22/04/2009 07:15:10
Vues d'Afrique: première camerounaise
Paris à tout prix de Joséphine Ndagnou a séduit le public du cinéma Baubien, ce mardi, 21 avril.
TEXTE  TAILLE
Augmenter la taille
Diminuer la taille


La salle est certes petite mais elle était comble. Joséphine Ndagnou a dû s’asseoir sur les marches de l’escalier pour suivre la projection de son tout premier long métrage. Il faut dire que la thématique intéresse autant les Africains que les Occidentaux. Paris à tout prix pose le problème de l’immigration de la jeunesse désespérée des bidonvilles africains vers l’Occident où logent tous leurs rêves. C’est le cas de Suzy (Joséphine Ndagnou) qui n’en peut plus de vivre et de voir vivre sa mère et ses frères et sœurs dans « un trou » de Yaoundé. Elle décide de tenter le voyage vers la France, à Paris où elle pense trouver les moyens pour «mettre fin à la misère» de sa famille.

Tour à tour, elle sera escroquée par un réseau de faux délivreurs de visas puis par des passeurs aux larges des côtes camerounaises, puis ramenée de la mer par la marine camerounaise alors que ses amis et elle voulaient traverser vers la Guinée Équatoriale. Malgré tous ces déboires, elle persiste dans son idée de se rendre en France, malgré sa mère qui y a laissé une forte somme d’argent, fruit de son travail de «braiseuse» de poisson.

Avec les conseils d’une amie, elle devient prostituée, brave la police et la concurrence de ses homologues, se trouve assez d’argent et obtient en fin, avec l’aide d’un ami pute homosexuel, le fameux visa pour la France.
Mais c’est une chimère, Paris. Sa tante la met à la porte parce qu’elle la soupçonne de vouloir lui piquer son job de femme de ménage; sa copine la dénonce à la police parce qu’elle aussi la soupçonne de vouloir lui... piquer son mari blanc. Elle est rapatriée au Cameroun et retrouve son bidonville et les misères du pays.

Images fortes. De jeunes coincés dans la misère des bas quartiers insalubres et délabrés. Du sort qui s’acharne sur une pauvre fille à la recherche du bien être pour les siens…Images réalistes de la pauvreté dans un pays qui ne donne plus la chance d’espérer à sa jeunesse. Scènes de jeunes dans leur difficile quotidien, dialoguant dans cette langue urbaine qu’est le Camfranglais qui, visiblement, traduit mieux qu’une autre les images et l’imagination de la jeunesse.

Un casting adéquat qui donne des acteurs bien en place dans leurs rôles (en dépit de leur statut d’amateur pour la plupart, même si deux ou trois semblaient surjouer), avec une Joséphine Ndagnou toujours aussi magistrale.
Paris à tout prix sera de nouveau diffusé le jeudi 23 avril, toujours au cinéma Beaubien, à 18h 30
L’humour qui vient de l’ouest.

Dans la même salle du cinéma Beaubien, le public a découvert le film du Burkinabe Boubakar Diallo, Sam le caïd. Une histoire d’arnaque à la peau noire, entre bidonvilles et quartiers chics de Ouagadougou. Un homme d’affaires véreux, gangster et chrétien pratiquant, est ruiné par son comptable qui lui vole tout son argent. Mais, avec la complicité de son épouse (la ravissante Jeanne d’arc Yameogo, venue représenter le film à Montréal) il braque un expatrié et l’oblige à lui céder son casino. Le meurtre de son comptable le poursuit cependant et, logiquement, malgré les grosses et petites magouilles, il finira en prison.

L’humour est désopilant, comme savent le produire paroles et hommes d’Afrique de l’ouest. Les images sont celles d’une Afrique urbaine, avec ses réseaux mafieux et la corruption des institutions. Certaines scènes semblent moins imaginatives que d’autres sans cependant enlever sa succulence au scénario.

Venant Mboua

Publicité
Publicité

comments powered by Disqus
Publicité
Autres actualités
Plus populaires

PUBLICITE