29/02/2012 03:26:08
Prison de La Haye. Comment Gbagbo a changé la donne
Emprisonné au centre pénitentiaire de Scheveningen. Comment Laurent Gbagbo « bouscule » la CPI.
Le nouveau courrier
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La date fatidique mais historique du 18 juin prochain, ouverture de l’audience de confirmation des charges, arrive à grand pas. Et plus qu’un challenge politique, le président Gbagbo prépare sereinement ce moment dans la prison de Scheveningen dont il a transformé les habitudes depuis son transfèrement du 29 novembre dernier.

Cela fait trois mois que le président Laurent Gbagbo a été déporté à La Haye par la double volonté de Nicolas Sarkozy et Alassane Ouattara. Un transfèrement qui obéit plus à une dictée politique qu’à une volonté judiciaire. Sinon le procureur Luis Moreno Ocampo qui, de passage à Abidjan en octobre dernier, avait annoncé une short-list de 3 à 6 personnes, n’en serait pas encore au stade de «balbutiements procéduraux».

En tout cas, la déportation du leader africain Laurent Gbagbo n’a pas été sans conséquence pour le centre pénitentiaire de La Haye. Puisque depuis le 30 novembre dernier, où le président Laurent Gbagbo a franchi les gigantesques grilles de la prison de Scheveningen, les différents services de la Cpi ont vu le poids de ce prisonnier peu ordinaire et son impact sur le quotidien de l’instance judiciaire internationale. La petite ville de La Haye est devenue depuis deux mois un lieu de pèlerinage, où Ivoiriens, Africains et même Européens ou Américains, fervents défenseurs de la démocratie et de la justice, se relaient de manière quasipermanente.

Le périmètre de la prison de Scheveningen apparaît donc à leurs yeux comme un «lieu de pèlerinage». La détention de Laurent Gbagbo a eu une répercussion sur la Cour pénale internationale. Comme par exemple, le site internet de la Cour qui a eu en deux mois, deux fois plus de visiteurs qu’en presque dix ans d’existence. Et comme si cela ne suffisait pas, c’est quasi quotidiennement que le standard de la Cpi ne cesse de crépiter pour une seule et même personne : Laurent Gbagbo. Dans les deux semaines qui ont suivi sa première comparution le 5 décembre dernier, le standard a reçu des centaines de coups de fil destinés à Laurent Gbagbo. Les demandes de visites du prisonnier le plus célèbre du monde en ce moment, s’empilent un peu plus chaque jour. Surtout que récemment la Cour a suspendu pour une période de deux semaines les visites au détenu Laurent Gbagbo.

Selon une source proche du dossier, le rythme des visites s’était accéléré. De plus, la Cour n’avait particulièrement pas apprécié les «sorties dans la presse» d’un des visiteurs du président Gbagbo et elle n’avait pas manqué de le signifier au conseil de la défense, Me Emmanuel Altit. En tout cas, la mobilisation autour de Gbagbo n’a pas faibli depuis sa déportation à La Haye. Bien au contraire, elle a gagné en intensité et en qualité, puisque de plus en plus l’opinion internationale et les milieux intellectuels se rendent compte qu’on leur a servi une tasse de café salée, en ce qui concerne la réalité et la vérité en Côte d’Ivoire. Au-delà de la petite Côte d’Ivoire, une partie de  l’opinion publique internationale bouillonne désormais d’impatience en attendant la date du lundi 18 juin prochain, début de l’éclatement de la vérité.

Gbagbo prépare sereinement sa défense

De ses différents parcours, du syndicaliste au célèbre prisonnier de La Haye, en passant par l’opposant et l’homme d’Etat, Laurent Gbagbo n’a jamais perdu sa relative bonne humeur et son brin d’humour. Et ce n’est pas sa détention à la prison de Scheveningen qui y changera grand’ chose. En tout cas, toujours de bonne humeur, le président Gbagbo prépare dans la plus grande concentration, son audience de confirmation des charges. Les nombreuses visites reçues depuis plusieurs semaines lui ont fait énormément de bien. Surtout les visites de ses filles. Lui qui n’avait vu aucune Laurent Gbagbo,Côte d'Ivoired’entre elles depuis au moins 7 mois.

Le long entretien qu’il a également eu avec celui qui a la charge de diriger le parti, Sylvain Miaka Oureto, n’était pas fait pour déplaire. Déterminé qu’il est à aller jusqu’au bout, pour faire éclater la vérité, Laurent Gbagbo consacre beaucoup de temps à la prière et à la lecture de la Bible. Dont il a «consommé» déjà une grande partie. Gbagbo est régulièrement en contact avec son conseil, Me Emmanuel Altit. Ensemble, les deux hommes élaborent son axe de défense.

En tout cas, l’élargissement des enquêtes aux évènements de septembre 2002 va beaucoup peser dans la balance. C’est véritablement le noeud gordien de l’affaire. Le président Gbagbo en est conscient et entend jouer pleinement les cartes. L’heure de la  manifestation de la vérité a donc sonné.

Ses avocats à la tâche, des tonnes de preuves collectées

Les trois mois avant juin sont déterminants pour la suite de la procédure. La défense en est consciente. C’est pourquoi, elle a également investi le terrain à la recherche des moindres preuves. Sur ce point, elle semble bien engagée. Et espère avoir le maximum d’éléments à charge contre le régime Ouattara.

De leur côté, des structures indépendantes ont décidé de donner un coup de pouce à la défense du président Gbagbo. Leur mission, collecter autant d’éléments de preuves, pouvant aider à l’éclatement de la vérité, depuis la nuit du 18 au 19 septembre 2002 jusqu’au 11 avril 2011. Images, vidéos, coupures de presses, témoins vivants… Le compte à rebours a commencé dans l’affaire n° ICC-02/11-01/11, Ocampo contre Laurent Gbagbo !

Franck Toti

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