01/03/2012 13:58:02
Jean Nkuete : un patron en résidence politique... surveillée
Souvent ballotté par les vents des décrets aux quatre coins du gouvernement et de la haute administration, rien ne permet de penser que le nouveau secrétaire général du Rdpc à du coffre pour s’affirmer sur le terrain militant…Mais est-ce que son patron attend de lui ?
Le Messager
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille

Jean Nkuete

De secrétaire général du gouvernement du Cameroun en 1987 à l’exécutif numéro un du Rdpc, Jean Nkuete à la réalité a toujours été, au cours de son parcours, beaucoup plus  un homme de dossier qu’un militant de quelque cause que ce soit.

Secrétaire général du gouvernement ? Peu de Camerounais s’en souviennent aujourd’hui, tellement les gouvernements et les reformes se sont accélérés au lendemain du 6 avril 1984. En  1987, le président Biya décide donc, après avoir essayé plusieurs options, de créer en lieux et place d’un secrétaire général à la présidence, un secrétaire général du gouvernement aux fonctions administratives et en remplacement d’une direction du cabinet, une direction de la maison du président, aux fonctions politiques.

Nkuete devient officiellement secrétaire général du gouvernement. Dans la réalité, un  décret présidentiel signé mais qu'il ne fallait pas publier (!) lui donne les pleins pouvoirs politiques et administratifs. De cette  division artificielle des pouvoirs entre un directeur du cabinet présidentiel et un secrétaire du gouvernement est né  l'affaire de la publication « prématurée » du décret présidentiel fixant les attributions spéciales de Jean Nkuete, secrétaire général du gouvernement.

Cameroon tribune publie « sans autorisation » le dit décret. Jean Mboudou, alors directeur des rédactions  est au centre de l'affaire dite de « délégation de signature » qui l'emportera, en même temps que le directeur général de la Sopecam d'alors, Joseph Zambou Zoleko et le secrétaire général du gouvernement, Jean Nkuete.

Commence alors une longue « traversée du désert » du tout nouveau secrétaire du Rdpc, qui le conduira tour à tour à la Beac comme chef de l’agence de Douala (1988-1999) et à la tête du secrétariat exécutif de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Cemac) à Bangui (1999-2006) ;

Si Jean Nkuete a toujours été dans le sérail du parti au pouvoir (Membre du Comité central de l’Unc  jusqu’en 1985, secrétaire adjoint aux affaires économiques, sociales et à l’emploi du Rdpc),  il entre  au Bureau politique à l’issue des assises du 3e congrès ordinaire des 15 et 16 septembre dernier.

Aujourd’hui Nkuete sort du gouvernement pour s’occuper de l’exécutif du Rdpc. Mais pourquoi lui, pour remplacer Sadi dont le destin présidentiel était déjà inscrit sur les tablettes de la rumeur ? De l’avis de plusieurs observateurs, la promotion de ce proche et fidèle du président national n’est donc pas le fait du hasard, puisqu’il a la parfaite maîtrise des arcanes du parti.  D’autres font remarquer que malgré la méfiance, voire la défiance qui existe entre l’ouest et le pouvoir depuis l’élection présidentielle de 1992, où Biya n’avait eu que 10% des suffrages exprimés en sa faveur  dans la région avec cette fois ci  le bond en avant de l’ouest qui a plébiscité le candidat Biya à la dernière présidentielle, un fils de l’ouest reçoit  la récompense de l’engagement tardif de la région aux idéaux du Rdpc.

Un fils de l’Ouest ? Jean Nkuete aujourd’hui âgé de 67 ans est originaire de Balessing, dans l’arrondissement de Penka Michel, à cheval entre la Menoua et le Bamboutos, crée de toutes pièces par l’armée pour contrer la rébellion, dans sa politique de regroupement des villages épars au temps du maquis, à la veille de l’indépendance.

Le nouveau secrétaire général du Rdpc, issu d’une minorité sociologique du département de la Menoua,  n’a jamais brillé  comme militant actif du Rdpc dans la région. C’est maintenant qu’il doit se faire un nom face aux dinosaures de toujours, qui gravitent principalement dans la grande Mifi, auxquels il faut ajouter Mbombo Njoya, diminué politiquement dans le département du Noun par la déferlante de l’Udc et Niat Njifendji, dont la perte d’influence dans le Ndé est évidente depuis qu’il n’est plus aux affaires. A côté, des jeunes loups aux dents longues comme joseph Confiance Fongang, président de la section Rdpc de la Mifi Ouest et Claude Feutheu, député Rdpc du Ndé, ne souhaiteraient pas voir ce qu’ils considèrent comme un « bleu sans mandat électif », venir marcher sur leurs plates bandes, tout patron du Rdpc qu’il soit.

Tout meeting politique d’envergure, qui soit un rassemblement de cœur et non de raison  passe par ceux là et bien d’autres moins en vue dans le Haut Nkam, le Noun et le Bamboutos. Le défi de Jean Nkuete consistera dont à rallier « ses frères »  militants de l’intérieur, les élites auxquels il faut ajouter les chefs traditionnels de plus en plus diminués sur le terrain politique partisan

Jean NkueteTémoin, cette lettre ouverte signé Albert Ndzongang à l’adresse des chefs traditionnels de l’Ouest : «(…) Le comble est que pendant que les mamans brûlaient au soleil sur la place des fêtes à Bafoussam, que vos Majestés étaient parquées dans une tribune, que les voyageurs de l'Ouest étaient cloués sur place, tous les bus étant loués pour le rabattage des troupes, Monsieur le Grand Secrétaire Général dont on était censé célébrer la «promotion», était absent, et pour cause! Il avait choisi d'aller assister à une cérémonie pareille, organisée par son prédécesseur René Sadi dans son village du Mbam, démontrant ainsi, échelle de la hiérarchie oblige, que le Ministre de l'Administration Territoriale et de la décentralisation est au dessus de lui ».

Ndzongang, tel un éléphant dans un magasin de porcelaine, a mis le couteau dans la plaie parlant de Nkueté : « Il a, à cette occasion, méprisé le peuple de l'Ouest comme il l'a toujours fait. C'est bien à lui que les chefs parlent quand ils disent «Les élites politiques doivent savoir qu'elles sont les porte-parole des populations de notre région auprès du Chef de l'Etat et du gouvernement. Elles devraient désormais exprimer clairement et entièrement les problèmes et les aspirations de ces populations et non les déformer ou les faire pour soi-disant préserver leur poste ».
 
Jean Nkuete a donc du pain sur la planche, non seulement pour conduire le Rdpc à la victoire lors des prochaines consultations, mais aussi pour s’affirmer politiquement dans sa région tout en donnant au parti un nouveau départ…à l’Ouest. Mais le pourra-t-il ? Homme de cabinet comme son prédécesseur certes, mais avec une difficulté de communication contrairement à René Sadi qui avait pris goût au jeu et commençait à être crédité d’un certains charisme.

 
Souvent ballotté par les vents des décrets aux quatre coins du gouvernement et de la haute administration, rien ne permet de penser que le nouveau secrétaire général du Rdpc à du coffre pour s’affirmer sur le terrain militant…Mais est-ce que son patron attend de lui ? D'un coté comme de l'autre, au secrétariat général du comité central, il est comme un patron en résidence ...surveillée. Aucune erreur ne lui sera alors pardonné, surtout à l'ouest.
 
Edouard Kingue

Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE