21/03/2012 01:11:03
Côte d'Ivoire. Les FRCI ont encore tué
Les hommes d’Alassane Ouattara viennent de faire une victime dans la communauté Wê de Guéhiéby. Depuis hier, c’est la consternation au sein de la population.Les circonstances d’un crime affreux. Que fait donc le ministre de la Défense ?
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Les Frci enlèvent et exécutent un commerçant Wê

Les hommes d’Alassane Ouattara viennent de faire une victime dans la communauté Wê de Guéhiéby. Depuis hier, c’est la consternation au sein de la population.Les circonstances d’un crime affreux. Que fait donc le ministre de la Défense ?

C’est aux alentours de 1 heure du matin, ce lundi, que des éléments des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (Frci) passées désormais sous le commandement direct d’Alassane Ouattara ont fait irruption au domicile de Boblemon François dit Kalé, grand commerçant Wê bien connu à Guéhiébly. Au motif qu’il appartiendrait à un groupe de braqueurs, les éléments des Frci, au nombre de quatre, tous en treillis et armées de kalachnikovs, à bord d’une Mercedes de couleur blanche, enlèvent Kalé en présence de ses deux femmes et ses enfants et le conduisent à une destination inconnue. Une battue organisée par les autochtones Wê de Guéhiébly a permis de localiser le corps sans vie, criblé de balles, de Boblémon François à quelques kilomètres de Guéhiébly, sur la voie menant à Bangolo, à proximité d’un village du nom de Binao.

L’attitude des Frci bien identifiées par les parents de la victime, agissant sur la base de dénonciations, a plongé tous les autochtones Wê dans une psychose d’autant plus grade que ce commerçant est bien connu de tous les habitants de la Sous-préfecture comme étant une personne de bonne moralité qui est attaché à ses affaires depuis 1973. Date à laquelle il a été accueilli par ses parents maternels de Guéhiébly qui lui ont accordé gîte et couvert, lui étant originaire de Gozon, son village paternel.

Les vraies raisons selon les autochtones Wê Boblémon François dit Kalé, bien connu dans la vente de carburant en bouteille, propriétaire de maquis et de magasins (tous en location à Guéhiébly) est-il un braqueur ? A-t-il eu sa fortune à travers les fruits du braquage ? Tous les témoignages convergent dans le même sens. Kalé n’est pas un braqueur. Il est connu pour être un modèle de réussite dans une zone où les allogènes ont pu s’arroger le monopole du commerce. C’est d’ailleurs ce qui est à la base de son exécution sommaire ce lundi à 1 heure du matin. En effet, pour diversifier ses affaires, Boblémon François a décidé de se lancer dans le transport. Avec ses économies, il s’achète un tracteur qui rallie plusieurs villages de la sous-préfecture. Il sera alors vu par les allogènes de sa localité comme un sérieux concurrent local, lui qui envisage par la suite d’acheter un minicar appelé communément «Massa».

Le samedi 10 mars, une violente altercation qu’il a avec Doumbia Yssouf, le chef de gare de Guéhiébly, pour une affaire de paiement de taxe, révèle les desseins inavoués de ses concurrents. Devant témoins, Doumbia Yssouf se lâche et promet à Boblémon François qu’il ne lui donnera plus jamais l’occasion de continuer de marcher sur «les plates-bandes des transporteurs du secteur». Certains habitants, la veille de l’exécution de Boblémon par des éléments Frci, disent l’avoir vu dans le bistrot de la victime toute la journée en train de l’épier. Ils sont convaincus que Doumbia Yssouf a joué un rôle dans une dénonciation calomnieuse de Boblémon François auprès de Frci analphabètes qui ignorent que dans une situation pareille il faut enquêter pour se convaincre de la véracité des faits. Et qu’en tout état de cause, les forces de l’ordre n’ont aucune prérogative pour procéder à des exécutions sommaires de citoyens dans un Etat de droit.

Que fait le ministre de la Défense Alassane Ouattara ?

Le maçon est au pied du mur. Tout à sa volonté d’imposer une gouvernance autoritaire – que ses amis appellent avec un peu de complaisance «hyper-présidence» –, mais aussi pour donner les pleins pouvoirs à ses conseillers français, Alassane Ouattara s’est arrogé le portefeuille de ministre de la Défense. Il n’a désormais donc plus de fusible. Désormais, il doit répondre personnellement de toutes les dérives des FRCI, des Dozos et des forces dérivées.

Forcément, c’est vers lui que les yeux sont tournés avec cet énième dérapage de sa troupe à Guéhiébly. Que va-t-il faire maintenant ? Qui va-t-il punir et comment ? Va-t-il enfin réformer cette force publique (sic !) plus que jamais problématique et organiser le dispositif du sécurité nationale autour de militaires, de gendarmes et de policiers vraiment professionnels ? L’on se souvient qu’après sa prise de pouvoir, Ouattara avait
annoncé – sans conséquence concrète – le retour des combattants des ex-Forces nouvelles et des Dozos dans leurs fiefs du Nord. Va-t-il mettre sa parole à exécution maintenant qu’il a tous les leviers nécessaires pour ? Ses amis de certaines organisations de défense des droits de l’Homme ne pourront, en tout cas, plus accabler Guillaume Soro et les Comzones à chacune des violations des droits de l’homme quasi-quotidiennes qui ont cours depuis le 11 avril.

Benjamin Silué


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