13/03/2012 01:01:56
Filtre économique. Tell Me... Monnaie et inféodation
Alors que beaucoup y voient un indicateur de mesure de l’ascension sociale, un instrument fort de la politique économique, la monnaie pour certains  peuples rime avec dépit, désespoir voire condamnation. Comment en est-on arrivés là ?
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Alors que beaucoup y voient un indicateur de mesure de l’ascension sociale, un instrument fort de la politique économique, la monnaie pour certains  peuples rime avec dépit, désespoir voire condamnation. Comment en est-on arrivés là ?

Pendant que les économies fortes se tutoient au travers de leurs monnaies  respectives, celles du continent noir, retiennent leur souffle, taisent leurs aspirations, étouffent  leur liberté.

Pendant que la monnaie jaune…. Pardon celle de la Chine multiplie des prouesses de gymnastique et émeut le monde, la nôtre, raide et inerte comme un corps sans vie n’inspire qu’indifférence et convoitises.

Si nous suivons avec fierté l’actualité de l’Euro, de la livre Sterling et du Yuan, c’est parfois avec dépit que nous sommes rattrapés par la dure réalité qui fait du Fcfa « notre monnaie » si tant est qu’elle est la nôtre !

Le Fcfa pourrait-il devenir un instrument d’émergence ? boulet ou véritable levier économique ?
Si elle est universellement connue comme tout moyen permettant de régler immédiatement et définitivement un échange ou une créance, la monnaie est supposée assurer trois fonctions majeures :

Instrument  de mesure de valeur

A la grande différence d’avec les économies de troc, l’introduction de la monnaie permettait de rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande d’un bien autour d’un prix , librement défini ou convenu pour effectuer un échange.
Les économies dites de marché ont d’ailleurs conçu que la formation transparente des prix par la seule loi de l’offre et la demande constituait une exigence de la libre concurrence.

Peut-on dire du Fcfa qu’il est à ce titre une monnaie à proprement parler ?

La colonisation a été le vernis fort grâce auquel la France a en toute impunité mis en place les mécanismes de pillage des ressources africaines.

Les ressources naturelles du continent n’ont jamais fait l’objet d’un prix, mais plutôt « d’accords de coopération » avec comme destinataire et bénéficiaire exclusif la France.

La foultitude de barrières qualitatives érigées sous le couvert de l’Omc a permis au colonisateur dominateur de continuer de fixer unilatéralement le « prix » des matières premières, sans jamais se référer à la réalité de l’offre et de la demande, biaisant de facto la fonction première de toute monnaie, laquelle devenait tout juste un artifice, un mirage. 

Instrument d’échange.

Scandale économique et éthique, quand on  sait que les termes de l’échange sont depuis Mathusalem en déséquilibre structurel, en faveur de la France et au détriment des colonies, induisant ainsi un déficit insoluble de la balance commerciale des Etats africains, condamnés à faire la manche, superposant dettes sur dettes dans l’espoir utopique de résorber leurs insuffisances et de retrouver une compétitivité jamais connue et … inaccessible.
D’ailleurs, les accords monétaires qui ont institué le fameux Fcfa reposent entre autres choses sur la sacro sainte règle de  la libre circulation des capitaux entre la France et les pays africains de la zone franc du fait de l’arrimage de la « monnaie africaine » à celle de la France, maintenant l’Euro.

Si aux yeux de certains cette identité est flatteuse, il reste vrai qu’en économie, la parité d’une monnaie devrait reposer sur la vitalité de son  économie, elle devrait être le reflet de la consistance des termes de l’échange entre les deux pays. Rien à voir  dès lors avec ces parités unilatéralement définies dans des salons feutrés de l’hexagone et dont la motivation clairement exprime est d’asservir, d’éteindre la mèche de lin qui fume.
Le déphasage abyssal entre la structure des économies européennes et africaines est tel que l’arrimage « volontaire » à l’euro est une condamnation éternelle à rester à la traîne, à mendier et à personnifier la misère du monde.

Faut-il le rappeler, une monnaie forte comme  l’est le franc Cfa est un frein à l’éclosion économique, car elle réduit le pays à importer,  sans pouvoir exporter sa production nationale.

Quoi de surprenant que  nos pays soient de beaux réceptacles  de produits étrangers ?

Instrument de réserve de valeur

La monnaie devrait irriguer le flux d’épargne nationale ; or dans des économies fortes, cette épargne est le vecteur du financement de l’économie, ressources disponibles recyclées par le secteur bancaire pour octroyer des crédits aux agents à déficit de trésorerie.

A ce sujet, il est triste de constater que là encore, le colon avait tout prévu, car les accords prévoient que 50% des réserves de change soient immobilisés  gratuitement sur le compte du trésor français.

Cette trésorerie morte est une ponction sur la masse monétaire en circulation, car elle en représente une contrepartie, oui, une contrepartie non saisissable car affectée à l’économie coloniale, en guise de reconnaissance, de soumission de vassalité, alors même que notre économie manque cruellement de ressources et que les entreprises nationales  sont obligées d’emprunter à des taux usuraires et parfois en….devises !!!!

La monnaie des ex-colonies a bien été pensée ….par le colonisateur, car lors de  ces échanges,  comme toujours, nous étions absents, trop occupés par nos querelles intestines destinées à ériger le nouveau dictateur celui qui sera  disposé de surcroît à payer éternellement le prix de la vassalité.

La monnaie, nous n’en avons pas, bien que disposant d’un instrument factice  réservé aux peuples non civilisés et dont la survie est tributaire d’un tuteur , mieux d’un curateur blanc.  Rien d’étonnant à ce que nous ne pesions que pour une couche d’air sur la balance des échanges internationaux, rien d’insultant si la nomenclature internationale qualifie « nos monnaies » de X franc d’Afrique , oui, X, la variable utilisée par mon fils pour désigner les inconnues d’une jeune équation mathématique.

C’était mardi, il nous en reste encore 42, à Mardi.

Francis Olivier Epounde
Economiste- Expert Financier cabinet 3A
Cell  77 72 13 03  ou 94 85 07 20

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