01/03/2012 05:33:43
Paul Biya toujours en Europe : dans les secrets d'un court séjour privé
Depuis plus d’un mois, le chef de l’Etat dirige le Cameroun à partir de Genève en Suisse. Le calendrier de son retour au Cameroun reste pour l’instant flou. Tout ce qu’on sait est qu’il suivrait avec la plus grande attention la campagne électorale de la prochaine présidentielle en France. Décryptage.
Le Messager
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Depuis plus d’un mois, le chef de l’Etat dirige le Cameroun à partir de Genève en Suisse. Le calendrier de son retour au Cameroun reste pour l’instant flou. Tout ce qu’on sait est qu’il suivrait avec la plus grande attention la campagne électorale de la prochaine présidentielle en France. Décryptage.
 
Peut-être ce week-end, ou alors en début de semaine prochaine, Paul Biya pourrait (enfin) regagner le Cameroun. Mais comme dit une source proche du landerneau politique camerounais, « le boss est généralement imprévisible. Cela dépend de ses humeurs. Avec lui, il faut toujours être prêt à partir ou à rester encore longtemps. C'est-à-dire qu’il peut annuler son départ au dernier moment, alors que le dispositif du voyage retour est déjà mis en place ». De ce voyage présidentiel annoncé comme étant un court séjour privé, le petit peuple n’en sait pas grand-chose. Tout ce que l’opinion sait est que Paul Biya était rentré d’un séjour de plus de deux semaines dans son village natal, Mvomeka’a. Avant de prendre le chemin de l’Europe, avec femme et enfants, et quelques proches collaborateurs.

C’est finalement lorsqu’il a reçu en audience Madame Eilen Chamberlain Donahoe, représentante des Etats-Unis auprès du Conseil des Nations-Unies pour les droits de l’Homme, il y a quelques semaines, que les Camerounais ont su que leur président se trouve du côté de Genève en Suisse. Même si ce séjour genevois est perturbé par les revendications intempestives du Code qui soutient respectivement la jeune Vanessa Tchatchou dont le bébé a disparu dès sa naissance à l’hôpital Gynéco-obstétrique de Yaoundé, et  l’écrivain et homme politique Enoh Meyonmesse incarcéré dans des conditions troubles à la prison centrale de Yaoundé.

En fait, Paul Biya et les thuriféraires de son régime ont voulu tout simplement médiatiser cette audience et pavoiser en faisant dire à l’opinion internationale et nationale que « contrairement à ce qu’affirment des gens qui ne lui sont pas favorables, les Etats-Unis, 1ère puissance mondiale apprécient les avancées en matière des droits de l’Homme au Cameroun », pour reprendre un commentaire d’un politologue joint au téléphone par Le Messager.

Le cœur en France ?

Et depuis, c’est le silence sur ce que le président fait à Genève. Est-il en congé ? Que fait-il ? Qui reçoit-il ? Aucune autre nouvelle officielle.  Mais selon des sources bien introduites au sein du sérail,  Paul Biya aurait mis à profit son séjour à Genève pour prendre des contacts informels et secrets avec diverses personnalités de la classe politique française, en cette période de pleine campagne électorale pour la succession de Nicolas Sarkozy.

Les dits contacts auraient eu lieu au lendemain de la déclaration de candidature de l’actuel président français. Cette information n’a en tout cas pas été confirmée par une autre source diplomatique proche de l’ambassade du Cameroun à Paris que Le Messager a contacté. Mais ce que l’on sait généralement avec le maximum des faits historiques édifiants est que, depuis 50 ans que dure la souveraineté nationale camerounaise, les deux chefs d’Etat qui ont jusque là dirigés le pays du vénérable Ruben Um Nyobe, ont toujours suivi de manière fortement intéressée, les grands moments de l’élection présidentielle dans l’Hexagone.

On sait que Feu Ahmadou Ahidjo, le premier président du Cameroun qui selon un témoignage irréfutable du très regretté et célèbre écrivain Mongo Beti, dans son livre intitulé « Main basse sur le Cameroun », a été fait « roi » au Cameroun par la France colonialiste de Charles De Gaulle, Jacques Foccart et autres Louis Paul Aujoulat, a presque toujours apporté son appui multiforme à la droite française qui a régné alors qu’il était au pouvoir au Cameroun.  Son successeur, Paul Biya, au pouvoir depuis bientôt 30 ans, a toujours aussi eu des relations privilégiées avec les dirigeants français. Son entrée en règne correspondait avec l’arrivée au pouvoir en France de la gauche mitterrandienne. François Mitterrand a ainsi développé des connexions assez particulières avec le régime de Paul Biya, au point de dire du chef de l’Etat camerounais qu’il était «le meilleur élève » de la démocratie française transposée en Afrique.

Toutefois, Paul Biya qui, pendant les deux mandats de Jacques Chirac a fait un détour bien à droite, a conservé des relations fortes dans les milieux gaullistes. Notamment avec l’ancien Premier ministre Alain Juppé qui a toujours pris position en faveur du régime de Paul Biya dans les bons comme dans les moments difficiles. On peut donc supputer, en l’absence d’une communication présidentielle, que Paul Biya depuis l’hôtel Intercontinental de Genève, loin des regards indiscrets, a déjà pris langue avec soit ses amis de la droite, pour un éventuel soutien à Nicolas Sarkozy (qui semble revenir en force dans les sondages), soit alors avec ses anciens amis socialistes, tous héritiers de François Mitterrand. 

A ce propos, une source bien introduite auprès du sérail indique « qu’il serait assez troublant, face à la place qu’occupe la France aujourd’hui dans la géopolitique mondiale, que le président Biya se montre indifférent face à l’actuelle campagne électorale dans ce pays. Quelque soit le côté. Ce serait vraiment étonnant. Quoi qu’on dise, La France et le Cameroun ont des relations bien anciennes. Du moins, au niveau de leurs dirigeants. Avec des accords souvent très secrets, qu’on ne peut pas rompre aussi facilement que subitement».

Au final, On sait que c’est depuis l’Europe où il se trouve que Paul Biya a autorisé le ministre délégué à la présidence de la République chargé du Contrôle supérieur de l’Etat de traduire devant le Conseil de discipline budgétaire et comptable certains dirigeants des institutions étatiques. Tout comme avant cela, il a donné son feu vert pour la refonte électorale et les consultations du Premier ministre en vue de l’élaboration d’un code électoral.

Jean François CHANNON  

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