29/01/2012 07:36:15
Trouble à l'ordre public : une tarte à la crème
Les autorités camerounaises ignorent-elles qu’elles amplifient plutôt l’écho des événements qu’elles cherchent à dissimuler ? Preuve...
Le Messager
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Le 30 novembre 2011, le professeur Maurice Kamto, jusque-là ministre délégué auprès du vice premier ministre chargé de la Justice démissionnait du gouvernement. Sa décision a été motivée dans un communiqué remis aux médias. « Cette décision, expliquait-il, n’est pas et ne saurait en aucune manière être interprétée comme une remise en cause de l’issue de l’élection présidentielle du 9 octobre 2011 à laquelle je n’étais du reste pas candidat ».

Il achève son communiqué en précisant : « j’entends continuer, autrement, à apporter ma modeste contribution à l’œuvre exigeante, mais combien exaltante d’édification de l’avenir de notre très cher et beau pays, le Cameroun, dans la paix et l’attachement aux valeurs et principes républicains ». Des explications qui ne manquent ni de clarté ni de pertinence. Mais qui n’ont pas moins donné lieu à des commentaires farfelus pour certains, tendancieux pour d’autres. Presque neuf semaines plus tard, l’ancien ministre et éminent juriste a-t-il ressenti la nécessité de mettre les points sur certains i ? Cela irait de soi dans un Etat de droit ou supposé tel.

Curieusement, le sous-préfet de Yaoundé V a, comme un loup famélique, surgi du bois pour interdire la conférence de presse programmée par un ancien membre du gouvernement. Sous le fallacieux prétexte de préserver « l’ordre public ».

Avec tout le respect que je dois aux cadres de la préfectorale, garants de l’ordre public, de la sécurité des personnes et des biens, j’ai fortement l’impression et même la conviction que M. Locko Motassi pèche par un zèle excessif, transgresse la liberté d’expression qui est fondamentale et va à l’encontre d’une des prescriptions du chef de l’Etat, M. Paul Biya qui avait instruit dès les premières années de son avènement au pouvoir qu’on n’avait plus besoin d’aller au maquis pour exprimer ses idées.

Rappelons qu’au lendemain de sa démission, petits et grands, dans certains cercles, ont tellement prêté des faits et des intentions à l’ancien ministre délégué et même à son épouse, cadre au ministère des Relations extérieures, qu’un nouvel éclairage de l’intéressé s’avérait important. Le sous-préfet de Yaoundé V lirait-il dans la boule de cristal au point de percevoir celle-ci tout de rouge colorée à cause de l’imminence d’un trouble à l’ordre public que provoqueraient les explications de Maurice Kamto ? Pour interdire la conférence de presse de ce dernier , il lui oppose le fait que son « communiqué du 30 novembre 2011 relayé par tous les supports modernes de communication ayant   été clair et précis dans l’esprit du peuple camerounais à qui vous vous adressiez en général et dans l’esprit des populations placées sous mon encadrement en particulier, ce retrait du gouvernement après bientôt deux mois ne peut que constituer une menace à l’ordre public ». Véritable insulte à l’intelligence de l’éminent juriste et ancien membre du gouvernement, et à celle de l’ensemble des Camerounais.

Décidément, nos administrateurs ont fait de l’ordre public une vraie tarte à la crème dont ils se servent pour interdire les manifestations et les réunions des leaders de l’opposition. Ce sont eux qui noircissent à l’extérieur l’image du Cameroun et font porter à Paul Biya le masque de dictateur des tropiques qui fait le tour de certains milieux occidentaux. Ils sont si frileux et pointilleux sur leur « commandement » qu’ils rappellent à maints égards les réflexes des administrateurs de colonie des années 40-50. Les officiers prussiens et les troufions nazis viscéralement anti-sémites ne feraient pas moins. Sont-ils ainsi formatés pour ramer systématiquement à contre-courant de la démocratisation prônée par le président de la République ?

Cette autre interdiction intervient à un moment où les autorités camerounaises entourent d’un implacable silence le drame d’une jeune maman dont le bébé a été volé dans les couveuses d’un des hôpitaux dits de référence à Yaoundé. Ni le ministre de la Santé, ni ses collègues en charge des affaires sociales, de la protection de la femme et de la, famille ne soufflent mot sur ce scandale. Ces deux dames font les carpes. Les journalistes et les responsables des droits de l’homme qui s’activent sur ce dramatique fait divers sont malmenés voire séquestrés. Question de préserver l’ordre public ? Sans doute.

Les autorités camerounaises ignorent-elles qu’elles amplifient plutôt l’écho des événements qu’elles cherchent à dissimuler ? Preuve : Tous les Camerounais ont fini par prendre connaissance des vraies raisons de la démission de l’ancien ministre Maurice Kamto, largement relayées par l’ensemble des quotidiens privés d’hier Jeudi 26 janvier 2012. Alors Monsieur le sous-préfet ? Le texte querellé est dehors.  Il n’y a pourtant pas eu émeute. Même pas une brise. Pourquoi donc cette gesticulation ?

Jacques Doo Bell

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