29/03/2012 04:09:43
Déstabilisation. Bamako suspecte Paris
L'appui de la France à l'armée malienne empêche donc Bamako d'accuser ouvertement Paris sur des sujets fâcheux.
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Bamako
L'appui de la France à l'armée malienne empêche donc Bamako d'accuser ouvertement Paris sur des sujets fâcheux.

Entre bruyants appels à un «dialogue inter-malien inclusif» et soutiens du bout des lèvres, il faut dire qu'il n'y a aucun geste concret de la part de la communauté régionale ou internationale à la rescousse d'un pays désormais engagé dans une crise multidimensionnelle. Un Mouvement séparatiste au Nord, le renforcement des capacités d'action d'Aqmi sur le sol malien à la suite de la crise libyenne et un coup de force contre le président Amadou Toumani Touré (ATT) commis par la junte militaire l'accusant de mal gérer le dossier de la rébellion Touareg. C'est dire que le bateau malien prend eau de tous les côtés et risque de couler à un mois de l'élection présidentielle.

Au Mali, la presse accuse ouvertement la France de vouloir déstabiliser le Mali et de s'immicer profondément dans les affaire internes du Mali, notamment depuis que le président malien Amadou Toumani Touré (ATT) a refusé à Nicolas Sarkozy l'installation d'une base militaire française à Mopti dans le cadre de la lutte contre Al Qaîda au Maghreb islamique (Aqmi). Un refus qui a été formulé officiellement par le ministre malien des Affaires étrangères, Soumeylou Boubèye Maïga, lequel été accusé d'être un anti-français proche de l'Algérie. Le froid diplomatique entre Alger et Bamako, ayant sévi deux ans durant, s'est effacé avec le retour de Soumeylou Boubèye Maïga au gouvernement, qui a, de prime abord, tendu sa main à l'Algérie.

MaliensEn effet, il est considéré comme l'un des artisans de l'axe Alger-Bamako et l'un des pionniers, du Comité d'état-major opérationnel conjoint des pays du champ, installé à Tamanrasset. «Il y a 3 ans les relations entre l'Algérie et le Mali étaient très mauvaises, puis il y a eu un net réchauffement grâce au nouveau ministre malien des Affaires étrangères, Soumeilou Maïga», a déclaré dans une précédente interview à L'Expression, Alain Antil, chercheur et responsable du programme Afrique subsaharienne à l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Par ailleurs, Bamako suspecte Paris d'avoir conclu un «deal» avec le Mnla (Mouvement national de libération d'Azawed). Cette rébellion a été aussitôt condamnée par la Cedeao, l'Union africaine (UA) et les États-Unis. Mais pas explicitement par la France ni par l'Union européenne (UE). En outre, alors que de violents combats avaient lieu au Nord-Mali, le ministre français des Affaires étrangères, Alain Juppé, déclarait le 7 février devant le Sénat français: «La rébellion touarègue a remporté récemment d'importants succès militaires au nord du fleuve Niger. (...) Un cessez-le-feu immédiat est pour nous impératif».

Dès le lendemain de cette déclaration pour le moins maladroite, la presse malienne se déchaînait contre la France. «La manière dont les médias français traitent le dossier des rebelles touareg n'est pas juste, car ce sont des bandits armés», estime une source proche du gouvernement malien. En outre, un haut gradé de l'armée malienne, un habitué de la présidence malienne, a déclaré à la presse malienne: «Pour nous, Mohamed Ag Najem, chef d'état-major de la rébellion touarègue, (Ndlr) a fait un compromis avec l'Otan et la France en abandonnant El Gueddafi en pleine crise libyenne.»

Le marché était que s'il quittait le sud de la Libye, la France, a-t-il dit, l'aiderait au mieux dans ses revendications au Mali. En plus, Paris a fait en sorte que Niamey ferme les yeux sur le passage du convoi de Ag Najem en direction du Nord-Mali. Outre la presse malienne, nombre de spécialistes soulignent que les desseins français au Mali sont confrontés à la politique extérieure du président du Mali, mais surtout menacés par Soumeylou Boubèye Maïga, pressenti favori pour remporter l'élection présidentielle du 27 avril prochain. «La rébellion et la gestion du dossier du terrorisme ne justifient pas objectivement ce putsch, se déroulant à «deux» mois de l'élection présidentielle malienne, prévue pour le 29 avril prochain», a précisé M'hend Berkouk, avant de poursuivre: «Il y a sûrement des desseins inavoués derrière cette nouvelle crise constitutionnelle à laquelle fait face le Mali».

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