31/01/2012 04:24:48
Cameroun: Manoeuvres obscures entre Biya et Sarkozy
Cette audience survient aussi, disions-nous au moment où la France se prépare à vivre une présidentielle en avril. Selon une vieille tradition françafricaine, c'est le moment où circulent les mallettes entre les palais africains et les principaux partis politiques en France...
Koaci
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Bruno Gain

Ce lundi 30 janvier 2012, le président camerounais, Paul Biya a reçu en audience, l'ambassadeur de France au Cameroun, Bruno Gain (ci dessus). Les deux personnalités se sont entretenues pendant 1heure et 15 minutes. Selon la présidence camerounaise, plusieurs sujets ont été inscrits à l'odre du jour de la rencontre : "analyse de la situation régionale, marquée par des opérations sanglantes menées par la secte islamiste Boko Haram, tour d’horizon de la coopération entre Yaoundé et Paris etc."

Il faut cependant souligner que l'audience survient dans un contexte préélectoral au Cameroun et en France. Au Cameroun, des élections législatives et municipales auront lieu en juin ou juillet prochain. Alors même que cette élection approche, un débat agite la classe politique sur la nécessité d'une refonte électorale (demandée par l'opposition et la société civile) alors que la commission électorale (Elections Cameroon) a engagé une simple révision desdites listes. Une révision dont seul peut décider le président Paul Biya selon l'organe électoral dirigé par les camarades du parti politique de Paul Biya.

Plus sensible aux "prescriptions" de la France qu'aux revendications de son opposition qu'il n'a pas hésité de qualifier "d'apprentis sorciers" en février 2008, le vieux président de 79 ans qui est au pouvoir depuis 3 décennies sait qu'il est dans le viseur des grandes puissances après l'élection présidentielle chaotique d'octobre 2011 qu'il a remporté avec un score quasi-soviétique de près de 80 % . Le 22 octobre 2011, 13 jours après la présidentielle, la France a publié un communiqué pour souhaiter que «des mesures soient prises pour que celles-ci (les irrégularités, Ndlr) ne se reproduisent pas lors des scrutins de 2012». Une volonté martelée par le président français Nicolas Sarkozy dans sa lettre de félicitations à Paul Biya. «alors que votre pays connaîtra de nouveau des élections en 2012, je ne doute pas que vous saurez, d’ici là, mettre en oeuvre les efforts et les moyens nécessaires au bon fonctionnement d’Elecam et, par voie de conséquence, au renforcement de la démocratie au Cameroun» écrivait alors Nicolas Sarkozy.

Selon la présidence camerounaise, "Bruno Gain a indiqué que le Président de la République lui a fait part de la manière dont il percevait l’action d’Elecam et des réglages qui pourraient éventuellement être apportés à la législation électorale au Cameroun, en vue d’une meilleure organisation des prochaines consultations électorales dans notre pays". Des réformes qui restent donc "éventuelles" et suspendues aux humeurs du président Biya.

Cette audience survient aussi, disions-nous au moment où la France se prépare à vivre une présidentielle en avril. Selon une vieille tradition françafricaine, c'est le moment où circulent les mallettes entre les palais africains et les principaux partis politiques en France. Certes, aucune enquête ni même révélations n'a mis en cause le président camerounais mais, il n'est pas exclu que, discret comme à son habitude, il ne passe sous silence son "coup de pouce" à certains candidats en lice pour la présidentielle française.

Réformes vers une succession pacifique

A 78 ans, au moment où le vent est défavorable aux présidents éternels comme lui, Paul Biya a décidé, 16 ans après l'inscription desdites réformes dans la Consitution de son pays, de mettre en place les principales institutions qui vont gérer sa succession : le sénat (dont le président assure la transition en cas de vacance) et le Conseil constitutionnel qui va désormais gérer les conflits électoraux et proclamer les résultats de l'élection présidentielle.

Là aussi, Paul Biya qui s'était lui-même présenté comme "le meilleur élève de la France" au début des années 1990 va suivre les "prescriptions" de la France. Dans son communiqué du 22 octobre 2011, le gouvernement français écrivait : «La France espère que les autorités sauront prendre rapidement les réformes permettant de répondre aux aspirations légitimes du peuple camerounais et qu’elles s’engageront en particulier dans la mise en place de toutes les institutions prévues par la Constitution». C'est donc pourquoi, Paul Biya a réaffirmé à l'ambassadeur français, son intention de mettre en place ces institutions."Par la même occasion, le chef de l’Etat et son hôte ont évoqué la question des réformes institutionnelles, avec la mise en place annoncée du Senat et du Conseil Constitutionnel au Cameroun" précise la présidence camerounaise sur son site Internet.

Paul Biya, sous la pression de la France, a donc décidé de mettre en œuvre les textes prévues dans la constitution de son propre pays. Mais, il reste que, comme avec la mise en place d'une commission électorale que réclamait les partenaires extérieurs du Cameroun, le vieux dictateur de 79 ans, accroc du pouvoir à vie, ne réserve d'autres entourloupes à la France.

D'autres sujets ont également abordé au cours de l'audience notamment la lutte contre la corruption avec la France qui va apporter son expertise au Cameroun grâce à l’accord de partenariat entre la Commission Anti-Corruption (CONAC) et le Service Central de prévention de la Corruption (SCPC), basée en France.

NB: le chapeau est de la rédaction de cameroonvoice

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