08/02/2012 02:30:04
Cameroun. Policiers, gendarmes et douaniers à couteaux tirés
D’après les forces de l’ordre, ce sont les gabelous qui facilitent la porosité des postes frontaliers. Ces derniers démentent.
Le Messager
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D’après les forces de l’ordre, ce sont les gabelous qui facilitent la porosité des postes frontaliers. Ces derniers démentent.

C’est presque chaque trimestre qu’une cargaison de faux médicaments est saisie au port autonome de Douala quand il ne s’agit pas de produits alimentaires ou autres articles interdits ou impropres à la consommation. A la question de savoir qui est à l’origine non pas de ces saisies, mais de complicité avec ces importateurs véreux coupables de crime économique à l’égard du trésor public et surtout sanitaire pour la sécurité des personnes appelées à les consommer, les forces de l’ordre accusent les douaniers.

D’après un gendarme en service à la compagnie du port qui témoigne sous le sceau de l’anonymat, «ce sont les douaniers qui sont responsables de cette tricherie. Ils se disent que le port les appartient. Ils sont de mèche avec tous les importateurs indélicats qui peuvent commander des produits dangereux qui sortent du port en toute légalité. Ils sacrifient la vie des populations sur l’autel de leurs ambitions et leur soif effrénée de richesse». A entendre ce bidasse qui fait un ratio entre le salaire et le niveau de vie des douaniers sans oublier les avantages liés à leur fonction, corruption, intelligence criminelle et trafic d’influence sont les vertus cardinales des douaniers au quotidien.

Il avoue avoir été à l’origine de la saisie d’un conteneur de champagnes, vins et liqueurs alors que la déclaration faisait état d’un conteneur de tomates. «Quand ce n’est pas des produits dangereux, ce sont des fausses déclarations qui sont faites. Les importateurs et les douaniers se partagent le reste des dividendes». Du côté de la police, c’est le même sentiment partagé. «Ce sont des personnes sans foi ni loi. Le jour où les armes seront répandues au Cameroun (comme dans certaines prisons camerounaises, ndlr), tout le monde sera surpris alors que c’est par le port qu’elles sont entrées au vu et au su des douaniers qui ne pensent qu’à se remplir les poches. Heureusement que nous veillons au grain pour seulement limiter ces importations frauduleuses», dit un officier de police en service aux renseignements généraux de Douala très intéressé par ces importations à problème et qui dit vouloir rassembler assez de preuves avant de procéder à la phase des interpellations des présumés auteurs de ces actes.

Ce dernier fait allusion aux saisies de ces derniers mois, à savoir les médicaments saisis en novembre 2010, ceux saisis également à trois reprises l’année dernière, sans oublier les conteneurs de cigarettes, des sardines et autres. Mais surtout à la prise par le commissariat spécial d’une cargaison de cent quatre-vingt-dix neuf (199) cartons de faux médicaments contrefaits, saisis le 25 janvier 2012. Des médicaments commandés depuis la Chine par Biomédical system, une société agréée dans la distribution et la vente du matériel médical et non la vente des médicaments. «Les douaniers savaient bien que cette marchandise arrivaient et qu’elle serait enfouie dans les 854 colis de cette société. Si la police n’avait pas été vigilante, ces produits dangereux seraient aujourd’hui en circulation. Imaginez les conséquences sur les consommateurs», dit un gendarme en poste à la légion du Littoral qui dit également intéressé par ce dossier après le décès d’un de ses proches qui aurait consommé un médicament frelaté dans une officine privée. «Ils font ce qu’on appelle le coupé-collé. La vraie marchandise déclarée est en avant, celle frauduleuse est en arrière. Pour un conteneur de quarante pieds, c’est le million».

Des accusations que balaient du revers de la main les douaniers qui plaident non coupables. «C’est impensable et c’est même un scandale de penser qu’un douanier sorti de l’Enam (école nationale d’administration et de magistrature, ndlr) puisse être en intelligence avec ces importateurs. Je considère ces accusations comme un signe non avoué de jalousie», témoigne Philippe Nono, douanier à la retraite. En reconnaissant la présence des brebis galeuses dans cette corporation, il prend la défense de ses pairs, solidarité de corps oblige. «Beaucoup de douaniers se sont illicitement enrichis par le passé en empruntant des raccourcis pas toujours catholiques. Maintenant c’est fini. Il y a  des structures internes qui surveillent l’activité des douaniers, une commission d’éthique et plusieurs autres instances qui travaillent afin que le douanier ne soit plus tenté à se dérouter de sa fonction initiale. Tout le monde peut se tromper, même le douanier qui est un homme. Si une marchandise frauduleuse passe par le port, ce n’est toujours pas parce que le douanier est à l’origine de cette maffia. Cessons de jeter l’anathème sur les douaniers»

Focal. Aménagement urbain: Les douaniers cités dans le boom immobilier

Une certaine opinion attribue aux douaniers les villas, duplex et maisons de rêve qui ornent les quartiers chics de Douala et Yaoundé. De Santa Barbara, Denver, Bonamoussadi et de Bonapriso (Douala), à Bastos, Cité verte, Ngousso, Biteng (Yaoundé), ces fonctionnaires des régies financières seraient propriétaires d’un impressionnant parc immobilier. «Comment après seulement trois ans, un douaniers achète à prix d’or un terrain sans être ni héritier ni gagnant au Pmuc. Et que par la suite il construise une imposante maison en un laps de temps. Ce sont les douaniers qui ont ouvert la voie en construisant les premières belles maisons lorsque la Sic (société immobilière du Cameroun, ndlr) a désenclavé une zone. Avec quel argent ? Celui de la rapine», dit un gendarme.

Etame Kouoh

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