31/01/2012 04:41:38
Je fais un rve Cameroun !
Le moment est venu d'émerger des vallées obscures et désolées du silence complice pour fouler le sentier ensoleillé de l’engagement citoyen qui passe par la revendication et le dire de ce qui n’est plus supportable..
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Sosthéne Fouda Essomba
Dr Sosthène Fouda Essomba

M’inspirant de Martin Luther King, m’inscrivant dans la longue lignée des humanistes tels que Montaigne et Robert Garnier, profondément enraciné dans cette ville de Yaoundé qui m’a vu naître il y a bientôt 40 ans, je fais un rêve.

Un bébé est né le 20 août 2011 à 7h43 minutes à la maternité de l’Hôpital Gynéco-Obstétrique de Ngousso, hôpital de référence si besoin est, par la qualité du personnel que des infrastructures, c’est le meilleur de notre pays.

A 14H15 minutes cet enfant est constaté volé par une infirmière qui va directement orienter les soupçons vers la grand-mère du nourrisson. Le 20 août était un samedi !

Ce bébé jusqu’ici sans visage et sans nom pour le grand public a une maman ; Vanessa Tchatchou, elle a 17 ans, s’exprime difficilement en français, comme 90% de camerounais, est de condition plus que modeste.

La fille de Vanessa a été enlevée par le personnel médical en service à l’Hôpital Gynéco-obstétrique de Ngousso ; dont un médecin et une infirmière identifiés. Le médecin en question est lui-même père de famille et travaille comme interne à Gynéco mais aussi à la Polyclinique de Tsinga en plein cœur de Yaoundé.

La douleur de l’enfantement est fondatrice de notre humanité, voilà pourquoi le kidnapping de l’enfant de Vanessa de l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Ngousso est l’acte le plus destructeur de la cellule famille et ne devrait laisser personne insensible et indifférent. La naissance d’un enfant un grand phare qui s’allume pour les adultes, il fait briller pour tout un chacun l’unique lumière de l’espérance et repousse les frontières de l’impossible puisqu’il permet à tout un chacun de se projeter au plus loin. La naissance d’un enfant est une aube joyeuse qui met fin pour tout homme à la longue nuit de ses incertitudes, de ses hésitations.

 Mais six mois ont passé, six mois de mensonge et de torture de la fragile conscience en attente de Vanessa Tchatchou. Six mois ont passé et jour après jour le nuage de mensonge de l’administration de l’hôpital de référence de Ngousso a doublé d’épaisseur ; l’existence de la jeune maman transformée en enfer ; six mois ont passé et chacun de nous a volontairement détourné son regard hideux d’une complicité silencieuse enfin retrouvée. Oui six mois ont passé et Vanessa boit enfin jusqu’à la lie sa coupe de misère, six mois ont passé pour que Vanessa vive enfin pleinement sa condition d’orpheline de père.

C’est pourquoi alerté, j’ai accouru sur ce lieu de vie devenu lieu de mort et de la manifestation de notre complicité silencieuse, pour donner sens. Oui en ce sens, j’ai d’abord fait un travail de journaliste et les conclusions ont été

Vanessa Tchatchou
Vanessa Tchatchou

données à qui de droit. Mon désir est que les conclusions de cette enquête à défaut d’être rendue publique soient utilisées pour redonner sourire à Vanessa et à sa famille. L’enfant né le vingt août 2011 à 7h 43 minutes et signalé comme volé puis déclaré mort est bien vivant. Femmes fécondes comme femmes stériles, femme tout de même et ceci en toute noblesse doivent pouvoir le sentir au fond de leurs entrailles de mère-maman.

Il est évident aujourd’hui, que l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Ngousso a failli à sa promesse en ce qui concerne les enfants qu’il est sensé protégé dès leur naissance. Au lieu d’honorer son obligation sacrée, l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Ngousso nous abreuve aujourd’hui de mensonge renforcé par le soutien d’une élite gouvernementale qui fait bloc. Il nous est clairement dit que la jeune Vanessa a beau être femme il est injuste qu’elle puisse enfanter alors que dans la haute administration de notre pays, il y a plus méritante ; à tel point que le fruit porté et nourri au lait de la misère mais aussi de l’amour mérite de lui être enlevé au profit de plus nantie.

Oui, avec quelques journalistes j’ai été malmené par les forces de sécurité et de maintien de l’ordre de notre pays, mais nous avons rappelé à suffisance aux hommes et aux femmes de Yaoundé l’urgence de la mobilisation. Il n’est plus temps de se laisser aller à nos petits intérêts égoïstes. Il n’est plus temps de chanter des douces sérénades d’une paix désiré mais jamais atteinte ! Le moment est maintenant venu de réaliser que nous avons le devoir d’exiger le seul droit d’humanité qui vaille aujourd’hui ; restituer à Vanessa sa fille, parce qu’elle est en vie et que dans l’échelle de responsabilité, chacun des coupables assume enfin.

Le moment est venu d'émerger des vallées obscures et désolées du silence complice pour fouler le sentier ensoleillé de l’engagement citoyen qui passe par la revendication et le dire de ce qui n’est plus supportable; le moment est venu de tirer notre nation des sables mouvants de l'injustice institutionnalisée par ceux et celles qui par la force du décret nous font croire qu’ils jouissent du soutien sans faille du Président de la République. Oui, hissons notre engagement sur le roc solide de la fraternité agissante et qui s’engage ;  le moment est venu de réaliser la justice pour tous les enfants du Bon Dieu. Il serait fatal à notre nation mais aussi pour tout un chacun d’entre nous d'ignorer qu'il y a péril en la demeure. Cet étouffant été du légitime mécontentement de toutes les femmes, de tous les hommes, de toutes les jeunes filles en âge de procréer ne se terminera pas sans qu'advienne un automne vivifiant qui permet à Vanessa de retourner chez elle avec sa fille et pour tout notre pays que cesse le trafic des nourrissons.

Le 20 Août 2011, 14h 15 minutes n'est pas une fin mais un commencement. Le commencement du combat de tous les enfants volés et arrachés à leurs parents dans nos hôpitaux ici au Cameroun. Ceux qui espèrent que Vanessa et tous ceux et celles qui sont debout aujourd’hui vont faiblir viennent de commettre une erreur de jugement voire d’appréciation.

Oui, le grand tourbillon de la lutte contre la pratique du travail de sape orchestré par les ennemis de la famille se lève et va très haut avec le cri des chérubins.


Nous ne sommes pas habitués à être organisés, c’est normal nous n’avons pas appris. Voilà pourquoi je voudrais rappeler ici que debout sur le seuil accueillant qui mène dans cette chambre de l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Ngousso, nous devons nous assurer de ne point nous rendre coupables d’agissements répréhensibles.

Ne cherchons pas à étancher notre soif de retrouver et de restituer cet enfant à sa maman en buvant à la coupe de l'amertume et de la haine. Livrons autant que possible ce combat  en nous hissant sans cesse sur les hauts plateaux de la dignité et de la discipline. Il ne faut pas que notre revendication créatrice dégénère en violence physique. Encore et encore, il faut nous dresser sur les hauteurs majestueuses où nous opposerons les forces de l'âme à la force matérielle. Je vous appelle à une Marche Blanche et digne car la cause et juste et la personne à sauver un ANGE.

Le merveilleux militantisme tribal dans lequel nous avons été nourris n’a pas de place ici. Celle qui détient l’enfant de Vanessa est une femme de notre communauté nationale voilà pourquoi nous ne devons pas nous méfier d’elle, demandons lui seulement qu’elle nous rende l’enfant pour que Vanessa puisse la chérir et l’élever. La douleur d’une femme qui n’a pas d’enfant est grande et les gestes de désespoir posés compréhensibles, pardonnable mais ne justifient pas qu’une mère ; Vanessa soit privée de sa fille.

Nous sommes tous et toutes Vanessa, qu’est-ce que cela veut bien dire ? Nous ne serons jamais pleinement maman, papa tant qu’au fond de notre conscience nous saurons que nous n’avons point aidé Vanessa a retrouver sa fille, tant que nous saurons qu’à côté de nous nous avons par notre silence couvert ce crime parce que crime il y a ici. Nous ne serons point heureux tant que les bébés continueront à être enlevés à leur maman biologique pour être confiés à d’autres femmes, à d’autres familles uniquement et simplement par le seul et unique prix et la valeur du billet. Une vie humaine ne s’achète point ! Oui nous ne serons point satisfaits tant que dans cette capitale de notre pays mais aussi dans les villes moyennes et secondaires, elles ne couleront point les eaux du respect de la vie donnée comme un torrent intarissable.

 Je n’ignore point ce qui est dit ça et là et toute la difficulté qu’il y a à être fiable mais surtout à fédérer les énergies pour cette cause. Sortons de notre silence parce que la cause est juste et laissons dans nos quartiers les souffrances diverses car ce n’est point ici qu’elles trouvent leur solution. Habillés de blanc, symbole de paix, couleur de colombe notre revendication est unique, notre cri est sincère, il monte de la grande douleur de l’enfantement elle-même créatrice de l’humanité.

Ne nous vautrons pas dans les vallées du désespoir




Je vous le dis ici et maintenant, habitants de Yaoundé mais aussi vous qui vous mobilisez parfois dans un apparent désordre dans la diaspora : même si nous devons affronter des difficultés aujourd'hui et demain, je fais pourtant un rêve. C'est un rêve profondément ancré dans la conscience de tout un chacun d’entre nous. J’ai vu de mes yeux et touché de mes mains la fille de Vanessa Tchatchou, c’est sa fille.

Voilà pourquoi je rêve de voir chacun de vous se lever aujourd’hui pour donner à Vanessa et à son cœur de mère sa fille. Ainsi mon rêve qui est aussi celui des parents que nous sommes aujourd’hui et celui des parents que seront nos enfants demain, oui ce rêve est que ceux à qui sont confiés certaines responsabilités dans notre pays quel que soit l’échelle ne doivent point ignorer la grandeur de la vie humaine. Voilà le chemin d’humanité dans lequel nous devons nous engager, voilà l’acte citoyen que nous devons poser.

Je rêve que, un jour, n’importe quelle femme, de n’importe quelle condition intellectuelle, culturelle, religieuse, financière et économique pourra aller à l’hôpital pour donner la vie et être protéger par l’institution et non abusée.

Je rêve que, un jour, sur les sept collines qui encadrent notre cité capitale, la femme stérile puisse trouver le moyen de devenir mère maman parce que la loi aura su encadrer la procédure d’adoption.

Faisons donc sonner la cloche qui rassemble au-delà des rivières qui nous entourent, du Mfoundi à la Mefou, soyons à la fois les pèlerins et les chantres de la justice. Elle est là devant nous, levons et tendons la main pour la cueillir et l’offrir à celui dont les pas ont faibli pendant cette longue marche.



Oui je rêve, que la police, les administrateurs civils dans notre pays, quand nous viendrons à faillir rendront justice et se soucieront moins de construire une république de petit privilège !

Oui, je rêve que mes enfants, Jessy,Théry,  Eithan, Annièla, puissent se promener en toute sécurité dans nos villes et campagne sans avoir peur d’être enlevés. Je fais aujourd’hui un rêve !

Mon unique rêve je le fais avec vous et je le vis avec vous, laissons voler très haut nos ballons blancs de l’innocence pour qu’ils emportent au loin notre volonté de voir les pouvoirs publics parcourir les quelques kilomètres qui séparent l’Hôpital Gynéco-Obstétrique et Pédiatrique de Ngousso du domicile où est retenu cet enfant de six mois.

Telle est mon espérance. Je sais que c’est possible si nous nous engageons fortement aujourd’hui. Un tel engagement nous a souvent manqué, pas parce que les occasions ont manqué mais simplement parce que le temps de la maturation a été long ! Faisons donc sonner la cloche qui rassemble au-delà des rivières qui nous entourent, du Mfoundi à la Mefou, soyons à la fois les pèlerins et les chantres de la justice. Elle est là devant nous, levons et tendons la main pour la cueillir et l’offrir à celui dont les pas ont faibli pendant cette longue marche. Oui chers compatriotes, sonnons aussi fort et aussi haut que possible les cloche qui annoncent la quête, la recherche et enfin la trouvaille de cet enfant. Il est là devant nous, ses pleurs ont atteint chaque cœur, chaque village, chaque hameau, chaque cité de notre pays. Hâtons-nous de remplacer ces pleurs par les cris de joie !

Dr Vincent-Sosthène FOUDA-ESSOMBA

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