06/02/2012 02:33:30
Crise au Mali : Les suites de l'après Kaddafi
Et pendant qu’aujourd’hui c’est la société malienne qui est menacée par une guerre civile à forts relents ethnocentristes et que le processus électoral jadis prometteur, est plus que compromis, on n’entend aucune des puissances qui étaient intervenues Libye, reconnître leur part de responsabilité. L’ONU même qui avait offert le quittus à l’intervention, à travers la fameuse résolution 1973, est particulièrement muette.
GuineeConakry.info
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Depuis quelques semaines, la presse africaine tient ce qu’il est convenu d’appeler la chronique de la résurgence de la question touareg au Mali. Au fil des jours et des semaines, on se fait l’écho des attaques et des contre-attaques entre l’armée malienne et les combattants du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA). Au passage, on décrit les circonstances dans lesquelles,( conséquences de cette instabilité dans le nord du Mali), certaines communautés de ce pays se font attaquer et chasser à Bamako même. Bien que cette approche factuelle ne soit nullement condamnable, il faut dire qu’il est particulièrement étonnant de constater que l’on oublie si vite l’origine immédiate de cette nouvelle crise, à savoir le conflit libyen. Une crise libyenne que l’Afrique a vécue comme un spectacle et dont les conséquences sont loin de se limiter à ce que nous vivons aujourd’hui au Mali...

Pour le colonel Mouammar Kadhafi, la page s’est définitivement refermée le 20 octobre dernier. En se faisant tuer ce jour-là, il en finissait définitivement avec les contradictions et les soucis de son existence de révolutionnaire; mais pour bien d’autres, les choses n’ont commencé que ce jour-là.

Il en est ainsi de la problématique touareg qui refait surface au Mali. Aujourd’hui, des experts en tous genres usent leurs méninges à trouver les raisons qui ravivent un conflit que l’on croyait éteint pour de bon. C’est à croire que ces raisons ne sont pas trop évidentes. Le combat que les hordes touareg mènent actuellement contre l’armée malienne n’a rien d’identitaire. Il est existentiel.

Il s’agit d’hommes et des femmes qui, estimant ne pas pouvoir trouver de quoi vivre chez eux mêmes, avaient décidé d’aller voir ailleurs. Le hasard les conduit alors en Libye où ils trouvent de quoi mener une existence à l’abri de l’indigence. Mais un beau jour, leur quotidien devait subitement être bouleversé.

Plus parce que sa tête ne plaisait plus à certains que parce qu’il gérait mal son pays, le colonel voyait se lever contre lui une armée mondiale. L’issue fut tragique. Et pour les touaregs accusés à tort ou raison de s’être rangés du côté du perdant, c’est la chasse aux sorcières, c’est le vandalisme, c’est le pillage des biens et c’est le retour forcé. Retour d’émigrés démunis, pleins d’amertume mais puissamment armés. La crise était inévitable.

Et pendant qu’aujourd’hui c’est la société malienne qui est menacée par une guerre civile à forts relents ethnocentristes et que le processus électoral jadis prometteur, est plus que compromis, on n’entend aucune des puissances qui étaient intervenues Libye, reconnître leur part de responsabilité. L’ONU même qui avait offert le quittus à l’intervention, à travers la fameuse résolution 1973, est particulièrement muette.

Au Mali et à tous les autres pays sur lesquels se déversent actuellement les conséquences de cette crise libyenne de les gérer. Les autres avaient pour mission de tuer Kadhafi. Celle-ci accomplie, ils se sont retirés et tant pis pour le reste. Pauvre Afrique !

Et c’est là que se manifeste la responsabilité des dirigeants africains. Eux qui avaient laissé faire,ils avaient naïvement pensé que cela se limiterait à Kadhafi seulement. Eh bien, ils se sont dangereusement trompés. Parce qu’en réalité, la crise malienne ne sera certainement la seule conséquence fâcheuse que l’Afrique aura à déplorer, suite à son incapacité à se faire respecter par le monde entier.

Déjà, le fiasco enregistré lors de l’élection du président de la commission de l’Union Africaine, est également à mettre au compte de ces conséquences malheureuses et regrettables. Car la gestion calamiteuse de l’interventionnisme occidental dans les crises ivoirienne et libyenne par Jean Ping est l’élément fondamental de l’inimité absolue que l’Afrique du sud éprouve à son encontre.

Boubacar Sanso Barry

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