10/02/2012 04:21:54
Bonjour Vanessa
Les uns diront que tu es notre Rosa Parks, mais moi je leur répondrai : Tu es notre vanessa Tchatchou.
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De là où je suis, je t’écris

Bonjour Vanessa

C’est avec amertume  que je prends ma plume cette nuit pour te dire quelques mots. Aujourd’hui les citoyens du monde en général et du Cameroun en particulier sont ému par ton drame. Mais quel est ce pays où les bébés disparaissent comme des pièces d’argent. Je n’ose pas te rappeler la qualité de l’institut hospitalière dans laquelle ton infortune s’est produite. J’observe tout le dispositif mis en place dans cet hôpital pour faire obstruction a l’éclat de la vérité et de mon observation je tire deux conclusions: soit ton bébé n’avait pas assez d’importance pour que de telles mesures de sécurité ne soient prises. Ou alors ces mesures existaient déjà, mais ton bébé n’a fait que payer les frais d’une pratique occulte qui aurait libre cours dans cette institution.

Vanessa, je veux t’inviter actuellement à regarder cette rocambolesque histoire dans un autre sens. J’ai lu une de tes interviews sur un site camerounais, dans lequel tu racontais quelques unes de tes mésaventures. Tu as sans doute remarqué à tes dépens  que nous évoluons dans un pays où les douleurs ressenties par les autres n’émeuvent plus personnes. Et même quand ces personnes font mine de s’y intéresser, c’est pour t’offrir des critiques à tout vent. Quand tu dis que le personnel hospitalier et quelques gardes malades te regardent comme une fauteuse de troubles, j’ai peine à imaginer que ces personnes ont la mesure de la valeur humaine. Sinon dis moi comment on parle d’un être humain qui vient de disparaitre dans des conditions non élucidées, et ils n’apportent pour réponse à cela que tu gêne la quiétude des autres malades. 

Oui Vanessa le ridicule est encore poussé aux extrêmes lorsque tu affirmes qu’ils ont dû te retirer la moustiquaire pour te pousser vers la sortie. Ne sont pas ces hôpitaux et ces experts de la santé qui nous rabâchent les oreilles tous les jours avec le taux élevés de décès que cause le paludisme? Dans un autre sens, l’hôpital qui est censé lutter contre le fléau le plus meurtrier en Afrique, a choisi de t’exposer à sa merci. D’ailleurs si tu y succombes, ca fera juste un mort de plus et ils continueront à vaquer à leurs occupations.

Parlons de toute l’émulation et l’agitation qui est aujourd’hui présente autour de toi. Il ya plus de 6 mois ton bébé disparaissait et personne n’a levé le moindre pouce. Pendant près de 6 mois la presse a passé ton histoire sous silence car pour utiliser leur jargon ce n’était qu’un fait divers de plus. Et ton malheur est de porter le nom de Vanessa Tchatchou, car si ca avait été un footballeur, un politicien ou encore je ne sais qui, tu peux me croire ils n’auront pas attendu tout ce temps pour en faire des gros titres.

Le 11 février sera la fête de la jeunesse. Nous, jeunes qui militons le plus souvent dans des syndicats pour affirmer notre ras le bol contre certaines injustices qui nous ont été faite. Peut être c’est parce que tu n’es pas encore étudiante, tu n’es pas membre du OJRDPC ou même que le père de ton bébé n’est pas bendskineur, pour employer ce terme proprement, que ton histoire ne nous effleure pas. Je te mets au défi que ce fameux 11 février, ni notre président de la république dans son traditionnel discours a la jeunesse, ni même nous jeunes risquons ne faire allusion a ton cas.

Six mois sont passés, et en tant que femme tu as crié ta douleur seule et avec pour seule femme à tes cotés ta maman. Tu te demandes où sont passés ces associations de femmes qui défendent bec et ongle la condition féminine. Ne les attends pas, car elles ne feront pas irruption, mieux elles ne mentionneront point ton sujet. Il faut bien paraitre devant le prince ou au contraire tous les financements dont elles bénéficient disparaitront comme du beurre au soleil. Elles qui savent la douleur d’enfanter, le périple par lequel on passe pour porter un enfant pendant 9 mois, oui tes mamans ne diront rien et attendront le 8 mars pour soulever les kabas et dire à tous qu’elles réclament l’égalité de traitement avec les hommes. Leur combat vaut mieux que ton bébé. Qu’elles n’oublient pas qu’elles sont des femmes ou qu’elles ont des filles. Comme pour faire allusion a Abraham Lincoln:

“ Quand vous habituez à voir les autres porter les chaines de l’esclavage sans rien dire, ca veut dire que vous accepter de les porter un jour”.

Que dire des églises de ton pays? Ils savent faire des lettres ouvertes et se mobiliser quand il s’agit des événements majeurs tels que les élections présidentielles ou même quand la police fait du tord à un curée comme récemment. Que nous apprend la parabole du bon samaritain? Oh Vanessa, une fois de plus tu dois réaliser que la perte de ton bébé n’est pas ne vaut pas la peine pour qu’ils sortent de leur chapelles.
Mais est ce que t’as vu ces oiseaux de mauvaises augures qui semblent porter le deuil plus que toi aujourd’hui?

Je fais allusion a ces agitateurs politiques qui font aujourd’hui de ton affaire de la récupération politique; ceci dans l’optique de pouvoir mieux paraitre aux yeux d’une population pour la plupart inconsciente et même insouciante. Ne soit pas surprise s’ils t’approchent demain pour que tu puisses paraitre dans un quelconque fameux meeting politique afin d’agiter ta personne comme le scalp d’un ennemi sur qui on vient d’être victorieux.
Que dire de ce gouvernement de la honte qui montre une fois de plus qu’il gère un état dans un autre; c’est à dire que ces membres sont subitement frappés d’un assourdissement total à chaque fois des personnes comme toi crient leur désarroi. Une fois de plus tu ne les verras pas s’agiter que lorsqu’il faudra faire bonne figure aux yeux du prince. L’idée de penser que certains d’entre eux peuvent être mouilles dans ton affaire me rend encore plus perplexe et circonspect.

Pour terminer Vanessa, on va dire que mieux vaut tard que jamais. J’espère qu’avec toute cette consternation nationale et internationale, les choses pourront enfin bouger et que tu verras la lumière du soleil après autant de galère. Mais je m’en voudrais de terminer cette note sans saluer ton courage et ta bravoure. Contre tous tu te bats, contre un système oppressif tu résistes. A l’image de Rosa Park de Myriam Makeba, tu leur opposes ta résistance. Dans un environnement où le pauvre n’a aucun droit et juste des devoirs, tu leur montres que la dignité a encore une valeur.

Vanessa, laisse moi te dire qu’en leur opposant ton refus de quitter l’hôpital, tu as par cet acte de désobéissance montré à tous que la pauvreté n’est qu’un état d’esprit et que s’appuient sur la déclaration universelle des droits de l’homme, nous sommes tous égaux. Alors laisse-moi te dire qu’à chaque fois que l’on fera allusion aux grandes femmes qui ont été remarquable dans la quête de la liberté, je citerai ton nom avec fierté. Mieux encore, papa de la où il se trouve aujourd’hui doit avoir un sourire éclatant car il doit se dire: « Ah ca, j’ai une sacré fille ».   Les uns diront que tu es notre Rosa Parks, mais moi je leur répondrai : Tu es notre vanessa Tchatchou.
Courage à toi.

Arsene Kouamen

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