16/03/2012 02:16:57
Cemac. Les raisons qui plombent l'intégration en Afrique centrale
Selon certains responsables de l’administration camerounaise, il s’agit ni plus ni moins de l’égoïsme et de l’égocentrisme des Etats membres de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale.
Le Messager
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CEMAC

Selon certains responsables de l’administration camerounaise, il s’agit ni plus ni moins de l’égoïsme et de l’égocentrisme des Etats membres de la Communauté économique et monétaire d’Afrique centrale.

L’intégration au sein de la Communauté économique et monétaire des Etats de l’Afrique centrale (Cemac) est-elle un serpent de mer ? On en a bien l’impression. Au moment où cette communauté composée de 6 pays, dont le Cameroun, s’apprête à célébrer la 4e édition de la journée qui lui est consacrée, la principale interrogation repose sur la libre circulation dans cet espace. Elle était d’ailleurs au centre d’une conférence-débat organisée mardi, 13 mars 2012 au sein de l’Institut sous-régional de la statistique et de l’économie appliquée (Issea) à Yaoundé.

De prime abord, il ressort que, contrairement à ce que l’on avait espéré il y a 15 ans, lors de la transformation de l’Udeac en Cemac, il n’y a pas eu de véritables avancées dans le processus d’intégration, notamment du principe de libre circulation des personnes et des biens dans cette sous-région. Selon Apollinaire Tite Amougui, ministre plénipotentiaire et représentant du ministre des Relations extérieures à cette rencontre, la libre circulation des personnes n’est pas encore effective tout simplement à cause du trop grand nationalisme des Etats membres de la Cemac.

Nationalisme très poussé

D’abord, il est question de nationalisme juridique qui fait en sorte que malgré la signature des traités entre les Etats, les textes internes à chaque pays expriment plutôt le repli identitaire. A titre d’exemple, « on peut ainsi voir un diplomate camerounais qui aura besoin d’un visa pour se rendre au Gabon ». Deuxièmement, il y a cette sorte d’exclusion économique qui vient du fait que certains Etats membres de la Cemac, forts économiquement, veulent imposer un certain nombres de choses.

C’est le cas par exemple de la Guinée équatoriale, forte des revenus que lui procure son pétrole, avait imposé le changement du mode de désignation du gouverneur de la banque centrale. Enfin, souligne Apollinaire Tite Amougui, il existe un nationalisme politique fort. « La Cemac est un lit pour plusieurs rêves car lorsqu’il s’agit de dialogue bilatéral, les Etats adoptent un dialogue ambivalent », conclut-il.

Chimères et slogans creux

On a donc l’impression, finalement, que ce ne sont que des chimères et des slogans creux, lorsque les dirigeants des pays membres de la Cemac parlent d’intégration sous-régionale et de libre circulation des personnes et des biens. Certes, comme le souligne Marie Thérèse Ngo Dombol de la commission Cemac, des efforts sont faits pour que le concept de libre circulation soit effectif dans la sous région. Il existe en effet une panoplie de traités et actes pour garantir la libre circulation des personnes, des actions sont engagées et quelques bons points ont déjà été atteints.

Mais, l’on est loin des objectifs que s’étaient fixés les chefs d’Etats de cette région. Pourtant, il y a des possibilités de faire avancer rapidement les choses. En juillet 2006, l’Union africaine avait adopté le principe de rationalisation des Communautés économiques régionales (Cer), et réduit leur nombre à 8 (au lieu de 15). Parmi elles, pas de Cemac, mais plutôt la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale (Ceeac), dont sont membres tous les Etats de…la Cemac. Cette décision avait été prise après avoir constaté que la coexistence dans une région de plusieurs Cer et la pluri appartenance des Etats à plusieurs Cer constituent un vrai handicap à l’intégration.

Rationalisation : l’exemple ?

Les difficultés qui découlent de cet état de choses sont en effet nombreuses, constate Chantal Elombat Mbedey, directeur de l’intégration régionale au ministère de l’Economie, de la planification et de l’aménagement du territoire (Minepat). Il y a par exemple, explique-t-elle, le chevauchement des mandats, programmes et projets entre communautés économiques. En plus de cela, le poids des contributions sur les finances publiques des Etats et/ou la multiplicité des taxes affectées aux institutions régionales. Et enfin, le recours aux mêmes partenaires au développement pour le financement de programmes similaires.

Le comité de pilotage de rationalisation en Afrique centrale, dont les activités avaient été lancées en juillet 2010 à Yaoundé, continue de travailler. Si cette rationalisation aboutit, on peut déjà s’attendre à au moins trois impacts positifs. L’espace économique sera plus large, plus fort et ce sera donc un marché plus compétitif puisqu’on passera de 6 à 10 Etats (en attendant le Rwanda). Puis, il y aura une cohérence dans la réalisation des programmes et projets intégrateurs. Et enfin, les Etats membres feront des économies puisqu’ils ne contribueront plus qu’une seule fois dans les activités d’intégration.

Alain Noah Awana

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