’Ouest qui allèguent que le mémorandum bafoue gravement l'autorité du Saint-Siège dans l'église et minimise trop l'autonomie de nos Églises locales : « Le mémorandum pèche gravement contre le respect de Vatican II pour toute religion non chrétienne. Nos confrères prêtres autochtones, signataires du mémorandum, pourraient-ils souffrir d'un missionnaire étranger les propos qu'ils tiennent eux-mêmes sur la religion traditionnelle de leurs frères Bamilékés et ceci après le Concile Vatican II ? »

En conclusion, les prêtres de l’Ouest qualifieront le document de politique :  Le document se veut essentiellement politique, puisque leurs auteurs déclarent eux-mêmes : « Le problème n'est ni pastoral ni missionnaire, c'est un problème économique, politique et humain qui n'a rien à voir avec les motivations de foi »; Comme on peut donc le constater, des va-t-en-guerre de la cause tribale sont tapis dans l’ombre.

Ils se recrutent tant à l’Ouest qu’au Littoral ou ailleurs et mettent en lumière l’exploitation sans vergogne d’un peuple désormais sans repère national et qui se caractérise par la désespérance sociale. Souvenons-nous du mémorandum dit des « Bamiléké du Moungo » : «Du fait que depuis la nuit des temps aucun enfant ressortissant de l’Ouest né dans le Moungo n’a jamais eu une promotion politico-administrative, il est urgent que pour une fois, le pouvoir pose  un acte dans ce sens en pensant aux fils du Moungo nés des parents venus de l’Ouest ». Le texte conclut : « Le Cameroun ne peut pas continuer de fermer les yeux sur ces pratiques à la limite ségrégationnistes. Les enfants originaires du Moungo, nés de parents venus de l’Ouest ont légitimement le droit de prétendre à leur part de dividendes allouées à ce département ».

Les replis identitaires exploités avec outrance présentent donc une dangerosité avérée pour la paix sociale. Les tribalistes de tous bords  se recrutent dans les groupes sociaux, avec le dessein de se frayer un chemin au soleil. On se souvient encore de cet homme politique qui demandait aux Bamilékés de le voter, comme s’il s’apprêtait à gouverner en cas de succès, une seule composante sociale. Ce que reprenant en écho, le professeur Joseph Owona alors aux affaires répondit : un Bamiléké à Etoudi, jamais ! Faut-il exiler certaines communautés sur la lune ?

Edouard Kingue

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