20/02/2012 03:35:00
Sassou Nguesso Paris. Les dessous de la visite
A Brazzaville, les cercles du pouvoir s'inquiètent moins des conséquences des printemps arabes que du relâchement du lien avec la France.
Africa Intelligence
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A Brazzaville, les cercles du pouvoir s'inquiètent moins des conséquences des printemps arabes que du relâchement du lien avec la France. Le président Denis Sassou Nguesso, qui n'avait pas été reçu à l'Elysée depuis le 14 juillet 2010, a profité de sa présence au Forum francophone préparatoire au Sommet Rio+20 sur le climat, du 8 au 10 février à Lyon, pour décrocher un entretien à l'arraché avec Nicolas Sarkozy et charmer les patrons français. Enquête exclusive.

Rendez-vous express à l'Elysée - "On me fait recevoir Sassou !", affirmait Nicolas Sarkozy, début janvier, à un interlocuteur très branché Afrique. Ami de trente ans de Jacques Chirac, le président congolais n'est pas un intime de l'actuel locataire de l'Elysée, qui lui préfère de loin Ali Bongo. Une question de génération et de feeling. En 2007, Sassou était plus séduit par François Bayrou…

Selon nos sources, le 9 février à 17 heures, l’entretien à l’Elysée, bien que chaleureux, n’a pas excédé quarante minutes. Pour mieux se border, Nicolas Sarkozy s’est entouré des ministres Alain Juppé (affaires étrangères), nouveau Père Fouettard des chefs d'Etat inusables en Afrique, et Henri de Raincourt (coopération). Accompagné des ministres Gilbert Ondongo (économie) et Basile Ikouébé (affaires étrangères), de Jean-Pierre Okemba (services secrets) et de l’ambassadeur Henri Lopes, le président congolais y est allé au charme, se concentrant sur les dossiers économiques, un sujet qui ne peut déplaire à Nicolas Sarkozy.

L'aide de Paris a été sollicitée sur plusieurs chantiers (chemin de fer, aéroports, routes…) à travers des crédits de l’Agence française de développement (AFD). Accord de principe de l'Elysée, sous réserve de la pertinence de ces projets. Les dix dernières minutes, passées en tête à tête, furent nettement moins agréables. Sassou, qui ne peut plus se porter candidat à la présidentielle de 2016, a été dissuadé par Sarkozy de tripatouiller la Constitution pour se présenter. Message reçu cinq sur cinq, pour le moment…

Business tricolore as usual - Côté affaires, l’axe Paris-Brazzaville semble plus vigoureux. Invité le 9 février pour un petit-déjeuner au Medef, le président congolais a mouillé sa chemise en intervenant de 8h30 à 10h30. Deux heures non-stop durant lesquelles il a répondu aux questions d’une quarantaine de patrons assis autour de la table ovale de la présidence de l'organisation patronale. Arrivé au pouvoir en 1979 avec un intermède - Pascal Lissouba - et une guerre civile, Sassou a récemment lancé des chantiers d'infrastructures tous azimuts. Il n’est jamais trop tard… Et les entreprises hexagonales veulent leur part du gâteau.

D’où la présence en force des groupes de BTP (Satom, Spie International, Egis, ETDE, DTP terrassement, Alstom, etc.) et des organismes de financement (BNP Paribas, Edifice capital…). Toutefois, ce rendez-vous - trop élargi aux dires de certains - n’a pas permis d’aborder les questions de fond. Sauf peut-être lorsqu'un participant, évoquant la corruption et l’environnement des affaires, a illustré son propos par la piètre position du Congo-B (180e) dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale.

Visiteurs du soir - Les vrais marabouts blancs ont préféré rencontrer discrètement le président congolais au Bristol, lieu de ses villégiatures parisiennes. Gestionnaire du port de Pointe-Noire et pressenti pour opérer le Chemin de Fer Congo-Océan (CFCO), Vincent Bolloré a été reçu le 10 février, deux jours après le ministre délégué aux transports Thierry Mariani. Avec le ministre de l’économie, François Baroin, les discussions ont porté sur la reconversion de 80 millions € dans le cadre du C2D mis en place par Paris pour la période 2010-2014.

Le neveu du président congolais, Jean-Dominique Okemba, chaud partisan d’une réélection de Sassou en 2016, a introduit à deux reprises Claude Guéant, ami de Me Robert Bourgi. Ne manquait plus que Nathalie Kosciusko-Morizet, autre personnalité du cercle de l'avocat parisien, pour parler du bassin forestier du Congo. Le 10 février, Sassou est reparti à bord de son McDonnell-Douglas 87 de location - plus sûr pour éviter les saisies de créanciers hargneux !

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