18/01/2012 03:09:21
Affaire Kieffer: Contacts du juge Ramaėl avec «Gorge profonde»
Les informations du Nouveau Courrier confirmées
Le nouveau courrier
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Les informations du Nouveau Courrier confirmées

Après dix jours de silence, le juge français Patrick Ramaël et ses relais médiatiques réagissent aux articles du Nouveau Courrier sur l’existence d’un homme s’accusant d’avoir été un membre d’un commando rebelle ayant assassiné Guy-André Kieffer pour le compte d’un baron du Rassemblement des républicains (RDR). Sans pour autant dissiper les zones d’ombre, notamment sur le rôle joué par l’espion français Jean-Yves Garnault.

La radio d’Etat française RFI nous a appris ce week-end que «quelques jours avant la découverte du squelette dans les environs d’Issia, le juge d’instruction Patrick Ramaël avait recueilli les confidences inattendues d'un homme se présentant comme le chef d'un commando ayant assassiné Guy-André Kieffer après avoir été mandaté par un ministre pro-Ouattara». «Gorge profonde» n’est donc pas un personnage de fiction sorti tout droit de l’imagination des journalistes du Nouveau Courrier, comme ont tenté de le faire croire les propagandistes zélés du régime. Cela dit, la source de RFI s’empresse d’ajouter. «Après vérification du matériel informatique transmis par cet informateur, les enquêteurs se sont finalement aperçus qu'il s'agissait d'une manipulation».

Après la «diversion» que constituait le squelette de Yaokro, la riposte médiatique  directe à nos articles est donc arrivée avec un retard troublant. Mais c’est une riposte a minima, qui pose plus de questions qu’elle n’apporte de réponses. Pourquoi le juge Patrick Ramaël et son «correspondant» local, le spécialiste du renseignement français Jean-Yves Garnault ont-ils donc tout fait pour préserver une forme d’omerta sur cet informateur supposé, alors que leurs pratiques les poussent généralement à médiatiser ceux qu’ils considèrent comme des témoins-clés, et qui jusqu’ici ont tous été de fâcheux mythomanes ?

Interrogé par Le Nouveau Courrier le 3 janvier dans la journée sur l’existence du témoignage de «Gorge profonde» et le rôle qu’il a joué dans sa mise en relation avec le juge Patrick Ramaël, Garnault a menti. En disant qu’il ne voyait pas de quoi nous parlions. Le même jour, dans la nuit, il nous a rappelé pour dire qu’il avait entendu parler de l’affaire tout en mettant en cause son sérieux – une désinvolture en déphasage avec l’ensemble des démarches qu’il avait entreprises depuis fin décembre avec «Gorge profonde», notamment la retranscription de sa déposition et la récupération du matériel censé avoir appartenu à Kieffer.

Le lendemain, Garnault nous a rappelés. Pour la première fois, il a utilisé le mot de «manipulation», nous suggérant d’écrire que lui et nous en avons été victimes. Et nous menaçant indirectement en nous accusant subtilement d’être les auteurs de la manipulation, et en nous expliquant que nos écrits pourraient bien irriter «là-haut», au sommet de l’Etat. Pourquoi Garnault nous a-t-il donc menti, puis a tenté de nous influencer ? Que recouvre l’expression «vérification du matériel informatique» utilisée par la source qui a informé RFI ? Des experts ont-ils rédigé un rapport expliquant en quoi le matériel remis à Garnault ne pouvait pas être celui de Kieffer ? Pourquoi Ramaël a-t-il voulu que Jean-Yves Garnault recueille les indices supposés fournis par «Gorge profonde», là où il aurait été plus logique que ce soit un juge ou un auxiliaire de justice assermenté ? La question se pose avec d’autant plus d’acuité que Garnault n’est pas à proprement parler un homme recommandable pour la justice française. Il a ainsi été soupçonné, en 1993, d’avoir aidé à faire disparaître des archives de Roger-Patrice Pelat, ami sulfureux du président français d’alors, François Mitterrand, et qui intéressaient le juge Thierry Jean-Pierre, qui enquêtait sur les «affaires» financières du Parti socialiste.

Pourquoi confier à un tel homme le recueil d’indices ? Qu’est-ce qui prouve qu’il n’y a pas eu altération ou substitution concernant le «matériel informatique» évoqué, comme il y a eu hier altération des archives de Roger-Patrice Pelat, avec la complicité de la DST française ? Garnault était d’autant moins «l’homme de la situation» qu’il a été mis en examen en août 2009, par la justice ivoirienne, pour «complicité d’arrestation arbitraire, enlèvement et  séquestration »… dans le cadre de l’affaire Kieffer ! Tout se passe comme si Ramaël voulait absolument alimenter les doutes de l’opinion publique ivoirienne sur son étrange «méthode»

D’autres questions se posent. Pourquoi n’avoir pas procédé à des fouilles à l’endroit désigné par «Gorge profonde», y compris pour clore définitivement cette hypothèse ? Comment expliquer qu’un sécurocrate de premier plan du clan Ouattara – dont nous taisons le nom pour l’instant – a été au courant des échanges entre Garnault, Ramaël et «Gorge profonde», au point de le menacer très clairement par téléphone, selon ses dires ? Qui a vendu la mèche ?

Gérard Koné

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