01/02/2012 03:28:16
Bébé volé: Des élèves du Lycée de Ngousso soutiennent Vanessa
Ils viennent régulièrement lui rendre visite à l’hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Ngousso. Des enseignants aussi.
Le Messager
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Ils viennent régulièrement lui rendre visite à l’hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Ngousso. Des enseignants aussi.

La petite Vanessa Tchatchou va passer sa 164ème nuit sur un lit à la maternité de l’hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Ngousso ce mardi. Un lit désormais exposé aux passants, contrairement aux autres. Les rideaux de séparation ont été ôtés, sur instruction de Ndoh Anderson, le directeur de cette institution hospitalière.  « Même la moustiquaire m’avait été enlevée. C’est en fin de semaine dernière lorsque je suis revenue de chez le procureur qu’ils me l’ont remise », rapporte Vanessa.

Chaque jour qui passe, cette fille qui a refusé d’interrompre sa grossesse malgré son jeune âge (17 ans) prie l’Eternel pour que son enfant lui soit remis. Les intrigues et les menaces dont elle est victime au quotidien ne la font pas reculer. Bien au contraire, cela booste ses convictions.  Surtout que les soutiens lui viennent de partout. « Je résiste grâce à ma mère qui me console, à mes camarades de classe qui viennent ici au moins trois fois par semaine, à mes professeurs qui viennent souvent ici lorsqu’ils ont un malade à visiter dans l’hôpital, à vous les médias qui garantissez ma sécurité et à des hommes de cœur comme Shanda Tonmé, Sosthène Fouda et les autres. Le père de mon enfant est encore très jeune. Il fait le transport à la moto et pleure plus que moi. Mais il n’a pas de force. Il se contente de venir dormir ici avec moi après le travail », confie la jeune fille.  

Sur place au Lycée de Ngousso-Ngoulmekong, situé sur l’axe Yaoundé-Soa, les responsables se caractérisent par leur  mutisme. Le surveillant général reste muet. Le proviseur aussi. « Je suis désolé. Mme le proviseur dit qu’elle ne peut pas s’exprimer sur le sujet parce que cela ne concerne pas l’établissement », se contente de répondre le secrétaire du chef d’établissement, après une concertation avec son chef. Mais les élèves eux, n’ont pas leurs langues dans la poche. « Elle a accouché en congés. Certains de ses anciens camarades croient qu’elle fréquente ailleurs alors qu’elle est à l’hôpital. Si cela était arrivé au courant de l’année scolaire, nous aurions organisé un mouvement pour protester », explique une jeune élève de la classe de seconde C1 qui a requis l’anonymat.

Quoi qu’il arrive, Vanessa Tchatchou reste plus que jamais déterminée à braver toutes les adversités, pour retrouver son bébé. Elle dit d’ailleurs avoir chaque jour  le sentiment que sa fille est en vie et pense à sa mère.

« Je sais que ma fille vit »
 
A l’écouter parler au téléphone, on ne peut imaginer que la voix qu’elle porte est celle d’une maman en détresse. De temps à autre ; Vanessa Tchatchou sourit même, comme pour montrer le courage qu’elle incarne. Son petit ami, le père du bébé volé, lui est d’un soutien inconditionnel. Vanessa parle ici de sa situation familiale, de ses soutiens, de ses études…
 
D’où vous viennent la force et le courage qui vous permettent de tenir le coup depuis plus de 6 mois déjà dans cet hôpital où votre bébé à été volé ?

Cela me vient de Dieu en premier. Il y a ensuite des gens comme ma mère, monsieur  Shanda Tonmé qui est pour moi désormais comme un père et monsieur Vincent Fouda qui m’encouragent et me disent d’être forte, tout en me faisant savoir que ma fille sera récupérée  vivante. Même lorsque ces personnes n’ont pas le temps de venir jusqu’à l’hôpital, elles m’appellent pour me soutenir et me disent de ne pas laisser tomber. Je n’oublie pas la presse qui est désormais pour moi comme un pare-balle, une protection car je dors ici tout en sachant que si quelque chose m’arrive, ils rendront compte aux médias qui ont décidé de m’accompagner dans la recherche de ma fille que je n’ai même pas porté dans mes bras.

Quelle est la nature de vos relations avec vos camarades de classe du lycée de Ngousso où vous faisiez la classe de seconde C ?

Nous avons de très bonnes relations. Il y en a qui viennent au moins trois fois par semaine me rendre visite. D’autres encore viennent passer  pratiquement tous les week-end avec moi. Même mes enseignants viennent me rendre visite lorsqu’ils sont de passage ici pour voire leurs malades.
 
Et le père de votre enfant, vous rend- il souvent visite ?

Il est avec moi tous les jours. C’est d’ailleurs lui qui s’occupe de ma ration ici. Mais, comme c’est aussi un petit garçon, il se débrouille dans la journée à conduire la moto taxi. Il vient même de temps en temps passer la nuit ici avec moi pour me soutenir. Mais comme il est pauvre et petit, il ne peut rien faire en dehors des pleures.
 
Quelle serait votre réaction si d’aventure on ne retrouvait pas votre bébé?

Je n’envisage pas cette hypothèse car je sais que ma fille vit. Chaque jour j’ai la conviction et le sentiment qu’elle vit et qu’elle pense à moi où qu’elle se trouve. Et si jamais cela arrivait, je serais vraiment désespérée. J’aurais même envie de mourir. Mais, comme je suis l’unique fille de ma mère, je ne me donnerai pas la mort juste pour elle et pour tous ceux qui m’ont soutenue pendant les moments difficiles. Ma mère était fille unique. Je suis aussi sa fille unique. Je ne peux donc pas la décevoir.

Et si on vous ramenait votre bébé. Quelle serait votre première réaction ?

Je commencerais par faire un test Adn pour m’assurer que c’est bel et bien mon enfant, dans un hôpital différent que celui qui m’héberge actuellement. Puis, j’organiserai une conférence de presse pour dire merci à tous ceux qui m’ont soutenue.
 
Pouvez-vous lever un pan de voile sur votre vie familiale et scolaire.

Je suis une orpheline de père depuis 13 ans, née d’une famille moyenne. Mon père est mort lorsque j’avais 5 ans. Ma mère, malgré les menaces de la belle-famille, est restée très forte. Mon père a eu trois enfants avec ma mère. Je suis l’unique fille. Comme mon père avait deux maisons à Yaoundé, ma mère a préféré quitter celle située au centre ville pour se rendre à Tsinga village où elle pouvait facilement avoir accès aux produits des champs car nous avons une petite parcelle là-bas. Elle y cultivait les légumes que je vendais pendant les heures libres et les week-end pour payer ma pension, ainsi que celles de mes deux frères.

Ma mère a aussi eu un autre enfant avec un homme qui nous aide vraiment beaucoup.  Il rationne à la maison et s’occupe des besoins de tout le monde. En ce qui concerne mon parcours scolaire, je dirai simplement que je ne suis pas très intelligente, mais je me bats comme je peux pour réussir à l’école. Sur le plan purement social, je pense que je me comporte bien. La preuve c’est que mes copines viennent régulièrement passer les journées avec moi pour me soutenir dans mes souffrances.

Joseph Flavien KANKEU

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