01/03/2012 05:05:36
Au cameroun, il est humain d'Ítre inhumain
Par leur silence, les populations camerounaises expriment la montée de l’individualisme et la cristallisation de la haine de l’autre qui n’est pas nous et ceci grâce à un discours savamment distillé par le pouvoir en place au Cameroun depuis 1982 qui lui-même a pris la succession d’un régime despote.
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Chers compatriotes, camerounaises, camerounais, en 2012, sur le sol Cameroun il est humain d’être inhumain !
En allant au Cameroun le 27 décembre 2011, j’avais pour unique volonté de passer quelques jours, deux semaines tout au plus avec ma mère, mes sœurs et beaux-frères, mes nièces et neveux, mes beaux-parents ! Jamais je n’ai imaginé me retrouver au cœur d’un vaste déchirement ! L’enlèvement d’un nourrisson à sa maman par un vaste réseau polititico-économique. Au Cameroun, ce sont les politiques, en l’occurrence ceux et celles qui sont au pouvoir mais aussi l’opposition avec laquelle secrètement ils partagent tout qui donnent des parcelles de pouvoir, par décret, par relation ou uniquement par simple présence !

Un journaliste engagé dans sa profession m’a informé du kidnapping d’un bébé seulement quelques heures après sa venue au monde, sa maman ne l’a eu dans ses bras que quelques secondes avant qu’il lui soit retiré disait-on alors pour le placer en couveuse. Trop jeune pour venir à la vie (seulement 7 mois), le poids de 1,700 kg, même s’il est largement supérieur au poids d’un enfant de 7 mois n’est pas suffisant et ne garantit pas une survie. Ces quelques indices qui m’ont été confirmés par l’hôpital Sainte Justine de Montréal et l’hôpital Jeanne de Flandres à Lille nous donnent aussi des pistes d’interrogation sur l’âge réel de la grossesse au moment de la naissance.

Je me suis saisi de ce dossier comme s’il avait été celui de mon fils voire de ma fille Annièla née seulement quelques semaines avant cet enfant. Avec le recul, oui je n’ai pas mesuré le risque que je prenais mais aurais-je pu véritablement mesurer ce risque tellement au départ tout semblait simple, une simple négligence du personnel médical, une simple lenteur des enquêteurs et avec un peu de pression tout devait rentrer dans l’ordre m’avait alors rassuré l’enquêteur en chef. Mais que non !

Que puis-je dire de plus aux uns et aux autres pour qu’ils se joignent à moi dans ce combat ? Spontanément je dois l’avouer beaucoup ont marché à mes côtés, femmes, hommes, étudiants, gens simples et peuples virtuels des Internautes. 3000 sympathisants en moins d’un mois c’est énorme mais beaucoup se sont retirés en découvrant combien s’engager est lourd de signification ! Oui s’engager c’est prendre position, faire une promesse, dans le cas d’espèce prendre position en faveur de Vanessa Tchatchou aujourd’hui âgée de 18 ans et lui faire la promesse de tout faire pour qu’elle quitte un jour l’hôpital avec son bébé dans les bras !

Parce que je viens du Cameroun et de l’Afrique noire, je sais ce que c’est que la traite négrière, et au fond de moi, avec tout ce que j’ai lu, entendu et vu, je veux dire : plus jamais ça ! Etudiants ou jeunes professionnels nous l’avons dit au sortir d’une projection cinématographique !

Mais nous ne l’avons pas respecté !

Quoi qu’on puisse en dire, le cas Vanessa Tchatchou et c’est démontré aujourd’hui, est loin d’être un cas isolé, le Cameroun est un vaste territoire qui a légitimé le trafic de bébés pour plusieurs raisons dont deux au moins : pour des raisons financières comme autrefois pendant l’esclavage ;  on arrache à des femmes innocentes et naïves des nourrissons de quelques heures seulement pour les revendre sous forme d’adoption, l’Etat du Cameroun s’étant arrangé par ses institutions à vivre en marge de toutes les conventions internationales qui régissent l’adoption dans le monde !

L’autre raison est magico-sorcière car en Afrique et au Cameroun en particulier, la diversité de la population 256 ethnies n’est pas seulement signe de richesse, le fait qu’à deux ou trois générations nous sommes tous fils et filles de paysans fait que l’ascension sociale est toujours entourée de nombreux mystère qui au final se nourrissent de nombreux sacrifices humains dont essentiellement ceux de nourrissons comme on le voit dans la région des grands lacs avec le sacrifice des albinos. Il faudrait ajouter à ces deux raisons une dernière qui est le trafic d’organes dans un pays où 76% de la population citadine vit avec moins d’un euro par jour. Alors, la tentation est grande !

Par leur silence, les populations camerounaises expriment la montée de l’individualisme et la cristallisation de la haine de l’autre qui n’est pas nous et ceci grâce à un discours savamment distillé par le pouvoir en place au Cameroun depuis 1982 qui lui-même a pris la succession d’un régime despote.




Que puis-dire aujourd’hui et à cet instant que je n’ai pas encore dit pour faire prendre conscience aux uns et aux autres ? Je ne sais pas ! 

Peut-être d’autres mieux que moi sauront le dire, sauront porter le combat plus haut et plus loin, parce que nous avons tous au fond de nous un si grand espoir, pour voir naître au Cameroun une éthique et une morale afin que les gens puissent enfin respecter la vie parce qu’ils ne sont pas ceux qui la créent.

Je ne sais pas si c’est l’altérité que les gens détestent, mais la haine de l’autre a pris des proportions démentielles au Cameroun dans l’indifférence de tous ! Comment convaincre aujourd’hui que les peuples du Cameroun sont un ? Alors que le tribalisme, l’ethnicité et tous ses pendants sont là pour nous dire le contraire et surtout nous empêchent de nous mobiliser même pour une cause aussi noble ! 

Il n’y a rien que nous avons rejeté aujourd’hui au Cameroun et tout est sujet de raillerie et de moquerie ! Le Cambodge, le Rwanda, le Darfour sont aux portes du Cameroun avec plus de cruauté encore puisque les techniques s’améliorent et « s’affinent » au fil du temps ! Le Cameroun et ses peuples apprendront-ils seulement à partir de ce cas ? Celui de Vanessa qui vient nous révéler combien nous nous sommes éloignés du juste, du beau, du vrai et du noble !    

Je veux au fond de moi que naisse un sentiment de sécurité au Cameroun, au cœur des femmes qui portent et donnent la vie, oui je veux que naisse un sentiment de sécurité entre les tribus et les ethnies car en réalité elles n’existent que parce que l’imaginaire politico-financier l’a créé. Je vois une envolée de colombes parce que chacun de nous au Cameroun aura décidé de ne plus se taire, de venir en aide à Vanessa et à toutes les femmes qui se voient au quotidien enlever leurs nourrissons pour des destinations inconnues. Ce sont des innocents, des chérubins et des séraphins ! Je le dis parce que enfant j’ai été convaincu que le 21èmesiècle est celui de nouveaux commencements ; si hier nous avons détruit donnons-nous les moyens de bâtir, de rebâtir aujourd’hui.

Oui le meilleur est à inventer et c’est aujourd’hui que nous devons nous y atteler !

Dr Vincent-Sosthène FOUDA

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