27/02/2012 01:42:09
Cameroun. Un malade prisonnier depuis six mois pour 45.000 francs
Apollinaire Ambassa Mvondo interné au pavillon Le Riche de l’hôpital central de Yaoundé depuis le 1er septembre 2011, s’oppose au paiement d’une facture de 45000 francs Cfa, représentant les frais d’une opération chirurgicale jamais faite.
Le Messager
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Apollinaire Ambassa Mvondo interné au pavillon Le Riche de l’hôpital central de Yaoundé depuis le 1er septembre 2011, s’oppose au paiement d’une facture de 45000 francs Cfa, représentant les frais d’une opération chirurgicale jamais faite.

C’est à l’aide des béquilles que cet homme, la cinquantaine visiblement atteinte, sort de la salle 1 du pavillon Le Riche de l’hôpital central de Yaoundé (Hcy) où il est interné depuis six mois. Tel un crapaud, il réussit néanmoins à sautiller jusqu’à la barrière, où il accompagne ses visiteurs. Son pied droit traversé de part et d’autre par des barres de fer est encore invalide. Sa mésaventure commence le 1er septembre 2011 lorsqu’il est victime d’un accident de la circulation au carrefour Jamot à Yaoundé.

Après diagnostic aux urgences de l’hôpital central, les médecins annoncent une fracture ouverte à la gambe droite. Une première opération chirurgicale est faite le 5 septembre, c'est-à-dire quatre jours après son admission dans cette institution hospitalière publique. Mais au cours de cette première intervention, la plante du pied du patient est mal fixée. Conséquence : Une deuxième intervention chirurgicale est annoncée par le Dr. Bertin Kengne pour le 2 novembre. L’objectif étant de redresser la plante de pied du patient. « J’ai alors fait tous les examens demandés au préalable par ce médecin, de même que j’ai acheté tous les médicaments prescrits. Mais après m’avoir amené au bloc, il, m’a fait subir la dure épreuve de l’anesthésie avant de me remettre à un brancardier sans m’opérer, alors que les frais d’opération déjà payés s’élevaient à 45.000 francs », dénonce Apollinaire Ambassa Mvondo.

Il ajoute : « Chaque fois que je le voyais et lui demandais à quant le redressement de mon pieds, il me narguait, me menaçant d’imputer ce pied si je ne versais pas 3 millions de francs Cfa pour mon opération comme. C’est d’ailleurs le même médecin qui avait amputé celui de mon voisin de lit nommé Omgbwa Parfait. D’où ma peur ». Mais cette crainte se dissipera le 1er février 2012, jour où le malheureux patient subit l’intervention chirurgicale tant attendue. Seulement, c’est plutôt Dr. Pius Mokon Ngu qui, de retour de son congé  annuel procède à cette intervention.  « Mais pendant que je faisais un examen de radiologie pour voire si tout s’est bien passé, le Dr. Bertin Kengne est venu signifier ma sortie de l’hôpital contre le paiement d’une somme de 200.000 francs, les 45.000 francs représentant les frais de l’opération non faite inclus », explique ce malade qui se présente comme étant le secrétaire permanent du groupe des partis politique pour le dialogue national (Gpdn). Ce dernier proteste par correspondance le 7 février. Dans cette requête adressée à la directrice générale de l’hôpital central de Yaoundé, le patient exprime le vœu de voire 45.000 francs représentant les frais de l’opération jamais réalisée soustraite de la facture. Mais sa doléance reste sans suite malgré plusieurs relances.

Le 18 février, il décide alors de frapper plus haut, en interpellant le ministre André Mama Fouda de la santé publique. Ce d’autant plus qu’entre temps, il est séquestré au quotidien et suspendu des soins par le personnel médical qui le traite de tous les noms d’oiseaux.  « Au regard de ce que je suis suspendu des soins et que les infirmiers ne cessent de marquer mon absence dans le cahier de rapport journalier tout en refusant de me faire le pansement, ma sécurité dans cet enfer devient douteuse, dangereusement inquiétante… Je vous exhorte donc de daigner instruire la direction de l’hôpital central à respecter l’esprit de « l’avis du malade » du 30 juin 2011 qui stipule que « si pour une raison importante vous n’avez pas bénéficier de la prestation payée, l’administration de l’hôpital vous rembourse sur présentation des justificatifs », à procéder à une compensation d’urgence et de me libérer sans délais », peut-on lire dans cette correspondance empilée à la primature, à la présidence de la République et au comité national des droits de l’homme et des libertés (Cndhl).

Jusqu’ici, c’est le statu quo. Apollinaire Mvondo est toujours interné sur le lit N°3 de la salle 1 du pavillon Le riche de l’hôpital central de Yaoundé. La semaine dernière, il a été encore roué de coups par un personnel médical qui supportait mal sa présence. Il n’hésite d’ailleurs pas à brandir sa nuque qui porte encore des séquelles de cette bastonnade. Au niveau de la direction de l’hôpital, l’on ne cesse de proférer des menaces à ce patient, même en présence du reporter du quotidien Le Messager. Néanmoins, il se dit là bas qu’une  solution sera trouvée au problème, afin que ce prisonnier d’un  autre genre regagne enfin son domicile.

Joseph Flavien KANKEU

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE