02/03/2012 03:04:31
Consultation la Primature. L'imposture du gouvernement camerounais
De nombreux manquements ont émaillé la série de consultations effectuée par le Premier ministre Philémon Yang.
Le Messager
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De nombreux manquements ont émaillé la série de consultations effectuée par le Premier ministre Philémon Yang.

Sur instruction du président de la République Paul Biya, le Premier ministre chef du gouvernement, Philémon Yang a procédé lundi et mardi derniers, à des consultations en vue de l’élaboration d’un code électoral unique au Cameroun. A l’occasion, des leaders des partis politiques représentés à l’Assemblée nationale (Mp, Undp, Sdf, Udc et Rdpc), les représentants de la communauté universitaire et de la société civile, les chefs de confessions religieuses et certains organismes spécialisés de l’Etat tels que Elecam et le Comité national des droits de l’Homme et des libertés (Cndhl) ont ainsi été reçu par le chef du gouvernement.

Ceci, en vue de faire des propositions concrètes pouvant permettre de moderniser le système électoral camerounais à travers un code unique. Mais quelques curiosités ont émaillé ces consultations, mettant à nue l’imposture du gouvernement. Par exemple : Aucun document initial n’était porté à la connaissance des personnalités consultés. Pourtant, une consultation de ce genre nécessite un travail préalable sur la mouture proposée par le gouvernement. Les leaders de l’opposition se sont contentées, par conséquent, de rester évasifs, surtout que des restrictions étaient imposées sur les points à amender. Tous les articles ayant par exemple trait à la Constitution étaient  épargnés des débats.

D’où la décision du Social democratic front (Sdf), de se contenter de remettre sur la table les 11points proposés à l’Assemblée nationale, il y a quelques années. Les observateurs avertis de la scène politique camerounaise ont même vite fait de considérer ces consultations comme une partie de plaisir pour ces hommes politiques qui ont plutôt profité de l’occasion, pour connaître l’état de santé de la famille du chef du gouvernement.

L’autre curiosité est liée à la qualité des personnalités ayant accompagné le Premier ministre tout au long de ces consultations. En plus de Laurent Esso, le ministre d’Etat, ministre de la Justice et garde des sceaux, l’on a pu remarquer les présences d’Emmanuel René Sadi le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation, ainsi que celle de son collaborateur Jules Doret Ndongo.

Un signal fort qui cache mal la volonté du gouvernement de se réapproprier l’organisation des élections au Cameroun. Ceci est d’autant plus clair que même Samuel Fonkam Azu’u le président d’ Elecam a été appelé pour donner sa contribution à l’élaboration de ce nouveau code électoral. Certaines indiscrétions indiquent d’ailleurs que le projet de loi portant sur le nouveau code électoral serait déjà élaboré et n’attendrait plus que le début de la prochaine session qui s’ouvre en principe lundi prochain (05 mars 2012), pour le soumettre à l’appréciation des députés. Pourquoi donc « déranger » les pauvres leaders d’opinion alors que leurs contributions ne seront pas prises en compte ?

Motivation

Ce « dérangement » doit peut-être se comprendre car il est question de montrer à l’opinion publique nationale et internationale, que le texte qui va être soumis à l’appréciation des députés est l’œuvre du consensus. A la sortie de chaque délégation de la salle d’audience, un protocole mis sur pied pour la circonstance à la primature invitait les personnes consultées à faire un arrêt au 4ème étage de l’immeuble étoile. Ceci, en vue de prendre un peu d’argent pour le carburant.

Un leader de l’opposition bien connu de la scène, qui a pris trop de temps à s’adresser à la presse, a vu son enveloppe atterrir entre les mains en public. C’est après qu’il est allé émarger dans les couloirs, sous l’œil des cameras. Des sources révèlent que lors des consultations similaires à Elecam, chaque leader recevait 100.000 Fcfa pour son carburant. Mais à la Primature, le montant n’a pas été révélé. Toujours est-il que le « grand » Premier ministre, chef du gouvernement n’est pas quand même le « petit » président d’Elecam.

Joseph Flavien KANKEU

Focal. Tout ça... pour ça !
Les personnes consultées  en 2005 par le Premier ministre, Inoni Ephraim dans le cadre de la préparation de la mise en place d’Elections Cameroon (Elecam) et appelées à nouveau parmi les « élus » en vue de l’élaboration du Code électoral unique au Cameroun, les 27 et 28 février 2012 ont du s’écrier : « rebelote ! ». Car comme en 2005, elles ont été invitées par le chef du gouvernement actuel. Elles  ont honoré tout naturellement l’invitation ; ont écouté les membres du gouvernement faire acte de bonne volonté pour que « les choses s’améliorent en matière électorale » ; n’ont eu qu’un moment pour glisser quelques suggestions. Mais n’ont pas eu accès à la mouture du Code électoral préparé par le gouvernement ; n’ont pas su quel est le timing de la préparation du texte qui doit être présenté aux députés de la nation.

Aussi est-il  fort à parier que comme un matin de l’année 2006 (année au cours de laquelle le projet de loi portant création et fonctionnement d’Elecam a été soumis aux députés), les personnalités consultées crient à nouveau à l’imposture du gouvernement lorsqu’ils découvriront un texte de loi, complètement en déphasage avec les propositions faites pourtant  sous les feux projecteurs. Car, au moment où elles foulaient le sol de « l’immeuble Etoile » pour les dites consultations, le texte était déjà prêt comme le signalait Le Messager dans son édition n° 3540 du vendredi 24 février 2012. Une autre escroquerie politique en soit !

Rodrigue N. TONGUE

 

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