24/01/2012 01:41:02
RDC : l'ARP de Faustin Munene n'a pas encore dit son dernier mot...
Alors que la RDC s'enfonce dans une crise politique et institutionnelle profonde, après la réélection contestée de Joseph Kabila, le mouvement de résistance du général Faustin Munene s'active. Afrikarabia a rencontré le porte-parole de l'Armée de Résistance Populaire (ARP), Jean Kalama Ilunga, qui confirme qui les militaires qui ont rejoint le mouvement « attendent le moment fatidique pour agir ».
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Alors que la RDC s'enfonce dans une crise politique et institutionnelle profonde, après la réélection contestée de Joseph Kabila, le mouvement de résistance du général Faustin Munene s'active. Afrikarabia a rencontré le porte-parole de l'Armée de Résistance Populaire (ARP), Jean Kalama Ilunga, qui confirme qui les militaires qui ont rejoint le mouvement "attendent le moment fatidique pour agir". Jean Kalama nie toute présence du général Munene à Paris et les rumeurs autour de son état de santé.

Afrikarabia : La réélection de Joseph Kabila, fin 2011, a été très controversée. Les observateurs étrangers ont tous relevé de nombreuses irrégularités et de forts soupçons de fraude massive. Comment se positionne l'ARP après ce scrutin ?

Jean Kalama Ilunga :  Dès novembre 2010 nous avions rejeté la tenue de ces élections. Nous pensions déjà à l'époque qu'il y avait des éléments de tricheries qui allaient être mis en place. Il n' y avait pas de recensement depuis 1984, on ne savait donc pas qui pourrait voter et sur quelle base se déroulerait le scrutin ? Autre élément : comment organiser dans une dictature des élections libres et transparentes ? Toutes les institutions sont au service d'un seul homme (Joseph Kabila, ndlr) : la justice, l'économie, la Banque centrale, les médias, le parlement, le sénat… Nous avons donc, en amont du scrutin, rejeté l'organisation des élections et les résultats qui en découleront. Pour nous, Joseph Kabila n'a pas de légitimité à la tête de l'Etat. Nos revendications sont donc les mêmes, avant qu'après les élections : Joseph Kabila doit partir ! Et aujourd'hui, il n' y a que la résistance qui puisse faire changer les choses.

La Cour suprême de justice a tout de même validé l'élection présidentielle et la Communauté internationale, pourtant très critique sur les nombreuses irrégularités du scrutin, a laissé faire ?

Cette Cour suprême n'a aucune légitimité. Ce sont des juges complètement "caporalisés". D'ailleurs, ces juges ont été changés juste avant les élections par Joseph Kabila lui-même. Quand nous prendrons le pouvoir, ces gens qui se disent de la Cour suprême seront arrêtés pour "faux et usage de faux". Ils ont "tricotés" les donnés pour valider de faux résultats.

Que propose l'ARP pour sortir de cette crise politique et de ce blocage institutionnel ?

Nous ne sommes pas étonnés que le pays en soit arrivé là. Nous le disons depuis très longtemps. Nous sommes arrivés au bout du système. Ceux qui sont au pouvoir sont des tricheurs, ils utilisent l'argent public pour corrompre, alors que les policiers, les militaires, les fonctionnaires ne sont pas payés et que les Congolais manquent de tout. Nous, nous sommes prêt à protéger les population, avec les mêmes moyens. Ce que nous proposons, ce n'est pas la "troisième voix", c'est la résistance. Nous sommes déjà organisés politiquement, nous avons prévu un gouvernement intérimaire. Nous voulons mettre en place des institutions fortes, pas des hommes forts.

Peut-il y avoir un changement de régime pacifique ? Car pour l'instant Joseph Kabila est encore au pouvoir ?

C'est Joseph Kabila qui apporte la guerre. C'est lui qui se maintien au pouvoir en prenant l'armée en otage, avec l'aide de mercenaires. Et l'ARP veut créer un rapport de force avec le pouvoir en place. Nous travaillons pour que ce rapport de force puisse basculer.

Pour créer un rapport de force, celui veut dire qu'en face des troupes de Joseph Kabila, il faut qu'il y ait des soldats, des hommes en armes ?

Bien sûr... ce n'est pas exclu. Il y a de nombreux militaires de l'armée congolaise (FARDC, ndlr) qui sont d'accord avec nous. Sinon, pourquoi Joseph Kabila a embauché tous ces mercenaires ? Pourquoi a-t-il a désarmé le camp Kokolo à Kinshasa ?

Qui compose l'ARP ? Ce sont tous d'anciens militaires ?

Non. Il y a d'anciens militaires, bien sûr, qui ont rejoint l'ARP. Mais, je ne peux pas vous cacher qu'il y a aussi des militaires qui sont encore dans l'armée aujourd'hui et qui sont avec nous. Ces militaires attendent le moment fatidique pour agir.

Qu'est-ce qui pourrait déclencher ce type d'action miltaire ?

Je ne peux pas le vous dire... (rires). Ce moment arrivera, mais je ne peux pas vous dire où, quand, comment et l'heure... C'est confidentiel et nous sommes en train d'y travailler.

Si la première partie de votre action est militaire, la seconde partie est politique ?

Oui, tout doit se terminer par la politique. Même si aujourd'hui on travaille sur la partie militaire, la politique est très importante puisque c'est la politique qui doit encadrer le militaire. C'est la politique qui devra créer la nouvelle armée du Congo.

Quand on pense à une action militaire qui serait l'élément "déclencheur" d'un changement de régime, on pense à l'attaque de la résidence du président Kabila en février 2011, qui a tourné court. Certain ont attribué l'attaque à l'ARP du général Munene ?

Il y a des choses que je ne peux pas dire… Quand on parle de forces de la résistance, on parle de tous les Congolais. Après ces actions, l'état d'esprit des Congolais a changé, les gens se sont réveillés. A l'extérieur avec les actions de la diaspora et maintenant à l'intérieur. Aujourd'hui, la résistance est à l'intérieur du Congo.

La différence entre votre mouvement et d'autres mouvement d'opposition, c'est le poids militaire que peut représenter le général Faustin Munene ?

Tout à fait, mais quand je parle, moi, je parle politique.

Quelles sont justement vos liens avec les partis politiques d'opposition comme l'UDPS ?

L'opposition a fait son choix en acceptant de participer à ces élections. Nous, nous avons rejeté la tenue même des élections. Pour nous, ces élections n'ont pas existé. Nous avions donc deux projets très différents.

Il n'y a donc pas de discussion avec Etienne Tshisekedi ?

Non non, nous ne sommes pas sur cette logique là ! Il faut dépasser le problème d'individu. Nous devons avoir des institutions fortes et non des hommes forts. On sait qu'avec des hommes forts, cela se termine toujours de la même façon : de la politique tribale.. ma tribu d'abord !

Quelles sont les qualités du général Munene ?

C'est d'abord quelqu'un qui a été Chef d'Etat major général. Sous Laurent-Désiré Kabila, il a été vice-ministre chargé de la sécurité. Il avait donc la confiance total du Mzee Laurent-Désiré. Il a créé la police, qui n'existait pas sous Mobutu et il a installé une certaine sécurité que la population a reconnu. Il y avait de la discipline et ça, c'est l'oeuvre de Munene. Il est très écouté par les jeunes policiers, les militaires, les officiers. Nous leur demandons d'ailleurs de ne pas se signaler, mais nous savons qu'ils sont avec nous.

Certains sites internet ont annoncé la présence du général Munene à Paris et d'autres médias comme Jeune Afrique disaient le général "mal en point" ?

Faustin Munene n'est pas à Paris et il n'est pas malade.

Propos recueillis par Christophe RIGAUD

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