14/02/2012 05:24:44
Wade, un affranchi de la morale et de l'éthique
Violation de la constitution, piétinement des lois de la République, corruption, le chef de l’Etat, Me Abdoulaye est toujours à la périphérie de la légalité. Ayant en ligne de mire des seuls intérêts, sans se soucier de la morale. Fâché avec l’éthique, le président Abdoulaye Wade n’a eu de cesse tout au long de ses 12 années de mandature d’abîmer la République. Sans scrupule aucun.
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Violation de la constitution, piétinement des lois de la République, corruption, le chef de l’Etat, Me Abdoulaye est toujours à la périphérie de la légalité. Ayant en ligne de mire des seuls intérêts, sans se soucier de la morale. Fâché avec l’éthique, le président Abdoulaye Wade n’a eu de cesse tout au long de ses 12 années de mandature d’abîmer la République. Sans scrupule aucun.

Encore une autre violation de plus de la loi fondamentale. Le Conseil constitutionnel a validé, vendredi 27 janvier 2012, la candidature du président Abdoulaye Wade à un troisième mandat. A la différence des réformes constitutionnelles, la décision des 5 Sages consacre un coup d’Etat institutionnel. Le bénéficiaire de cette forfaiture s’en moque. A l’observer, la loi n’est qu’un vulgaire morceau de tissu qu’il faut tailler en fonction des intérêts particuliers et claniques. Aussi n’a-t-il pas hésité durant son magistère à tordre le cou à la loi. C’est un hors la loi qui le revendique fièrement. En guise d’illustration, le décret instituant, le 20 janvier, « Journée sans femme en prison ».

Prise dans une solitude monarchique, cette décision unilatérale ne s’est pas embarrassée de piétiner le principe républicain sacro-saint de la séparation des pouvoirs. Empiétant sur les prérogatives des juges des libertés et celles de l’administration pénitentiaire, il s’est agi d’une mesure « inqualifiable en justice. Car elle ne figure nulle part dans le code de procédure pénale sénégalais », renseigne l’avocat Ali Fall. Cette démarche, quoi que « révolutionnaire », est un fait typique de la méthode Wade. La a les contours d’un fromage pour le président. Il le découpe en morceaux, selon ses envies. En presque 12 années de pouvoir, son régime libéral a modifié 15 fois la constitution qu’il a enfantée en 2001. La première modification opérée le 9 mai 2003 a érigé le Conseil de la République pour les Affaires économiques et sociales (Craes). C’était pour installer aux commandes Mbaye Jacques Diop, un gros poisson pêché dans la mare socialiste. Quatre années plus tard, Mbaye Jacques Diop est débarqué, suite à un différend avec le chef de l’Etat.

L’institution ne survivra pas au limogeage de son unique président. Le 27 novembre 2007, le Conseil de la République fait place au Sénat. Là également, des responsables libéraux impatients de trouver une planque bousculent leur chef de parti. Il créé une autre institution, bassin de rétention de militants. Le 15 mai 2007, la constitution est encore modifiée pour changer l’ordre protocolaire des institutions. Désormais, en cas de vacance du pouvoir, le président du Sénat remplace le président de la République en lieu et place du président de l’Assemblée nationale.

Pour la petite histoire, Macky Sall en froid avec Abdoulaye Wade est passé de la primature à la tête de la première chambre. Pour éviter qu’en cas de vacance, le pouvoir ne tombe entre les mains d’un homme hostile à son fils pour qui il nourrit un rêve de dévolution dynastique, Abdoulaye Wade change l’ordre de suppléance. L’Assemblée nationale qui bénéficie de l’onction du suffrage universel est dégradée au profit du Sénat dont plus de la moitié des membres (65 sur 100) est nommée par le président de la République. Avant de modifier la constitution, le président a toujours une calculette en main. Tout se joue en termes de gains et de pertes électoraux. S’affranchissant de tout interdit d’ordre éthique, il agit toujours en conformité de ses intérêts personnels, sans se soucier de la morale.

En annonçant le projet de loi sur le ticket électoral, le président n’avait pas manqué d’exulter devant l’indignation de ses adversaires politiques. « L’opposition est assommée par le projet de loi », ironisait-il. Pourtant cette loi qui exigeait 25% des suffrages valablement exprimés pour que le candidat en tête soit déclaré vainqueur visait à détourner le suffrage universel en excluant de fait le second tour.

Pyromane

Le Gardien de la Constitution adore enfiler le costume de pyromane. Il attise le feu partout où il passe. Au Magal de Touba, parti à la recherche désespérée d’un « ndiguel », le président lâche une hérésie verbale renversante. « Je suis mouride c’est pourquoi, ce que je fais pour Touba, je ne saurai l’accorder à aucune cité religieuse ».

Heureusement que ses prédécesseurs n’ont pas agi de la sorte. Cette ineptie contre la République est doublée d’une menace sur la cohésion sociale. Ce qui est loin de l’ébranler. La morale wadienne transcende les valeurs démocratiques et morales. L’essentiel est d’engranger une poignée de voix, quitte à piétiner les principes de l’Etat dont il devait être le garant. Il est même devenu banal d’entendre des propos similaires de la bouche du Gardien de la Constitution. « J’ai demandé à tous mes ministres d’aller à Touba pour recueillir les avis avant d’entamer un projet important », avait-il averti. Le président cherche-t-il à saper la cohésion entre ses coreligionnaires musulmans dans le seul but de tirer parti de cette guéguerre ? Voire.

En tout cas, peu lui importe la paix civile et la légalité. La constitution dit en son article 5 que : « tout acte de discrimination raciale, ethnique ou religieuse, de même que toute propagande régionaliste pouvant porter atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat ou à l’intégrité du territoire de la République sont punis par la loi ». Mais, le président Wade est au-dessus de la loi. Il n’a pas hésité, au lendemain des événements du 23 juin 2011, de demander à ses militants d’appliquer la loi du talion : « œil pour œil, dent pour dent ».

Corrupteur invétéré

En plus d’être constamment hors de la loi, le président croit à la puissance de l’argent. A force, il est devenu un Maître incontestable dans le jeu de la corruption. « La seule chose que le président a réussie, c’est d’avoir corrompu la démocratie et démocratiser la corruption », nous confiait un célèbre avocat. Dans les faits, le chef de l’Etat le prouve tous les jours. La corruption est devenue depuis une décennie une tradition bien établie au plus haut sommet de l’Etat. A l’approche de l’élection présidentielle de 2012, le palais s’est transformé en guichet automatique de banque qui alimente tous les transfuges venus prêter allégeance à son locataire.

Artistes, lutteurs, danseurs, imams, hommes politiques sont enrôlés dans les rangs libéraux à coup de liasses de billets de banque. Dans cette opération de charme, les 5 sages qui devaient statuer sur la validité de la candidature à un 3ème mandat du président sortant se pourlèchent les babines. Ils sont généreusement dotés par Wade en nature (5 millions de salaires mensuels) et en voitures (des limousines). Normal par conséquent que les 5 « incompétents » soient si sages à l’égard de leur bienfaiteur. Quant aux chefs de villages, ils sont arrosés de billets de banque et armés de pistolets.

Wade compte rééditer son coup de 2007. Lors de ce scrutin, le président avait casqué au prix fort pour obtenir le soutien de deux chefs religieux. Ils ont reçu respectivement 400 et 700 millions de F CFA. Aux yeux du président, rien n’est de trop pour conserver le pouvoir. Mata Sy Diallo de l’Alliance des forces de progrès (Afp) avait au tout début de l’Alternance reçu la proposition d’un milliard de FCFA pour rejoindre le parti démocratique sénégalais (Pds). Mais la dame, très à cheval sur l’éthique, a refusé de troquer son âme contre des kopecks. Cette dernière n’a pas la même philosophie qu’Alex Segura, ancien représentant du Fonds monétaire international (Fmi) au Sénégal.

Au moment de préparer ses valises, le fonctionnaire international trop critique à l’égard du gouvernement a empoché 87,5 millions FCFA de « don » du président de la République. De quoi tempérer ses ardeurs. Une tentative de corruption qui sera ensuite éventée et dénoncée par le Fmi. A travers sa méthode de gestion, Me Abdoulaye Wade prouve à suffisance qu’aucun impératif moral ne doit être un frein ses projets. Il est capable de tout. Et prêt à tout. Sauf à risquer à affronter des adversaires faisant montre de la même détermination. Le retrait du projet de loi instituant le ticket présidentiel en est un exemple.

Arrestation de Alioune Tine. Une chasse à l’homme

Alioune Tine est détenu par la police depuis le samedi 28 janvier, suite à la mort du policier lors de la manifestation du M23, la veille. Après 48 heures de garde à vue M. Tine était toujours incapable d’entrer en contact avec ses avocats. Cette situation a suscité l’ire de son avocat, Me Boucounta Diallo qui qualifie « cet acte violation de la loi ». Le président de la Raddho identifié par le régime comme « l’empêcheur » de magouiller en rond, subit une véritable chasse à l’homme. Le 23 juin, au cours des manifestations contre le projet de loi de ticket présidentiel, les sbires du régime passent à l’acte. Alioune Tine est sauvagement tabassé par les partisans de Coumba Gaye, pourtant ancienne ministre chargée des droits de l’Homme. A défaut d’éliminer physiquement Alioune Tine ou d’adoucir sa position dans sa lutte contre le troisième mandat du président Abdoulaye Wade, le pouvoir récuse la Raddho dans la surveillance de la prochaine présidentielle.

Le pouvoir, par la voix du ministre de l’intérieur Ousmane Ngom décide du retrait de l’agrément de cette organisation à cause de la participation de M. Tine au Mouvement du 23 juin. Au même moment, les menaces sur sa personne continuent de plus belle. L’arrestation de Alioune Tine s’inscrit dans cette impitoyable chasse à l’homme. En réalité le combat actuel de la Raddho n’est que la continuation d’une lutte inlassable pour la défense des droits de l’Homme et de la transparence du processus électoral. D’ailleurs dans son ouvrage intitulé : « les régimes politiques sénégalais de l’indépendance à l’alternance », le Pr Seydou Madani Sy a mis en relief le rôle important de la Raddho dans la surveillance des élections. Cette organisation est devenue, selon l’auteur, « incontournable » dans le dispositif électoral sénégalais. Mais aussi dans la sous-région.

Baye Makébé SARR

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