07/03/2012 02:05:05
Douala. Un malaise paralyse le collège Alfred Saker
Des enseignants à l’origine de la grogne…et le principal qui crie à une cabale ourdie par des forces tapies dans l’ombre. L’enquête du Messager.
Le Messager
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Des enseignants à l’origine de la grogne…et le principal qui crie à une cabale ourdie par des forces tapies dans l’ombre. L’enquête du Messager.

C’est depuis l’année scolaire dernière que le fleuron de l’enseignement confessionnel de l’Eglise évangélique du Cameroun crée en 1958, est enclin à un profond malaise. Le point culminant s’étant produit hier mardi 6 mars. Un quatuor d’enseignants « inquiets » a décidé de sceller les portes des salles de classe de troisième et terminal G2. Empêchant ainsi le bon déroulement des cours dans cette institution scolaire.

Il est 8 heures au collège Alfred Saker de Deido. L’enceinte de l’établissement connait un spectacle peu ordinaire. Les élèves qui, d’ordinaire, sont en pleine séance de cours, déambulent encore dans la cour de récréation. L’entrée est strictement interdite à tous visiteurs. Le portail est fermé. Seuls les personnels et élèves ont accès au site. Tout juste à l’entrée du portail des gendarmes de la brigade de Déido veillent au grain. Ces enseignants, précise le Rev. Robert Kong, principal du collège, protestent contre le licenciement de leur collègue (Mbouya) et revendiquent en outre une augmentation de 5% de leur salaire. Pour calmer les esprits et faire reprendre les cours, le délégué régional des enseignements secondaires pour le Littoral Jean Jules Ebongue Ngoh et Jean-Marc Ekoa Mbarga sous-préfet de l’arrondissement de Douala 1er ont dû jouer aux sapeurs pompiers en présidant une réunion de crise rassemblant les principaux intéressés et le directeur national des enseignements de l’Eglise Evangélique du Cameroun.

En dehors de cet incident, on se souvient qu’en 2011, le collège a été une fois de plus secoué par cette intrigue mettant aux prises un enseignant à une élève de Terminale au sujet d’un téléphone portable. Conséquence, l’enseignant de français, Roupert Ndoumb’A Beke qui, au moment des faits affiche quatorze années au compteur passées dans ce collège, est ni plus ni moins, saqué de l’établissement. L’affaire portée en justice s’est soldée par un verdict (rendu public mardi 28 février 2012 par le tribunal de grande instance du Wouri) qui déboute l’enseignant de français et donne raison au collège non sans avoir porté un sérieux coup à la sérénité. Plusieurs ont cru que la tempête était passée.

Que nenni ! Le 15 février 2012, une « grappe d’enseignants» comme le désigne le Révérend Robert Kong, le principal du Collège Saker, pond une « lettre d’information » à l’attention du ministre du Travail et de la sécurité sociale. Dans cette missive, le « collectif d’enseignants inquiets » dénonce une série de griefs qui, à en croire le document dont Le Messager a eu copie, « provoque la précarité et les mauvaises conditions de travail devenues de plus en plus insupportables.»

« Un principal fantoche »

Résultat, écrivent-ils, «entre 2010 et 2012, il y a eu l’effritement de l’espoir d’une collaboration franche et sincère avec la nouvelle administration (allusion faite à l’arrivée à la tête de l’établissement du Rév. Kong, Ndlr).» Cet effritement a entre autre corollaire : « l’absence d’un cadre d’échanges permanents, l’institution d’une gestion reposant sur les ragots, la suspicion, l’escalade de la logique de la violence (…) et des sanctions arbitraires et abusives.» Ces sanctions abusives et arbitraires ont connu leur paroxysme avec « le licenciement infondé, sans préavis et en milieu d’année scolaire de M. Georges Mbouya, professeur de mathématiques en poste depuis treize ans.»

Rendu au collège Alfred Saker sis à Bonamoudourou-Deido à Douala, mercredi 29 courant, Le Messager a pu se rendre compte que les enseignements y sont dispensés dans le calme. Dans le bloc administratif, c’est le train quotidien. Dans un coin de la cour de récréation, des enseignants devisent. Ils ne veulent pas se prononcer sur la question en indiquant que seul le principal a compétence.

Le Rév. Robert Kong, sans langue de bois, reconnait que « cette grappe d’enseignants est un véritable caillou dans la chaussure de l’administration. Une véritable gangrène» Mais de rassurer en s’inspirant des Saintes Ecritures, «tout est mis en œuvre pour séparer le bon grain de l’ivraie.» En réponse à la lettre d’information qu’il taxe de « tract », le professeur de Systématique et de philosophie est catégorique : « Il y a jamais eu de crise au sein de l’établissement dont j’ai la charge. Ce groupuscule qui est au demeurant manipulé par une certaine hiérarchie de l’enseignement au sein de l’Eglise, énonce des plaintes dénuées de tout fondement. Ils veulent porter atteinte à la réputation du collège.»

Et d’ajouter « ils n’y parviendront pas, nous avons tous les moyens légaux pour mettre fin à cette rébellion d’un autre genre.» Pour le principal, cette frange de la hiérarchie qui lui en veut, avait des desseins inavoués à son arrivée à la tête de l’établissement. Accusant, «cette personne voulait faire de moi un principal fantoche afin de gérer à ma place.»

Prise de responsabilité

En ce qui concerne le cas Mbouya, le chef d’établissement retire de son tiroir une chemise : « Après un conseil de discipline convoqué selon les règles de l’art et au cours duquel l’intéressé n’a pas daigné présenter des excuses à sa hiérarchie malgré l’insistance de l’assistance. Cet homme a été dûment licencié pour faute lourde et notifié par voie d’huissier.» Cette faute lourde porte sur le détournement de fonds alloués à l’achat des livrets scolaires d’une partie d’élèves de classe de première et escroquerie. Selon une reconnaissance de dette dont Le Messager a eu copie et signée par Georges Mbouya, une dame lui réclame cinq cent cinquante mille francs (550.000 Fcfa). Mieux, ce dernier suivant les propos de son ex-patron, a fait montre de mépris envers non seulement la hiérarchie du collège mais envers le délégué départemental des Enseignements secondaires en visite dans cet établissement. Toutes choses qui ont participé à l’arrêt de son contrat.

Devant cette partie de ping-pong qui n’honore par l’Eglise évangélique du Cameroun, véritable hiérarchie du Collège Alfred Saker, l’urgence s’impose. Pour restaurer le calme, la sérénité et l’enthousiasme nécessaires à l’épanouissement d’un établissement scolaire de cette trempe, elle doit prendre ses responsabilités et assainir toute la chaîne administrative de l’enseignement pour le bien des élèves et parents qui n’en demandent pas plus.

Jacques Willy NTOUAL

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