14/02/2012 14:14:33
Ce que Ouattara préparait en cas de victoire
Alassane Ouattara avait trop tôt vendu la peau de l’ours, avant de l’avoir tué. Ignorant royalement que jouer au football, ce n’est pas mener une guerre (avec l’appui de complices occidentaux) dont le résultat est connu d’avance.
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Le bling bling et la récupération politique ont plombé les Eléphants

Alassane Ouattara avait trop tôt vendu la peau de l’ours, avant de l’avoir tué. Ignorant royalement que jouer au football, ce n’est pas mener une guerre (avec l’appui de complices occidentaux) dont le résultat est connu d’avance.

Peut-être aurait-il poursuivi son «rattrapage » au sein de cette équipe, en extrayant du onze ivoirien les Didier Drogba, Didier Zokora… non nordistes, et exiger à Zahoui des joueurs répondant aux nouveaux critères de la République que les Eléphants lui auraient offert la coupe d’Afrique des nations sur un plateau d’or.

Alassane Ouattara a trop tôt crié victoire comme il l’avait fait après les fraudes massives perpétrées par son parti, le Rassemblement des républicains à l’élection présidentielle, permettant à ses amis des grandes puissances de le soutenir à travers les armes. «En tant que capitaine, je promets que nous ramènerons la coupe d’Afrique 2012. La CAN 2012 sera pour nous et nous la ramènerons à Abidjan».

L’adversaire zambien doit se réjouir qu’ici, la compétition s’est tenue sur un rectangle vert sous le regard des observateurs crédibles du monde entier, sans aucune possibilité de frauder et de tripatouiller le résultat du match en faveur de Ouattara en qui brûlait l’envie de brandir la coupe. A Abidjan, de nombreux Ivoiriens, farouches supporters des Eléphants mais meurtris à l’idée de savoir que c’est à Alassane Ouattara qu’il reviendrait l’honneur de brandir ce trophée, se marrent derrière des messages téléphoniques ironiques à souhait :

« Tranquillisez vous, rien n’est encore perdu ! Il faut que l’Onu certifie le score et que la communauté internationale le reconnaisse. Il y a encore de l’espoir». «Ivoiriens, Ivoiriennes, vraiment on peut compter sur la communauté internationale. Ne vous inquiétez pas. L’Onu ne reconnait pas encore la victoire de la Zambie. Ce n’est pas encore certifié. L’Onu compte demander à la Zambie de reconnaitre sa défaite et de rendre la coupe à la Côte d’Ivoire. Au pire des cas, la Licorne devra intervenir et si ça ne marche pas, alors on expédie le gardien zambien et ses coéquipiers qui ont osé marquer les penalties à la CPI».

Très drôle. L’arbitre sénégalais Diatta Badara devait évaluer les vingt-deux joueurs sur le terrain et a réussi son test. Il est implacable. Les Zambiens n’ont pas donné l’opportunité à Alassane Ouattara de faire son «one man show» médiatique habituel pour démontrer au monde entier et à l’ensemble des Ivoiriens en particulier, qu’il est l’homme-solution. Solution pour la coupe d’Afrique qu’il a réussi à décrocher contrairement à son prédécesseur Laurent Gbagbo qui, lui, n’a jamais eu cette baraka.

Alassane Ouattara a promis ramener la coupe aux Ivoiriens, il a échoué. En lieu et place, c’est une pluie de... larmes. Honneur tout de même aux Eléphants qui ont eu un excellent parcours jusqu’à la demi-finale sans Alassane Ouattara dans les tribunes. La finale a vu la présence de Ouattara, et la défaite de Didier Drogba et de ses coéquipiers que tous les pronostics donnaient vainqueurs. Peut-être qu’il serait resté à Abidjan que la coupe serait venue le trouver dans son palais au Plateau. Pauvre Philippe Légré, ministre des Sports, pour qui «la Can 2012 n’est pas une négociation mais une exigence parce que la Côte d’Ivoire n’a plus besoin de participer pour participer. On ne peut pas avoir autant de talents en Côte d’Ivoire dans une belle équipe et puis aller buter devant d’autres équipes. C’est inacceptable et inconcevable»

Récupération politique. Ce que le régime Ouattara préparait en cas de victoire

Le régime Ouattara avait savamment préparé son matraquage politico-médiatique, en cas de sacre final pour les Eléphants de Côte d’Ivoire. Malheureusement la défaite a tout fait foirer.

Pendant qu’Alassane Ouattara s’était déplacé à Libreville avec la moitié de son régime, l’autre moitié chapeautée par Guillaume Soro, s’était donnée rendez-vous à la Primature, pour attendre le «sacre». Au menu, service traiteur des grands jours, installation impeccable, en somme une mobilisation de grands moyens, avec près d’une dizaine d’écrans.

En coulisse, il se murmurait que le discours du Premier ministre était prêt et n’attendait que le coup de sifflet final pour être délivré. Pendant ce temps à  Libreville, Charles Konan Banny voyait déjà un grand coup d’accélérateur donné à son processus sous cale depuis le transfèrement de Gbagbo, avec une probable victoire des pachydermes.

La «décoratrice en chef» de la République, Henriette Dagri Diabaté se préparait déjà à habiller les Eléphants de ses scintillantes décorations. Le chef de l’Etat, Alassane Ouattara, ne voyait pas autre chose qu’un encensement de sa personne, comme étant celui qui aura offert un autre trophée continental à la Côte d’Ivoire. Et des dizaines de milliers de T-shirts avaient déjà été confectionnés pour les besoins de la cause.

«Avec Ouattara, les Eléphants gagnent toujours : 1992–2012» ou encore «92- 2012 : ADO le vainqueur» : tels étaient les slogans qui devaient figurer sur nombre de T-shirts confectionnés. Comme ceux portés hier à l’aéroport par des centaines de jeunes militants du Rdr. Même si le sacre final des Eléphants avait eu lieu, cela n’aurait apporté qu’une joie très éphémère dans le coeur des Ivoiriens meurtris par la crise.

Un trophée fut-il la coupe d’Afrique des Nations n’aurait pas transformé le régime Ouattara en un pouvoir démocratique, respectueux des droits de l’homme, encore moins favorisé la réconciliation nationale. Les vrais problèmes demeurent en l’état.

Gilles Naismon / Franck Toti

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