19/03/2012 03:59:21
Affaire du bébé volé. Une autre manifestation réprimée à l'hôpital gynéco
Plusieurs personnes ont été brutalement interpellées et conduites au commissariat central n°1 ; avant d’être libérées après audition sur procès verbal.
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Plusieurs personnes ont été brutalement interpellées et conduites au commissariat central n°1 ; avant d’être libérées après audition sur procès verbal.

A peine installé à la tête de l’hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Ngousso, le Pr. Angwafor II a déjà du pain sur la planche. Vendredi 16 mars 2012, il a été obligé de faire appel aux forces de l’ordre, pour mater des manifestants venus exiger la restitution du bébé de Vanessa Tchatchou, expulsée de cette institution sanitaire lundi, 13 mars dernier. C’est exactement à 15 heures 53 minutes que le groupe des manifestants, constitué d’une centaine de personnes a débarqué à l’hôpital gynéco. Parmi les grévistes, l’on pouvait voir des hommes politique Vincent Sosthène Fouda et Alain Fogué, qui on le sait, soutiennent  la jeune mère dépossédée de son bébé quelques heures seulement après sa naissance le 20 août 2011, dans des conditions jamais élucidées. La marche n’a pas prospéré, une dizaine de policiers l’ayant stoppé net, en embarquant de force les têtes de proue.

Vincent Sosthène Fouda a payé le lourd tribut de cette marche, lui qui a été copieusement tabassé par un officier de police principal, et jeté dans un véhicule de la police comme un vulgaire briguant, alors même qu’il n’opposait aucune résistance. Ce malheureux policier qui selon nos sources, manifesterait certainement sa colère contre celui là même qui a pris une part active dans cette lutte ayant entraîné la chute du Pr. Doh Anderson Sama, lui aussi originaire du Nord-Ouest. Plutôt qu’aller manifester son mécontentement devant l’hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Ngousso, comme l’on fait certains anglophones pour contester la décision de Paul Biya, ce policier a choisi de régler ses comptes sur l’activiste politique qui ne veut que la manifestation de la vérité dans cette scabreuse affaire. Conduits au commissariat central n°1 de Yaoundé, les personnes interpellées ont été libérées, non sans avoir rencontré le délégué régional de la police pour le Centre. « Nous lui avons clairement parlé du cas de L’officier de police qui s’est acharné sur Vincent Sosthène Fouda alors même qu’il n’opposait aucune résistance. Je pense que des sanctions sérieuses devraient être prises en son encontre car ses autres camarades qui étaient une dizaine ne se sont pas comportés de la sorte », regrette Alain Fogué.

En attendant que jaillisse enfin la vérité sur cette affaire, Vanessa Tchatchou se remet de plus en plus des tortures physiques subies lundi le 13 mars dernier, lors de son extraction manu militari de l’hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Ngousso. Mais elle est sujette à des pressions incroyables l’encourageant à cesser le combat. Le drame c’est que ces pressions viennent pour la plupart des gens qui en tout début, l’on motivé a tenir bon. D’aucuns parlent de l’argent qui circulent à coups de millions dans cette affaire.

Abus. Pour Vanessa Tchatchou, il faut absolument dire non !

Un télégramme de condoléances du chef de l’Etat a été lu et publié dans les médias d’Etat en fin de semaine dernière. Le dit télégramme est adressé au Roi de la Belgique, et témoigne du sentiment de compassion du président camerounais et «de tout le peuple camerounais» vis-à-vis des familles éprouvées lors du grave accident de circulation intervenue en Suisse et qui a vu la mort de 22 enfants de nationalité belge. Le texte était à la fois émouvant et touchant. Et du coup, beaucoup de Camerounais qui suivent depuis quelque temps l’affaire Vanessa Tchatchou se retrouvent à s’étonner qu’ils aient un président qui se montre aussi compatissant vis-à-vis des situations dramatiques à l’étranger, alors qu’autour de lui il y a des drames tout aussi choquants.

L’affaire Vanessa Tchatchou fait partie d’un drame qui se dénoue autour de nous, et sous le regard de la plus haute autorité du Cameroun, sans que de manière collective, le peuple camerounais, et en premier lieu ceux qui dirigent son destin n’aient pris le courage de dire à la mémoire collective, qu’un tel drame ne devrait pas avoir lieu dans une société camerounaise que l’on voudrait humaine. Les derniers développements de cette affaire sont troublants. Avec notamment la répression violente et grossière contre les manifestants qui ont voulu réclamer que le bébé honteusement volé soit restitué à la mère légitime. Deux hommes politiques, à savoir Vincent Sosthène Fouda et Alain Fogue ont été tabassés, et humiliés publiquement.

En fait, il y a désormais dans cette affaire, un honneur de se faire tabasser par un policier mal fagoté, comme celui là même qui a trouvé génial de s’acharner sur Vincent Sosthène Fouda et autres vendredi dernier à l’hôpital gynéco-obstétrique et pédiatrique de Ngousso. Car une action comme celle que cet homme politique a menée est une action d’honneur et de dignité, face à des dirigeants qui ont prouvé depuis le début de cette affaire, qu’il n’y a plus d’humanité dans la gestion politique du pouvoir dans notre société.

Plusieurs choses choquent dans cette affaire. D’abord il y a le silence troublant des Eglises, et parmi elles, notamment l’Eglise catholique qui, par le passé, a toujours montré qu’elle est du côté des pauvres et des persécutés. Vanessa ne peut elle pas être classée dans cette catégorie ? Selon des sources dignes de foi, plusieurs chrétiens dans les paroisses catholiques ont demandé et même exigé une prise de parole publique de l’archevêque de Yaoundé, Mgr Victor Tonye Bakot, sur l’affaire Vanessa. Jusque là, l’archevêque n’a pas cru bon de dire le moindre mot. Alors, que pourrait donc penser les pauvres gens de ce pays face à une telle attitude ?

Que la hiérarchie de l’Eglise ne fonctionne que pour les puissants de ce pays (ministres et autres directeurs généraux) qui font venir des prélats à leurs domiciles privées pour dire des messes suite à leur maintiens ou nominations au gouvernement ou à des postes prestigieux de la République (devenue pour cause de ce cas précis de l’affaire Vanessa) une véritable République bananière ? Autrement, dit, si l’Eglise ne peut pas parler au nom et pour cette jeune fille, qui pourrait donc parler à son nom et la défendre de manière convaincante ? Voilà une question que l’on peut valablement se poser aujourd’hui.

Tout est choquant

Dans cette affaire, tout est dorénavant choquant. Il y a d’abord cette attitude des organisations des droits de l’Homme qui jusque là n’ont pas pu faire front commun face à ce drame. Aucune action en vue. Même les institutions publiques sensées défendre la jeunesse ont abandonné Vanessa dans son combat contre l’injustice. Mais il y a plus grave encore. Cette attitude du chef de l’Etat, Paul Biya, qui est pourtant le président de tous les Camerounais, riches et pauvres, puissants et faibles. Non seulement Le président de la République n’a pas cru bon d’aller au chevet de cette jeune fille qui pleure depuis 8 mois maintenant et réclame son bébé, mais plus cyniquement encore il a ordonné (puisse que cela n’a pas été démenti jusque là) que la jeune fille soit brutalement expulsée de l’hôpital gynéco, par des policiers spécialisés dans la lutte contre le grand banditisme. Vanessa a été traînée par terre, violentée, et méprisée par ses bourreaux. Quelle tragédie !

Au final, comme craignait il y a 40 ans déjà, le vénérable père Fretin, missionnaire de nationalité française, alors rédacteur en chef du journal catholique « L’Effort camerounais », à propos du terrible drame du train de la mort, il faudrait absolument éviter que notre société ne se transforme en une jungle, où les riches, les puissants écrasent les pauvres et les faibles par la négation de leurs droits élémentaires, à savoir le droit à la vie et le droit de donner la vie. Nous en sommes malheureusement là aujourd’hui, avec cette douloureuse affaire Vanessa Tchatchou. Pour cela, nous avons le devoir de nous lever tous comme un seul homme, de dénoncer et de dire Stop !

Joseph Flavien KANKEU / Jean François CHANNON

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