19/01/2012 00:48:35
Evasion manquée à Kondengui. Les gardiens de prison dans la ligne de mire
Le directeur de l’administration pénitentiaire, dans une interview à radio Cameroun, soupçonne les gardiens de prison d’être complices de l’introduction de l’arme dans le pénitencier, et promet des sanctions. Pourtant, le problème pourrait se trouver ailleurs…
Le Messager
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Le directeur de l’administration pénitentiaire, dans une interview à radio Cameroun, soupçonne les gardiens de prison d’être complices de l’introduction de l’arme dans le pénitencier, et promet des sanctions. Pourtant, le problème pourrait se trouver ailleurs…
 
Les évasions spectaculaires continueront de s’enregistrer à la prison centrale de Kondengui comme dans tous les autres pénitenciers du Cameroun, tant que les problèmes cruciaux continueront d’être éludés. Ces problèmes sont d’ailleurs bien connus des autorités gouvernementales, qui les relèguent toujours au second plan, alors que les détenus ont des droits inaliénables et sacrés.

A travers son adhésion aux instruments internationaux et régionaux relatifs aux Droits de l’Homme, le Cameroun reconnaît le bien-fondé des droits des détenus et de ce fait, s’engage à les faire respecter dans les lieux de détention. Une analyse comparative entre le contenu des textes réglementaires adoptés à cet effet et leur mise en œuvre effective permet de dégager les écarts observés dans le cadre de l’enquête menée au sein des prisons centrales de Yaoundé et Douala par la Catholic relief services.

Le Titre II du décret  n°92/052 du 27 mars 1992 portant régime pénitentiaire au Cameroun énonce en effet, les droits relatifs à l’alimentation, à l’habillement, à la santé et à l’hygiène des détenus en même temps qu’il définit les modalités de leur mise en œuvre dans les prisons camerounaises. A cet égard, il est reconnu aux détenus le droit à une ration journalière équilibrée et suffisante (article 29), ainsi que le droit de recevoir un uniforme (article 30, paragraphe 1), et de disposer d’un lit garni d’une natte, d’une couverture et éventuellement d’un matelas et d’un traversin (article 30, paragraphe 2). Mais à bien y regarder, on a plutôt l’impression que le Cameroun foule au pied toutes ces dispositions.

La prison centrale de Kondengui à elle seule compte aujourd’hui plus de 4 200 détenus, alors qu’elle avait été construite pour en contenir 870. Celle de Douala, située en plein marché centrale, abrite près de 2.800 détenus. Par conséquent, les conditions de détention ne peuvent qu’être exécrables. Les détenus doivent s’entasser les uns sur les autres au moment du coucher. D’autres passent d’ailleurs leurs nuits à la belle étoile. Pas d’infirmerie adaptée aux besoins des détenus, encore moins de personnel médical suffisant. La ration alimentaire est quasi inexistante, et les visites prohibées à certains prisonniers sans justifications valables.

De même, à la prison centrale de Douala, le ratio en termes de personnel de l’administration pénitentiaire est de 1 gardien pour 15 détenus, alors que la norme internationalement recommandée est de 1 gardien pour 3 détenus. Dans ce contexte, on se demande bien ce qui pourrait amener un détenu à purger  tranquillement sa peine, sans chercher à s’évader ; tout en s’offrant les moyens de se réintégrer dans la société après sa libération.
Par ailleurs, le traitement salarial approximatif des gardiens de prison les poussent très souvent à se livrer à des complicités, débouchant la plupart des fois sur l’introduction d’objets dangereux dans l’enceinte de la prison. Le pistolet de petit calibre qui a par exemple été utilisé par les trois bagnards pour tenter leur évasion, avait été introduit dans l’univers carcéral, avait-on appris sur place, en pièces détachées. Donc, avec la complicité de quelques gardiens « affamés ».

En tout état de cause, les sanctions infligées aux gardiens à l’origine de cette évasion manquée ne suffiront pas, pour mettre un terme à cette envie effrénée de liberté manifestée chez les prisonniers. Le plus urgent, semble t-il, est l’humanisation des conditions carcérales. Cela doit passer par une décongestion des prisons principales, par la réduction du nombre de personnes en détention préventive (environ 14.000 actuellement). C’est un travail qui interpelle non seulement les autorités politiques, mais aussi et surtout, les magistrats.

Joseph Flavien KANKEU

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