26/03/2012 02:24:43
Pénurie d'eau. Douala: les robinets à sec depuis quatre jours
Depuis jeudi dernier, les habitants de la capitale économique s’alimentent dans des puits et forages. Alors que la journée mondiale de l’eau a été organisée avec faste au Cameroun.
Le Messager
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Pénurie d'eau

Depuis jeudi dernier, les habitants de la capitale économique s’alimentent dans des puits et forages. Alors que la journée mondiale de l’eau a été organisée avec faste au Cameroun.

«Je ne me suis pas lavée convenablement depuis deux jours en dehors de ma toilette intime faute d’eau. Pour avoir de quoi faire le ménage, laver les habits des enfants, je dois parcourir des kilomètres, me mettre en rang pour avoir de l’eau. Nous vivons une situation indescriptible». Tel est le témoignage de Doli Manga, ménagère résidant à New-Deïdo. Un jour après la célébration de la journée mondiale de l’eau, c’est la grande désillusion dans les ménages où la sécurité hydraulique est loin d’être une réalité.

Contrairement aux délestages courants, les robinets sont à sec à Douala depuis le début du week-end dernier. De Bonabéri à Akwa en passant par Bonamouang, Deïdo, Bali et New Bell, l’eau est le produit de première nécessité qui manque le plus. C’est dans les puits et les forages que les populations s’alimentent en parcourant des kilomètres et en bravant des obstacles.

Une situation que ne comprend pas Pierre Fritz Ngo, le président du Mouvement des écologistes du Cameroun (Mec). «C’est la faillite de la conscience nationale. Comment comprendre qu’un seul individu est en même temps ministre de l’Energie et de l’eau et directeur général de la Camwater comme s’il manquait des gens capables de s’occuper des problèmes de l’eau au Cameroun. Pourquoi le président qui a dit qu’on allait travailler ensemble oublie-t-il sa promesse? Les conséquences de cette situation sont grandes et graves car accompagnées des pathologies. Les gens s’alimentent dans des puits insalubres et souvent non traités».

D’après cet écologiste, c’est la fin du cycle du Rdpc qui a échoué malgré toutes les promesses faites par Paul Biya. «Si on est incapable d’offrir ne serait-ce de l’eau aux populations, comment le Cameroun sera-t-il émergent à l’horizon 2035? On vit sous la chaleur sans eau alors que nous sommes très loin du désert. Il y a des compétences aussi bien dans la société civile que dans l’opposition pour trouver une solution à ce problème. Le système n’a pas changé car ce sont les mêmes qui dirigent et nous causent des problèmes. C’est malheureux de maltraiter ses concitoyens de la sorte. Je demande au président de la République de prendre des mesures pour qu’on ne connaisse plus ces situations de pénurie, que d’autres responsables soient nommés à la place des incompétents qui nous empestent la vie», suggère-t-il.

Cette pénurie d’eau donne libre cours à la recrudescence des maladies hydriques comme la bilharziose et surtout le choléra qui n’a pas dit son dernier mot. «Nous n’avons pas le choix. C’est boire l’eau du puits ou mourir de soif. Nous chauffons l’eau du puits et nous la consommons depuis déjà trois jours, en priant que le vibrion cholérique nous épargne. Souvent, on boit l’eau du forage mais c’est un luxe», déclare Pascal Ndamè de Deïdo plage. Dans les boucheries, poissonneries et ménages, les odeurs nauséabondes meublent le décor. «Il n’y a pas d’eau pour assurer l’entretien. Nous faisons le service minimum pour limiter les puanteurs», affirme un employé d’une poissonnerie au marché New-Deïdo.

Si ce délestage est mal perçu par ces populations désormais sinistrées, c’est une situation normale pour les habitants des quartiers situés dans la périphéri, et oubliés par la Camwater et la Camerounaise des eaux. «Quand l’eau arrive chez nous une fois par semaine, nous faisons des réserves. Nos sources d’alimentation sont les puits, les sources et les forages au meilleur des cas», dit une habitante de Banguè. Du côté de la Cde, «les travaux sont en cours pour augmenter la capacité de production afin de satisfaire la demande sans cesse croissante», confie un responsable des services techniques. En attendant, les populations souffrent. Et se taisent. A quand le bout du tunnel ?

Etame Kouoh

Détresse. Kaélé au régime...sec!

Plus une seule goutte du précieux liquide depuis maintenant quatre mois. Les populations de cette ville de l’Extrême-Nord, bastion du partir au pouvoir, redoutent une nouvelle catastrophe du choléra.

Kaélé a soif. Voici plus d’un trimestre que les robinets sont à sec, au grand mécontentement des populations dont une frange se plaint déjà de maladies du péril fécal. « J’ai fais des examens des fèces récemment, le docteur m’a fait savoir qu’ils présentaient des pathogènes dues à la consommation d’eau de mauvaise qualité. Effectivement je consomme l’eau du puits depuis la coupure d’eau », a laissé entendre un enseignant en service au Lycée technique de Kaélé. « Depuis trois mois, lorsqu’on tourne le robinet c’est de l’air que l’on reçoit au lieu de l’eau potable ».

Une source crédible au district de santé de Kaélé joint au téléphone n’écarte pas un ravage de maladies hydriques. Le personnel de santé fait savoir que le nombre des patients qui se plaint de maux de ventre et autres douleurs abdominales a sensiblement augmenté. «Généralement, ces patients ont consommé de l’eau insalubre. Nous leur conseillons de la faire javelliser ou la faire bouillir. Jusqu'ici il n’y a pas eu de cas de choléra mais cela pourrait arriver vu la situation », redoute-il.

Du côté de l’agence de la Camerounaise des eaux (Cde) à Kaélé, l’on s’est interdit tout commentaire. Un responsable invoque néanmoins sous cape des pannes d’installations dues à la vétusté des équipements. A noter que le problème similaire s’était posé l’an dernier. Ce qui avait d’ailleurs asséché les robinets pendant un semestre environ.

Les populations aux abois

Du coup la cherté de la vie a le vent en poupe. Le bidon d’eau de 20 litres qui coûtait 25 Fcfa vaut 75Fcfa voire 100 Fcfa. Encore faudrait-il en trouver. Les promoteurs de ce commerce (les «Merouwa » en langue locale) populaire s’approvisionnent dans les marigots et les puits notamment. Parfois au mépris des règles d’hygiène élémentaires. Pis, les factures d’eau continuent d’affluer dans les domiciles. Comme le dénonce Waransia, « la Cde nous présente encore des factures d’eau alors que nous ne consommons pas. C’est de l’escroquerie pure et simple. Ils appellent ces factures « facture d’entretien du compteur ». Si C’est de l’arnaque !»

Le maire Oussoumanou n’a de cesse de plaindre ses populations. Le magistrat municipal explique la coupure d’eau par la dégradation avancée de la nappe d’eau à partir de laquelle est tiré le précieux liquide. La récente convention signée entre sa commune et la société en charge des eaux devrait, selon lui, trouver une solution immédiate au problème. En attendant, les populations peuvent continuer d’avoir soif.

Salomon KANKILI

 

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