29/02/2012 02:36:51
Cameroun. Un réseau de lesbiennes démantelé dans le Sud
Des femmes mariées interpellées pour pratique homosexuelle. Au déclenchement de l’affaire, une femme trahie par son amante. La Justice s’est saisie de l’affaire.  
Le Messager
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Des femmes mariées interpellées pour pratique homosexuelle. Au déclenchement de l’affaire, une femme trahie par son amante. La Justice s’est saisie de l’affaire.  

1. Au commencement : la jalousie

Ambam, petite ville de quelques milliers d’âmes dans la région du Sud. Ici, tout le monde se connaît ou presque : du plus petit commerçant au plus haut commis de l’Etat. Les nouvelles vont vite, les visages se remarquent facilement, les histoires des uns et des autres sont rapidement mises sur la place publique. En cette journée ensoleillée du samedi 25 février 2012, chacun gère son quotidien, comme d’habitude. Aussitôt débarqué, le visiteur sent dans l’air une odeur de jovialité. Les populations sont en effet très accueillantes. Et il ne faut pas longtemps pour être au parfum des « petites » anecdotes. Et celle qui prédomine actuellement, du moins depuis environ deux semaines, c’est une histoire d’homosexualité qui a été mise à nue par les éléments de la brigade de la gendarmerie d’Ambam. « Un mariage à trois », comme on l’appelle désormais dans la ville.

Au début de l’histoire, qui était jusque-là tenue secrète, une liaison amoureuse entre deux femmes. Depuis trois ans, un amour lie en effet ces deux femmes. La première, que nous allons appeler Rosaline, découvre un jour que sa compagne (appelons-la Yvette) la trompe avec une autre femme. Courroucée, Rosaline en fait part à Yvette dans un premier temps. Cette dernière tente de rassurer son amante. Mais, il s’avère qu’après, elle n’en fait pas cas et continue de tromper son amoureuse, au vu et au su de certaines personnes. Rosaline, très courroucée, et ne sachant plus quoi faire pour récupérer « sa petite », s’en va se plaindre auprès de l’époux d’Yvette.

Le mari cocu, blessé dans son orgueil d’homme, s’en remet au commandant de la brigade de gendarmerie d’Ambam, dont il est l’ami. L’affaire est déclenchée. L’époux d’Yvette, très vexé, s’est laissé convaincre de porter plainte pour « pratique homosexuelle ». Une enquête est aussitôt diligentée par les forces de l’ordre. Et c’est là que le scandale explose au grand jour. Au fil des jours, c’est finalement cinq couples de lesbiennes, pour la plupart des femmes mariées à des hommes, qui seront interpellées. Et de fil en aiguille, il va s’avérer qu’elles sont, non seulement au cœur mais au commencement d’un vaste réseau de recrutement des lesbiennes dans la ville.

2. Au bout : un vaste réseau

Le plus surprenant dans cette histoire, c’est que les aveux des trois lesbiennes ont permis de démanteler un vaste réseau de recrutement des femmes homosexuelles dans la région du Sud. Les enquêtes ont en effet permis de démontrer que ce réseau s’étend jusque dans la ville de Kye Osi, ville carrefour entre le Cameroun, la Guinée équatoriale et le Gabon. Et même, certaines personnes parlent d’Ebolowa, chef lieu de la région du Sud. Bien entendu, cette affaire rocambolesque défraie la chronique dans cette partie du pays. Mais, pour les populations, dont la plupart dit avoir des soupçons depuis des années, on aurait étouffé l’affaire tout simplement parce que ce sont des femmes très connues. Au lieu dit « Carrefour de la joie d’Ambam », les nombreux consommateurs d’alcool commentent l’affaire avec allégresse. Ici, c’est un jeune homme qui affirme volontiers être au parfum de l’affaire depuis quatre ans.

« Cela fait longtemps que je suis informé du fait que des femmes d’Ambam vont ensemble. C’est d’ailleurs connu pour ceux qui sortent souvent comme nous. A un moment donné, on avait même l’impression qu’elles ne voulaient plus se cacher », affirme en effet ce ferrailleur âgé d’environ trente ans. Si une grande partie des gens rencontrés expliquent connaître ces dames, il est cependant difficile pour elles de nous dire avec exactitude qui elles sont. Par peur des représailles, ou pour éviter d’être interpellées pour diffamation. Les faits étant difficiles à prouver. Néanmoins, ce que l’on sait, c’est qu’« elles savent s’y prendre pour recruter. Elles ont au moins trois endroits pour le faire », argue un fonctionnaire d’environ 40 ans. Et de nous indiquer quelques lieux de recrutement de ces dames, comme le principal complexe de loisirs de la ville où l’on retrouve snack, restaurant et hébergement.

Mais, toutes les femmes n’ont pas été recrutées à Ambam. Rosaline par exemple, aurait avoué au cours des enquêtes avoir été recrutée à Kribi, lors d’un voyage, au moment où « cela n’allait pas très fort » dans son couple. En tout cas, les nouvelles recrues prennent vite goût à ce réseau qui se serait implanté dans la ville depuis 12 ans, selon les révélations. A Kye Osi, où Le Messeger s’est rendu. Le phénomène y est également très répandu. Dans toutes les couches de la société qui composent cette ville particulière, on retrouve des femmes qui entretiennent des relations sexuelles entre elles. Même au sein des congrégations religieuses, entend-on ici et là. A tel point que certains hommes d’Eglise mettent continuellement en garde les fidèles.  

3.  1ère audience : le 1er mars 2012

Si ces femmes affirment avoir pris goût à la chose à cause du manque d’attention sexuelle de leurs époux, il n’en demeure pas moins qu’elles répondront de leurs actes très rapidement. Joint au téléphone, le préfet de la vallée du Ntem que nous n’avons pas pu rencontrer durant notre séjour dans la région, nous révèle que la première audience de cette affaire rocambolesque se déroule ce 1er mars 2012. Son sentiment est qu’il faut faire confiance à la justice camerounaise qui n’autorise pas cette pratique. « Et moi également, je condamne tous les travers », avance François Etapa. Qui dit avoir été informé de cette situation par la voisine d’une des concernées, avant même d’être saisi officiellement.

Néanmoins, il ne veut pas aller vite en besogne quant aux commentaires de ses administrés qui pensent que l’affaire pourrait être étouffée quand on sait que ces femmes seraient les épouses de certaines personnalités de la région. « Dans tous les cas, nous allons suivre avec beaucoup d’intérêt cette affaire, étant donné qu’il s’agit d’un problème social », rassure le préfet de la Vallée du Ntem pour qui cette situation est une première après dix ans de commandement dans le département. Mais, il prévient déjà qu’il n’y a pas risque d’étouffement de l’affaire car « si des ministres ont été écroués, comment pourrait-on penser que des gens ne soient pas jugés pour un acte répréhensible par la loi camerounaise ? »

Les populations, de leur côté, sont aux aguets. Elles souhaitent que justice soit « réellement » faite pour que ce genre de pratique ne prospère plus dans leur région. Il va s’en dire que sans l’intervention des forces de maintien de l’ordre, la situation aurait dégénéré lorsque cette histoire d’homosexualité féminine a déclenché à Ambam. A Kye Osi par ailleurs, certaines associations, selon nos sources, seraient en train de se préparer à organiser des manifestations pour combattre le phénomène. Le ver est dans le fruit. Qui va l’en sortir ?

Alain NOAH AWANA

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