23/01/2012 02:42:07
Cameroun: Jean Baptiste Sipa écrit au Président de Elecam
Monsieur le Président,Tout le monde sait qu’au Cameroun les aboiements du chien n’empêchent pas la caravane de passer. Malheureusement, le chien a l’obligation d’aboyer contre le péril, même s’il semble seul à le sentir venir. C’est pourquoi nous continuerons à dire que le Cameroun a besoin d’élections libres,  au suffrage universel, juste et transparent...
Le Messager
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Monsieur le Président,

Tout le monde sait qu’au Cameroun les aboiements du chien n’empêchent pas la caravane de passer. Malheureusement, le chien a l’obligation d’aboyer contre le péril, même s’il semble seul à le sentir venir. C’est pourquoi nous continuerons à dire que le Cameroun a besoin d’élections libres,  au suffrage universel, juste et transparent, et que cela passe aujourd’hui par une refonte des listes électorales, si l’on veut que ces élections traduisent la volonté générale des citoyens et garantissent la paix pour la nation. Le libre choix de ses dirigeants et représentants par le peuple, est en démocratie un impératif dont le régime au pouvoir ne peut faire l’économie sans porter la responsabilité, tôt ou tard, d’une révolte populaire.

Vous êtes à la tête de l’organisme en charge de l’organisation de telles élections, et apparemment vous ne réalisez pas combien vous avez le pouvoir de faire bouger les lignes qui barrent la route au processus démocratique de notre pays. La semaine dernière, vous disiez ceci dans le quotidien gouvernemental (Cameroon Tribune) : « Malgré les suggestions émises par les partis politiques et un certain nombre d’acteurs sur la nécessité d’un processus électoral, nous avons jugé nécessaire de faire une fois de plus une révision des listes électorales au regard des contraintes de temps. Mais, l’année prochaine, nous engagerons certainement une refonte de listes électorales ». Vous justifiez cette position unilatérale par la proximité des prochaines échéances qui pourraient même être, selon vous, des « élections couplées », et pour lesquelles trois mois et demi de temps ne vous permettent pas de prendre « le risque d’une refonte ».

Permettez-moi, Monsieur le président de vous rappeler deux choses : premièrement, les Camerounais ont déjà vécu sous le régime actuel un report d’échéances électorales similaires à celle qu’ils attendent en juillet 2012, et personne n’en est mort ; deuxièmement, les avancées des Ntc au Cameroun sont telles que 30 jours (donc, moins de trois mois et demi) suffiraient pour réaliser une refonte électorale sur l’ensemble du territoire, à condition de le vouloir, et d’accepter que Elecam ne détient pas le monopole de connaissances en matière de logiciel. Nous croyons savoir qu’à la direction de Elecam, des informations prouvant qu’un logiciel « made in Cameroon », fourni gratuitement, qui pourrait rendre possible cette opération, ont été vaniteusement classées comme sans intérêt, à moins que ce fût pour protéger l’ordre établi de la fraude électorale.

Si Elecam se percevait comme le garant indépendant d’un processus électoral vraiment démocratique, elle ne cracherait sur aucune possibilité de faire participer toutes les intelligences du pays à la constitution d’un fichier électoral favorable à des scrutins universels, justes et transparents. Au lieu de quoi vous vous donnez le droit de penser qu’avant de passer à la refonte électorale « l’année prochaine », les Camerounais doivent encore subir pendant cinq ans une représentation inéquitable, voire illégitime au Parlement et dans les Conseils municipaux, parce que votre point de vue prime sur celui auquel vous n’êtes pourtant pas insensible, de tous les acteurs politiques, diplomatiques et de la société civile.

 Vous vous rendez bien compte, Monsieur le président, que le « toilettage manuel » que vous préconisez s’inscrit en faux contre le prétexte du temps servi pour justifier votre refus de la refonte. Mais, vous êtes tenu de défendre l’indéfendable, parce que votre refus, c’est en fait celui du gouvernement Rdpc qui a peur d’un électorat débordant le quota prétendu de ses militants. Or, les militants des partis sont une goutte d’eau dans l’océan des citoyens qui votent.

 Vous avez mis un an, de août 2010 à août 2011, pour inscrire 7 526 668 électeurs (dont un demi million de doublons, dites-vous). Puisque ces inscrits doivent aller « confirmer leur inscription » pour avoir de nouvelles cartes d’électeur, parce que « celles utilisées lors de la présidentielle ne sont plus valables » selon vos propos à Cameroon Tribune, par quel miracle répéterez-vous ces inscriptions en trois mois et demi, pour être au rendez-vous de la prochaine convocation du corps électoral ? D’autre part, trouvez-vous vraiment très encourageant, Monsieur le président, que le citoyen Koko qui a peiné pour s’inscrire en 2011, doive retourner confirmer son inscription en 2012, avant d’aller se réinscrire lors de la refonte qui se fera en 2013, pour les échéances de 2018, sans aucune garantie qu’après tout cela son vote sera respecté ?

Enfin, honorable président, vous faites semblant, et c’est très camerounais du « renouveau », de vous offusquer que des gens s’inscrivent plus d’une fois, et vous demandez « dans quelle intention cela est-il fait ? ».

Permettez moi de vous dire si vous l’ignorez, que les multiples inscriptions ne sont pas toujours le fait de l’inscrit. Celui qui vous trace respectueusement ces lignes n’avait pas besoin de s’inscrire en 2011, parce que rien ne lui interdisait de voter avec sa carte électorale de 2004. Ce qu’il a fait. Il n’empêche que dans la journée du scrutin présidentiel, le 09 octobre, il a reçu à son domicile et sans coup férir, deux nouvelles cartes électorales, avec des numéros différents, qu’il aurait pu utiliser pour donner deux voix supplémentaires à n’importe quel candidat s’il y avait intérêt. L’ironie de la situation, c’est que c’est un démembrement de Elecam qui était supposé effectuer les inscriptions dans mon quartier. Mais, que ce soit Elecam ou le Rdpc qui l’ait fait en définitive, votre question demeure en version améliorée : dans quelle intention m’ont-ils inscrit deux fois et établi deux cartes électorales en mon nom, sans que je me sois signalé au bureau des inscriptions ?

Monsieur le président, ce que j’ai voulu vous faire observer par tout ce qui précède, c’est que votre « règle » qui est « la révision », en matière de fichier électoral, ne peut pas, dans les circonstances politico sociales actuelles, conduire le pays à des élections justes. Or, M. Biya engage les Camerounais à croire que  Elecam dispose des pouvoirs idoines pour organiser des élections justes au Cameroun. Cela suppose, si l’on croit  en ce qu’il dit, que vous avez, vous, la latitude de décider, ou de l’amener à décider, ici et maintenant, de tout ce qui peut conduire à des scrutins universels, justes et transparents, y compris d’un report d’échéances, aux fins de constituer un fichier électoral garant de justice électorale et de paix.

Assuré que nous nous comprenons parfaitement, je vous prie de croire, Honorable, à ma parfaite et patriotique considération.

Jean Baptiste Sipa

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