24/02/2012 03:15:03
Carnage des éléphants. L'Union européenne fait pression sur le Cameroun
La montée galopante du grand braconnage dans les aires protégées, principalement avec le cas récent du carnage des éléphants orchestré par les chevaliers soudano-tchadiens dans le parc national de Bouba Ndjidda, inquiète le chef de la délégation de l’Union européenne au Cameroun.
Le Messager
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La montée galopante du grand braconnage dans les aires protégées, principalement avec le cas récent du carnage des éléphants orchestré par les chevaliers soudano-tchadiens dans le parc national de Bouba Ndjidda, inquiète le chef de la délégation de l’Union européenne au Cameroun.

D’abord le contexte. Depuis plus d’une décennie, si on s’en tient aux informations collectées à bonne source au ministère des forêts et de la faune, le braconnage à grande échelle des pachydermes continue à défrayer la chronique malgré les mesures prises par les gouvernements de plusieurs pays africains avec l’appui des organismes et Ong œuvrant dans la conservation. Le cas le plus grave, ayant déchaîné les colères et le déchantement général, reste le carnage perpétré en début d’année au niveau du Parc national de Bouba Ndjidda, par des chevaliers dont on estime être des soudano-tchadiens en transit par le Parc national de Sena Oura au Tchad.

Selon des sources dignes de foi, ces braconniers, armés d’armes automatiques de marque kalachnikov, ont mené des multiples agressions dans le parc entre le 5 et 24 janvier 2012. Un nombre important d’éléphants a été abattu. Au cours de cette période ils ont procédé à l’extermination d’éléphants de taille, d’âge et de sexe confondus. Si le nombre exact d’animaux tués au cours de ce carnage reste encore à déterminer, une certaines opinion fait état de plus d’une cinquantaine à deux cents éléphants abattus. « Il s’agit là d’un véritable massacre. A cette allure, il ne restera plus un seul pachyderme en vie. Le désastre est profond et affligeant », s’indigne un éco garde.

Face à la complaisance et l’inertie du gouvernement camerounais, dont l’importance de la décimation des espèces protégées ne semble pas suggérer des mesures offensives de répression et de surveillance, l’Union européenne, par la voix de Raul Mateus Paula, ambassadeur et chef de la délégation au Cameroun, a tiré la sonnette d’alarme. En date du 13 février, il a saisi par voie de courrier, le ministère des forêts et de la faune, pour lui signifier l’urgence qu’il y a pour le Cameroun, de constater que le phénomène du grand braconnage dans les aires protégées en général et les complexes transfrontaliers en particulier a pris des proportions inquiétantes ces derniers temps.

A le croire, le carnage a atteint une cote d’alerte qui impose au Cameroun de prendre le taureau par les cornes. Le chef de la délégation de l’Union européenne au Cameroun, n’a pas fait que saisir le ministère des forêts. Sachant le rôle, la complaisance, les basses manœuvres, le trafic d’influence et la prise d’intérêts que certaines administrations ont dans le commerce illicite du bois et des produits fauniques, Raul Mateus Paula, a fait copie de sa correspondance au secrétaire général de la présidence de la République , aux services du premier ministre, au ministre de la Justice et Garde des Sceaux, au ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation et au ministre du tourisme. Selon nos sources, l’ambassadeur de l’Union européenne au Cameroun, compte si rien n’est fait, maintenir la pression sur le Cameroun, en sollicitant l’appui des ambassadeurs des pays occidentaux. Sa démarche trouve une légitimation dans le sens où, il est question de prendre la situation à bras le corps dans le but de mettre rapidement fin au carnage perpétuel ; pour l’intérêt de la biodiversité, la survie de l’industrie touristique au Cameroun ; davantage pour des questions de souveraineté et de sécurité nationale.

Des statistiques et chiffres qui fâchent

Un tour dans les services du ministère des forêts et de la faune, à la vue des chiffres, l’observateur curieux est atteint de colère et d’indignation. En attendant les statistiques sur les années 2010 et 2011, pour la seule année 2009, l’on a enregistré : 283 fusils et 1262 munitions, 274 pointes d’ivoire (soit 137 éléphants abattus) saisis, 379 campements détruits. Pour 631 patrouilles faites 230 procès-verbaux ont été dressés. Le braconnage de certaines espèces a pris des proportions si alarmantes au point où certaines espèces sont considérées comme complètement disparues (le cas du rhinocéros noir).

S’agissant des accrochages avec les éco gardes camerounais, la situation est alarmante. Les décomptes font état de plus de trois (03) décès par an dans l’ensemble des aires protégées. « Au Cameroun, nous assistons depuis quelques temps au carnage des éléphants orchestré par des braconniers puissamment armés en provenance des pays voisins. En effet, au deuxième trimestre de l’année dernière, plus de dix (10) éléphants ont été abattus dans le Parc national de la vallée du Mbéré et dans d’autres aires protégées comme le Parc national de Lobeké. En février 2010, 15 éléphants ont été abattus au Parc national de Bouba Ndjidda. 44 pointes d’ivoires (22 éléphants) saisies dans le département de la Boumba et Ngoko », affirme un haut cadre du Minfof.

Focal. L’ombre de Paul Biya…

Selon des sources crédibles, le Cameroun tente de réagir face à la menace. Sur instructions pressantes dit-on, du chef de l’Etat Paul Biya qui lui-même subit la pression de l’Union européenne,  le ministre des Forêts et de la faune, a tenu une réunion vendredi 17 février dernier, pour tenter de désamorcer la crise.

Étaient présents, les représentants des Ongs, des bailleurs de fonds, du Minatd, du Minfi, du Mindef, du Mintour et du Minrex. Entre autres actions, les participants à ce conclave ont réfléchi sur des stratégies pour repousser les assaillants soudano-tchadiens. Sauf changement de dernière heure, on annonce une conférence de presse du ministre des Forêts et de la faune, demain vendredi.

Souley ONOHIOLO

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