27/02/2012 01:33:22
Il faudra ce qu'il faut...
En décidant de procéder à une refonte des listes électorales plutôt que la révision qui était son option de départ, le Conseil de ELECAM s’est engagé, à la satisfaction de la classe politique camerounaise, dans une logique de progrès du processus démocratique national. Mais une logique qui, pour prospérer, requière que beaucoup de conditions soient remplies.
Le Messager
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En décidant de procéder à une refonte des listes électorales plutôt que la révision qui était son option de départ, le Conseil de ELECAM s’est engagé, à la satisfaction de la classe politique camerounaise, dans une logique de progrès du processus démocratique national. Mais une logique qui, pour prospérer, requière que beaucoup de conditions soient remplies.

Ces conditions commencent par la résolution du gouvernement à fournir à ELECAM les moyens financiers et l’appui technique de son objectif. Reste à savoir si dans le budget 2012 (dont l’exécution ne serait d’ailleurs pas en cours) un chapitre a été prévu pour cette opération. Toujours est-il qu’à ELECAM, on a d’abord affirmé être en train  de faire « une évaluation technique de ce que coûtera l’opération de refonte manuelle et de refonte biométrique » dont le budget sera soumis au gouvernement « qui décidera s’il y met le prix » Et les dernières rumeurs semblent indiquer que l’option est finalement déjà prise pour la biométrie.

Si le gouvernement décide d’y mettre le prix, l’autre condition essentielle sera le temps. Et pour qu’ELECAM dispose du temps nécessaire pour cette opération à l’ampleur, aux risques et aux enjeux politiques inédits, le report des municipales et législatives du mois de juillet prochain devient inévitable. D’autant plus inévitable que, sauf miracle, on voit mal les mises en place financière et logistique de l’opération se terminer avant quatre à six semaines dans le meilleur des cas. Encore que la volonté de la Direction générale d’ELECAM de définir avec célérité les modalités pratiques de la refonte n’est pas aussi évidente que l’enthousiasme du Conseil à s’engager devant l’opinion publique. Le Président de ELECAM pronostiquait lui-même la semaine dernière devant la presse que les opérations pourraient commencer dans deux ou trois mois. C’est dire… !

La troisième condition « sine qua non » de l’efficience de cette refonte qui seule peut donner la quasi certitude que le nombre d’électeurs inscrits correspond au corps électoral potentiellement existant, sera la participation massive des Camerounais en âge de voter. Participation qui exige une implication volontariste de tous ceux qui souhaitent pour le système électoral du Cameroun, et à chaque consultation populaire, ce que l’on appelle « un suffrage universel et juste » parce que tout le peuple des votants y a librement accès pour reconduire ou changer ses dirigeants. Sans obstacles ni contraintes.

La démocratie est d’abord une affaire de ceux qu’on appelle improprement « les gouvernés », en parlant du « demos », ce peuple souverain qui donne procuration à quelques individus ou groupes d’individus dans la société, pour travailler dans l’ordre et la paix à son bien-être commun. Ce que les théoriciens de la démocratie nomment « la volonté générale », et qui fonde le pouvoir d’Etat, ne peut exister en dehors d’un suffrage universellement et majoritairement  exprimé par le peuple des votants. Tel semble pour nous, l’enjeu fondamental de la refonte électorale projetée par ELECAM.

Chaque Camerounais adulte doit avoir la parfaite conscience qu’être inscrit sur une liste électorale, et posséder une carte d’électeur qui  donne accès à un bureau de vote où on peut, seul dans un isoloir, glisser dans une enveloppe le bulletin de celui qu’on souhaite avoir comme chef d’Etat, comme Député ou comme Conseiller municipal, c’est exercer le pouvoir. Certes indirectement, mais effectivement. C’est pour cela que Le Messager a contribué volontiers à l’interpellation du gouvernement, pour qu’il soit conséquent avec son discours démocratique qui parle du « gouvernement du peuple par le peuple » Et ce n’est que lorsque l’électeur a posé en toute souveraineté cet acte citoyen  pour désigner un (ou des) dirigeant, qu’il peut ensuite s’autoriser à le contrôler, le critiquer, le changer ou le reconduire, selon le résultat de son mandat.

Le citoyen est ainsi responsable, par son choix, du bien ou du mal que fera à tout le peuple durant son mandat, le Président, le Député ou le Conseiller municipal. Il y a là, pour parler comme jadis mon père spirituel, une responsabilité citoyenne que seule une participation électorale juste permet d’assumer, de manière à pouvoir dire : si le Pays ou la Commune est bien géré, c’est grâce à moi. Et si le Pays ou la Commune est mal gérée, c’est à cause de moi. Ceux qui ne peuvent pas assumer une telle responsabilité dans la société ne sont que des sujets à la merci de tout pouvoir autoritaire. Ceux qui ont la culture politique pour le faire et s’y refuse délibérément sont des complices de la dictature.

Pour que le Cameroun parvienne à un tel niveau de responsabilité citoyenne, il faut nécessairement que tous ceux qui ont l’âge de voter puissent accomplir cet acte qui est à la fois l’exercice d’un droit  individuel et l’accomplissement d’un devoir de solidarité. D’où la réjouissante bienvenue de la refonte des listes électorales dont on espère qu’elle donnera à chaque électeur potentiel, le sésame pour accéder à cette responsabilité.
Mais, dans un pays où l’Etat néocolonial mis en place d’en haut et par d’autres… a maintenu le peuple dans l’obscurantisme afin de pouvoir n’en faire qu’un électorat alibi, les leaders politiques de l’opposition qui réclament l’alternance du pouvoir, les Organisations de la société civile qui travaillent à la transformation sociopolitique du pays, et les médias qui se prétendent promoteurs ou chiens de garde des valeurs de la société, devraient saisir ici et maintenant l’opportunité qu’offrent le choix de la refonte, et le report induit des prochaines échéances, pour éveiller ou réveiller ledit peuple à sa responsabilité citoyenne.

Lorsqu’un peuple s’affirme « souverain et démocratique », il est paradoxal de l’entendre se plaindre quotidiennement d’être gouverné par des mandataires néocoloniaux, un demi siècle après son indépendance supposée. Et il ne peut corriger ce paradoxe qu’en se rendant dans les urnes, afin de leur substituer ses propres mandataires, par son libre choix d’hommes nouveaux. Les partis politiques notamment, à partir du moment où ils ont le monopole constitutionnellement injuste du concours à l’expression du suffrage universel, doivent savoir qu’ils ne peuvent conquérir le moindre pouvoir par un miracle du ciel – même si toutes leurs assises commencent ou se terminent toujours par une prière forcément œcuménique – et que leur première victoire doit être d’avoir donné au peuple, une éducation citoyenne débouchant sur la culture politique. Une culture politique qui, parce qu’elle est indispensable à l’exercice de la démocratie, devrait intégrer comme première donnée de la conscience chez chaque citoyen que « de la solidarité de tous dépend la sécurité de chacun »

L’idéal serait dans ce sens, qu’au sortir de la période de la refonte des listes électorales, on n’entende plus des citoyens dire : « ils ne sert à rien de s’inscrire ou d’aller voter, puisque cela ne change rien… » C’est pourquoi lorsque nous disons en titre qu’il faudra ce qu’il faut, nous ne visons pas seulement le gouvernement qui doit mettre tous  les moyens possibles, puis le temps et la liberté nécessaires à la disposition d’ ELECAM  pour cette refonte. Nous pensons aussi à l’exploitation optimale par les forces éclairées de la société (partis politiques, OSC et médias) du temps que durera la refonte, pour sensibiliser le peuple au droit de vote, et à l’obligation d’aller voter pour mettre au pouvoir les hommes et femmes que l’on croit bons pour l’emploi, afin que le pouvoir ne tombe pas dans des mains impropres. Toute absence dans les urnes est un gain qu’on ne peut contester à l’adversaire qui, lui, était présent. En réalité, pour parler comme Ka Walla, cette refonte électorale ne sera une opportunité que si les Camerounais s’y impliquent.

Cela étant, il n’est pas évident que cette refonte soit une panacée démocratique si le gouvernement ne va pas au bout de la logique progressiste, en donnant par ce que nous appellerons « mesures d’accompagnement », des réponses positives à un certain nombre d’exigences articulées par les acteurs sociopolitiques du pays, telles que le Code électoral harmonisé (dont on espère que le projet sera dans quelques jours sur le Bureau de l’Assemblée nationale),  le bulletin de vote unique, un découpage plus équitable des circonscriptions électorales, la gestion du calendrier électoral par un ELECAM plus autonome, la mise à l’écart du MINATD du processus électoral pour absence de neutralité.

Il nous semble que si ce paquet minimum se trouvait être la « grande réalisation » de 2012, le processus électoral camerounais deviendrait le point d’ancrage d’une démocratie moderne et durable. Et pourquoi pas exemplaire ?

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