23/01/2012 02:56:21
Tous Enoh Meyomesse!
Une première vérité d’évidence : le registre de nos compétences nationales compte de nombreux atouts. Seconde évidence, plutôt douloureuse hélas : la plupart desdits atouts sont sous valorisés par minimalisme d’Etat. Cette sous valorisation des compétences porteuses d’avenir sont la conséquence directe des nos déficits de vision...
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Une première vérité d’évidence : le registre de nos compétences nationales compte de nombreux atouts. Seconde évidence, plutôt douloureuse hélas : la plupart desdits atouts sont sous valorisés par minimalisme d’Etat. Cette sous valorisation des compétences porteuses d’avenir sont la conséquence directe des nos déficits de vision, l’inaptitude d’avenir ayant réduit le Cameroun à subir une gestion de comptables matières où  l’on s’étripe sur l’existant au lieu de s’élever à la production novatrice de valeurs et de richesses nouvelles.

Tel est le système qui a plombé le destin du Cameroun depuis l’indépendance. C’est ce système qui entend se perpétuer  aussi longtemps que ses promoteurs arriveront à bouger. Car comme tous les pouvoirs en panne de créativité, le pouvoir du Cameroun se défend et se protège contre le peuple du Cameroun.

Il faut donc en avoir une approche systémique et cesser de croire que le poisson peut se définir par sa queue et ses nageoires, à l’exclusion de sa tête. Tout système est une structure. Et l’anthropologie enseigne qu’« une structure offre un caractère de système. Elle consiste en éléments tels qu’une modification de l’un d’eux entraîne une modification de tous les autres » (Claude Lévi-Strauss).

Il faut aussi bien arrêter de s’imaginer que l’économie camerounaise peut prospérer si au Cameroun l’Education, la Justice, ou le Sport dépérissent.  Cessons de croire que le système académique est détachable du système judiciaire, du système agropastoral, du système industriel et inversement. C’est parce que « ça ne va pas » ici, dans le sous système où vous vous trouvez, que « ça ne va pas » là-bas, dans le sous système où se trouve votre voisin. Et c’est précisément parce que votre voisin a mal à son quotidien moral, social et financier que vous avez mal dans les vôtres. Plus qu’hier, les impératifs de solidarité pour la justice sociale s’imposent au bon sens patriotique.

Aujourd’hui en effet, bien des frustrations se sont exacerbées. Les Camerounais n’arrivent plus à solder leur passif quotidien avant de quitter leur domicile. Ils languissent et traînent  dans la rue une déprime croissante ; la moindre contrariété fait exploser le piéton, l’automobiliste ou le motocycliste qui semblait pourtant détendu. Ceux qui parviennent encore à se contenir n’affichent qu’un calme trompeur qui couve une éruption toujours probable.  Ce syndrome du volcan, appelons-le Syndrome du Mont Cameroun, est un indice social qu’il convient de gérer avec lucidité et générosité.

La conduite des affaires du Cameroun aura donc produit une drôle de psychologie,  psychologie de dynamite dont la mèche est en chacun de nous et partout, avec ceci d’inquiétant que ladite mèche peut s’enflammer par un simple frôlement dans la rue. Dans une société où la courtoisie agace celui ou celle à l’endroit de qui l’on se voulait courtois, il y a lieu de s’interroger sur les chances de convivialité au sein de ladite société. Car les enjeux sont largement au-delà de nos chétives morales de catéchumènes. Le Cameroun s’expose à se distinguer comme un pays sans société, parce qu’il n’y a plus de société dans un pays qui choisit la puissance - qui fonctionne par la coercition des uns sur les autres - au détriment du pouvoir - qui se définit comme relation entre les uns et les autres.

La phraséologie de nos sophistes impénitents n’y changera rien : le Cameroun de ces dernières années se fait remarquer comme une vaste prison de 475.000 Km². Dans notre bastille à ciel ouvert, la justice est ravalée au statut de gadget entre les mains des puissants du moment, elle qui devait s’imposer à tous comme une prérogative non négociable du peuple du Cameroun. Mais le propre de toute bastille c’est d’être prise. Faut-il s’en consoler ?

Dans un livre auquel il a brillamment contribué - L’Opération Epervier au Cameroun : un devoir d’Injustice ? - Enoh Meyomesse a démontré que la culture d’injustice qui prospère au Cameroun n’est pas un accident, mais le fruit d’une graine pernicieuse semée aux premières heures de l’indépendance du Cameroun. L’entrée du Cameroun en injustice date des tout premiers procès, tous politiques, des années 59-60. Et le procès dont Enoh Meyomesse est lui-même menacé rappelle que l’amnésie que nos princes ont voulu institutionnaliser au Cameroun n’a pas réussi à conjurer les atavismes autocratiques d’incarcération arbitraire, cinquante années après cette « entrée en injustice ». Notre Cameroun n’est donc plus qu’un vaste triangle carcéral où triomphent des réflexes d’enfermement qui se veulent compensatoires du laxisme trentenaire issu d’un minimalisme d’Etat trop longtemps autiste, narcissique et complaisant.

Comme co-auteur de l’ouvrage susmentionné, Enoh Meyomesse stigmatisait déjà « la politisation de la justice au Cameroun, avec sa cohorte d’injustices et d’internements politico judiciaires. Cinquante années plus tard, le Cameroun affiche sa difficulté à,  rattraper ce mauvais départ judiciaire ». (p.35)

Le septennat proclamé des ’’grandes réalisations’’ gagnerait sans doute à ... réaliser que la Justice est son chantier prioritaire. Les ponts, les ports et ces barrages qu’on annonce ne sont que des infrastructures dont « la réalisation » est à confier à nos ingénieurs. Contrairement aux slogans assourdissants du discours dominant, ces tâches d’intendance restent, comme dit le terme, infrastructurelles. Elles ne peuvent se prétendre structurantes : adjuvantes, elles viennent en appui comme simple logistique de soutien à l’idée supra structurelle qu’on pourrait avoir d’un Etat, d’une Nation, ou d’un quelconque processus de développement. Affirmer d’une infrastructure qu’elle est structurante, c’est prétendre qu’un outil a la primauté sur le cerveau qui l’a conçu et qui le met au service de la main. C’est avec nos pieds que nous marchons, mais aucun pied ne pense ni ne conçoit la marche.   

La Justice en revanche relève de la superstructure sociale. Elle trône au cœur de la société du fait qu’elle est appelée à structurer et à réguler l’ensemble des rapports entre les différents membres de ladite société.  Comme valeur structurante, elle structure le pouvoir même qui doit s’exercer au sein de la société. C’est en cela que sa gestion, son fonctionnement, ses résultats et son image interpellent sans escale le détenteur du pouvoir politique. Il n’y a pas de dérobade à ce niveau, pas plus au Cameroun qu’ailleurs.

Or le système judiciaire qui prévaut au Cameroun tend à faire de notre pays une immense prison nationale pour cause d’arbitraire, du fait de la rupture active et corruptive du contrat moral entre les justiciables et les justiciers. Ce système judiciaire est socialement, économiquement, politiquement et humainement déstructurant. A cause de sa manière d’injustice, plus aucun citoyen du Cameroun ne peut se prétendre à l’abri d’un procès politique maquillé en délit de droit commun.

Pourtant, nous attendons humblement qu’il soit établi par des preuves non fabriquées qu’Enoh Meyomesse est déjà un promoteur actif du grand banditisme au Cameroun, et qu’il sait même déjà dépouiller des orpailleurs à la Kalachnikov ! Mais au vu des bégaiements des enquêteurs, nous voudrions comprendre comment on peut chercher à voler quelques poussières d’or quand on est soi-même de l’or. Car l’or que détient Enoh Meyomesse et que nous autres tentons lui extorquer, c’est sa liberté de penser et sa détermination à rester Enoh. Nous aurons ainsi parachevé notre inaptitude à valoriser une compétence avérée  par sa liquidation sommaire, « au nom de la loi ». Ce sera par respect et « autorité de la chose jugée » !

Notre système de Pouvoir ayant incité notre système judiciaire à se tromper de culpabilité, il appartient au peuple du Cameroun de ne pas se tromper d’innocence : l’arbitraire  judiciaire, c’était déjà hier pour certains. Vous et moi, ce sera peut-être demain ou après demain. Mais il vaut mieux se le dire : dans notre triangle carcéral, nous sommes tous Enoh Meyomesse !

Dieudonné, nous ne sommes pas à tes côtés.
Nous ne sommes pas avec toi.
Nous sommes toi. 

Charly Gabriel Mbock

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