09/03/2012 01:47:03
Libye. Les autonomistes de l'Est peuvent-ils réussir ?
La spectaculaire déclaration d'autonomie de la Cyrénaïque le 6 mars peut déboucher sur la désintégration de la Libye, comme elle peut aboutir au renforcement du Conseil national de transition (CNT). Analyse des forces en jeu.
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La spectaculaire déclaration d'autonomie de la Cyrénaïque le 6 mars peut déboucher sur la désintégration de la Libye, comme elle peut aboutir au renforcement du Conseil national de transition (CNT). Analyse des forces en jeu.

En appelant à un retour au fédéralisme (en vigueur jusqu'en 1963), le président du haut conseil de transition de Brega, Ahmed Zoubaïr Al-Senoussi, cousin de l'ancien roi Idriss Senoussi et membre du CNT, a fortement déstabilisé le déjà très fragile patron du conseil, Mustapha Abdeljalil.

Mais ce dernier a contre-attaqué aussi sec depuis Misrata, la ville-symbole de la résistance contre Mouammar Kadhafi, où s'est forgé l'esprit de la révolution. Il a immédiatement menacé de recourir à la force contre les "autonomistes".

Un blocus sur la Cyrénaïque (gel des salaires des fonctionnaires, etc.) est évoqué. Le temps joue en la défaveur du CNT : les autonomistes appellent à bouder de facto l'élection de l'Assemblée constituante, le 23 juin. Ce boycott, s'il est suivi, pourrait entériner la partition.

Abdeljalil va donc jouer sur deux tableaux dans les semaines à venir. A l'international, il vient de recevoir l’appui de l’Egypte, qui a proclamé son attachement à l’unité de la Libye, tout comme l'Organisation de la coopération islamique, contrôlée par l’Arabie Saoudite. Or l'Est libyen est économiquement très dépendant de l'Egypte. Le Caire devrait aussi œuvrer en sous-main pour modérer l'influence du Qatar, qui attise la flamme sécessionniste. Abdeljalil a aussi reçu le soutien, déterminant, d'Ibrahim Dabbashi, le représentant libyen à l’ONU, originaire de Benghazi ; il avait joué un rôle-clé dans l'adoption de la résolution 1970, le 26 février 2011.

Sur le plan intérieur, le patron du CNT a aussi entrepris de rallier autour de lui les différentes milices pour rappeler aux "sécessionnistes" qu'ils n'ont peut-être pas les moyens militaires de leurs ambitions. Premier acte fort : les miliciens de Zintan viennent de remettre l'aéroport de Tripoli au ministère de l’intérieur. De son côté, le conseil local de Misrata devrait transférer la semaine prochaine au CNT le contrôle des infrastructures portuaires, aéroportuaires et des checkpoints terrestres. Ce qui devrait forcer les Berbères, qui contrôlent les points de passage avec la Tunisie, à se positionner à leur tour. Cercle vertueux ?

Les pétroliers sur le qui-vive  
  
A peine rétablie, en un temps record, un an après le début de la crise, la production nationale de brut libyen va-t-elle de nouveau flancher ?

C'est ce que craignent les compagnies pétrolières depuis la soudaine déclaration d'autonomie de la Cyrénaïque le 6 mars, qui s'est immédiatement suivie de menaces de recours à la force des autorités du Conseil national de transition (CNT) à Tripoli. La région Est libyenne recèle la majorité des ressources en pétrole du pays. S'y trouvent le bassin de Cyrénaïque, mais surtout le bassin de Syrte et son très complexe réseau de champs pétroliers - au moins une vingtaine -, dont les actifs stratégiques de Waha et de Sarir.

Les grands producteurs d'hydrocarbures, au premier chef desquels l'italien ENI (dont le gros des actifs se situe en Cyrénaïque), redoutent une nouvelle instabilité juridique de leurs titres, voire une renégociation de leurs concessions avec de nouvelles autorités autonomistes.
  
Côté évacuation portuaire, les terminaux stratégiques de Marsa al-Harigah, Benghazi, Zueitina, Ajdabiya et Marsa al-Brega se trouvent en Cyrénaïque, mais pas ceux, tout aussi incontournables, de Ras Lanuf et Sidrah.

 

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