15/03/2012 01:27:30
Cameroun. Abus de fonction: Tsimi Evouna défie la loi!
Abus de fonction.Alors qu’une décision de justice le lui interdit formellement, « le super maire » de la capitale continue de spolier les terrains appartenant au frère cadet de l’un des ses prédécesseurs. La veuve et la succession de Emah Ottou ne savent plus à quel saint se vouer.
Le Messager
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Tsimi Evouna

Abus de fonction. Tsimi Evouna fait main basse sur les terrains de feu Emah Ottou E.P.P.W.

Alors qu’une décision de justice le lui interdit formellement, « le super maire » de la capitale continue de spolier les terrains appartenant au frère cadet de l’un des ses prédécesseurs. La veuve et la succession de Emah Ottou ne savent plus à quel saint se vouer.

Il faut se rendre au quartier Etetak à Yaoundé pour mesurer le degré de désespoir de la veuve Emah Ottou Edin PPW, née Ngo Nlogmo Marie Claire. « Je ne sais plus ce que je dois faire. J’ai saisi la Justice camerounaise. Elle m’a donné raison. Mais le délégué Tsimi Evouna continue de faire occuper illégalement mes terrains qui sont l’objet de titres fonciers bien acquis par mon défunt époux. Dois-je aussi aller jusqu’à écrire au chef de l’Etat pour lui dire que le délégué Tsimi Evouna est en train d’arracher brutalement et injustement mes terrains, alors que la Justice camerounaise a fait son travail ? »

En se confiant ainsi à son avocat, Me Christian Bissou, la veuve Emah Ottou traduit en réalité la profondeur de son amertume face à l’un des derniers biens de son défunt époux qui sont ainsi arrachés. Le terrain querellé est une surface de près de 6 mille m2 qui fait l’objet du titre foncier n° 6542, au nom de Emah Ottou Edin PPW, et localisé au quartier Etetak. C’est sur cet espace que sur instruction personnelle du délégué du gouvernement Gilbert Tsimi Evouna, les services techniques de la Communauté urbaine de Yaoundé (Cuy) ont construit sans aucun titre de propriété, un ensemble de magasins à usage commercial.

Tsimi EvounaLorsqu’en 2008, la Cuy a commencé les travaux, les membres de la succession d’Emah Ottou Edin PPW, frère cadet du défunt délégué du gouvernement Emah Basile et homme politique bien connu, ont décidé de saisir par écrit le délégué Tsimi Evouna, qui s’était ainsi emparé brutalement de leur patrimoine foncier. « De sources bien avisées et au vu des aménagements récemment observés, nous apprenons qu’une partie d’un de nos terrains (Titre foncier 6542) servira prochainement de « bretelle » entre le carrefour Etetak et le carrefour Mvog Betsi. (…) Pris au dépourvu et ne pouvant nous opposer à votre imposante décision, nous vous serions reconnaissants de bien vouloir satisfaire au dédommagement de la partie à exploiter par la communauté urbaine au profit de la succession Emah Ottou », écrit Eric Emah Ottou, tête de fil de la succession Emah Otu Edin PPW.

En réponse, Gilbert Tsimi Evouna demande à la succession Emah Ottou de produire le titre foncier en question, et de circonscrire le lieu où la construction de la liaison du carrefour Etetak et du carrefour Mvog Betsi aurait empiété. Ce qui est fait dans l’immédiat par la succession Emah Ottou en vue d’arriver à un dédommagement régulier. Seulement, au lieu de recevoir la veuve Emah Ottou et la succession dans leur demande, le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé garde d’abord un silence méprisant. Puis, après que la veuve Emah Ottou ait multiplié des passages à la Cuy, Gilbert Tsimi Evouna lui fait dire que pour tout dédommagement, il concède à lui offrir deux magasins sur l’ensemble de la cinquantaine déjà construites. Refus catégorique de la veuve Emah. Tsimi Evouna lui tourne alors le dos, et fait continuer allégrement les travaux sur le site, sans avoir obtenu la moindre décision d’expropriation.

Une décision de justice ignorée

En août 2011, la succession Emah Ottou Edin PPW décide de saisir le tribunal de première instance de Yaoundé centre administratif pour obtenir la suppression des travaux du marché que le délégué du gouvernement auprès de la Communauté urbaine de Yaoundé était en train de faire exécuter sur son patrimoine foncier. L’affaire reste encore pendante devant cette juridiction et sera rappelée ce jour 15 mars 2012.

Mais non content d’avoir déjà entrepris ainsi cette violation flagrante de propriété, au début du mois de février 2012, le délégué Tsimi Evouna a demandé aux ouvriers qui travaillent sur ce chantier de traverser la route pour aller occuper un autre terrain, objet d’un titre foncier appartenant toujours à feu Emah Ottou Edin PPW, pour y faire construire un parking. En fait c’est la devanture du domicile de feu Emah Ottou qui se retrouve ainsi violée. Les conseils de la veuve Emah Ottou vont immédiatement saisir le juge de référé dans l’espoir de voir les travaux s’arrêter.

Fort heureusement pour elle, le 10 février 2012, le juge de référé va ordonner l’arrêt des travaux entrepris par la Communauté urbaine de Yaoundé sur instruction personnelle du délégué Gilbert Tsimi Evouna, sous astreinte de 100 mille Fcfa par jour de retard. Malgré cette décision de justice qui a été rendue en présence de Me Odile Mballa Mballa, avocat de la Cuy, et qui a été signifiée personnellement à Gilbert Tsimi Evouna, depuis environ une semaine, sans aucun titre de propriété, la Cuy a repris les mêmes travaux sur le site appartenant à feu Emah Ottou Edin PPW comme l’a régulièrement fait constater la veuve Emah et les membres de la succession de son défunt époux. Pour Me Christian Bissou, qui dit comprendre l’amertume de la veuve Emah Ottou qui passe maintenant ses journées à pleurer, « on est là dans l’anarchie ».

A La Communauté Urbaine où Le Messager s’est rendu pour comprendre le sens de la démarche de la Cuy, un haut responsable proche du délégué Tsimi Evouna a dit ne pas vouloir commenter une affaire encore pendante devant les tribunaux.

Jean François CHANNON

Tsimi Evouna veut-il se venger de ses frustrations d’autrefois ?

Il est connu de tous les contemporains de Yaoundé que du temps où Emah Basile était le tout puissant délégué du gouvernement et homme politique de premier plan du Mfoundi, un homme nommé Gilbert Tsimi Evouna était pratiquement inconnu du grand public. Les plus méchants disent même qu’il était à la fois « insignifiant et ignoré » au sein du landerneau politique local. Originaire de la famille Angok, l’une des toutes petites tribus assez inconnues dans le Mfoundi, Tsimi Evouna doit son entrée dans le sérail à…Emah Basile.

Dans sa volonté de faire du Mfoundi un grand bastion politique du Rdpc, un peu comme feu André Fouda, son prédécesseur l’avait fait du temps de l’Unc avec le président Ahmadou Ahidjo, Emah Basile, en patriarche respecté, et faiseur d’hommes politiques dans le Mfoundi, avait alors ratissé large, en donnant à tous et à chacun une place dans le sérail. C’est ainsi qu’est arrivé à la Communauté urbaine de Yaoundé, comme premier adjoint, Gilbert Tsimi Evouna. Ancien haut fonctionnaire de l’Etat camerounais, l’homme venait de prendre sa retraite et s’était installé dans son fief de Nkolbisson. A la mort de Emah Basile, alors que les grandes familles de Yaoundé, dont les Mvog Tsoung Mballa principalement, qui comptent en leur sein les Mvog-Ada, les Mvog Betsi (tribu de feu le délégué Emah Basile), et autres Mvog Atemengue, qui disent être les légitimes propriétaires de Yaoundé, ont commencé à s’affronter pour la succession du « vieux » dans des luttes fratricides.

Paul Biya est allé chercher un homme de la périphérie de Yaoundé. C’est Nicolas Amougou Noma qui a été nommé comme délégué du gouvernement auprès de la communauté urbaine de Yaoundé. Originaire du grand groupe Bene (que les natifs de Yaoundé appellent péjorativement les « Ewondos de la brousse ») et de la grande famille Mvog Manga, Nicolas Amougou Noma va gérer de main de maître la Communauté urbaine de Yaoundé, ignorant pratiquement l’existence de tous ses adjoints dont un certain Gilbert Tsimi Evouna. Son décès survenu subitement au milieu des années 2000 fera une fois de plus renaître les luttes de positionnement entre les fils du Mfoundi.

Des lobbies vont ainsi se former pour que ce soit le vieux feu Owona René, autochtone de Yaoundé, alors 3è adjoint au délégué du gouvernement qui assure l’intérim. Mais les instructions viendront de la présidence pour que ce soit Gilbert Tsimi Evouna qui assume cet intérim. Il sera d’ailleurs confirmé quelques temps après. Une fois à la tête de la Communauté urbaine, Tsimi Evouna se serait-il souvenu de toutes les frustrations, quelques fois méprisantes qu’il aurait autrefois vécues au point de vouloir se venger à sa manière de toutes les « grandes familles de Yaoundé » ?

Certains vont jusqu’à le croire au regard de l’acharnement qu’il mène aujourd’hui contre la famille de son prédécesseur et ancien mentor, Emah Basile. La brutalité avec la laquelle il entreprend des casses sur des sites appartenant foncièrement à des notables de Yaoundé conforte dans cette pensée en tout cas. On pense notamment au quartier Ntaba aujourd’hui disparu, et dont le site fait l’objet d’un titre foncier appartenant au défunt Mballa Bounou, qui fut une des grandes figures de la notabilité d’Ongola. Aujourd’hui, c’est la famille Emah Ottou Edin PPW qui est spolié par une action de Tsimi Evouna à la Cuy. Demain à qui le tour ?

Jean François CHANNON

 

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