05/08/2009 12:38:03
Vih/Sida : Crise d'Arv chez les séropositifs
Un vent de panique les secoue suite à l'échéance de l'arrêt du financement du Fonds mondial en octobre prochain.
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Depuis le 18 juillet dernier, une rumeur se répand au sein de la population touchée par le Vih Sida. "Les anti-rétroviraux seront bientôt payants", entend-on ici et là. Cette psychose est entretenue par quelques médias, qui affirment mordicus que le mois d'octobre 2009 sonne le glas de la gratuité des soins réservés aux personnes vivant avec le Vih sida (Pvvih). "Sur une station radio de Douala, un humoriste déclarait avec ironie que d'ici cette échéance, les malades atteints du Vih Sida devaient s'attendre à la mort", confie l'un des membres de "Sunaids", une association des Pvvih active dans la métropole économique. Une source médicale confie que dans la foulée, certains patients séropositifs ont arrêté leur traitement, notamment à l'hôpital général de Douala.

Un vent de panique qui fait suite à un atelier du partenariat secteurs privé et public, organisé le mois dernier à l'hôtel Sawa de Douala par le ministre de la Santé publique André Mama Fouda. Cette réunion de travail tenue du 16 au 18 juillet 2009 avait pour but de renforcer ledit partenariat dans la prise en charge des Pvvih. Mais au cours de cette réunion, il a surtout été question de la nouvelle de l'arrêt du financement des Arv par le Fonds mondial de lutte contre le Sida (Fm Unitaids) au profit du Cameroun d'ici octobre 2009. D'après les explications du Dr Noël Essomba, coordonnateur du groupe technique du Littoral (organe qui régule la lutte contre le Vih Sida dans une région, Ndlr), "le Cameroun bénéficiait du financement du Fonds mondial de lutte contre le Sida et de la fondation Clinton pour garantir la gratuité des Arv. L'appui de ces organismes internationaux a une durée limitée dans un pays donné, afin d'en faire bénéficier d'autres Etats pauvres. Il s'avère que l'aide octroyée au Cameroun prend fin en octobre 2009. Notre gouvernement a souscrit à un autre financement du Fm Unitaids, appelé Round 8, qui commençait en début d'année 2009". Mais le dossier du Cameroun n'a pas été retenu pour le Round 8, révèle cependant Dr Essomba.

Urgence

L'Etat camerounais a ensuite soumissionné pour le Round 9 du Fm Unitaids, qui débute en juin 2011 et attend que sa "candidature" soit acceptée. Mais en attendant de connaître son sort, le Cameroun doit lui-même assurer la gratuité des Arv sur une période de 18 mois au moins, soit d'octobre 2009 à mai 2011. C'est donc ce passage à vide qui apparaît, à l'observation, comme un casse tête chinois pour l'Etat. "D'ou l'urgence de redynamiser le partenariat entre le secteur public et les opérateurs économiques privés", renseigne le coordonnateur du Gtp pour le Littoral, qui se veut néanmoins rassurant. Pourtant, l'addition de la gratuité des Arv est salée avec 6,5milliards Fcfa par an, d'après les données 2008 du Comité national de lutte contre le Sida (Cnls).

Le Fm Unitaids alloue en effet, plus de 3,2 milliards Fcfa auquel le Cameroun ajoute plus de 2,8 milliards Fcfa chaque année. Pour gérer cette "période de vaches maigres" et éviter la rupture du stock d'Arv, le Cameroun devra manifestement compter sur des partenaires privés. C'est visiblement la combinaison de tous ces ingrédients qui a créée la psychose, aussi bien au sein du corps soignant que chez des patients séropositifs. La sœur Thérèse Emmanuel Awanda de la congrégation des Sœurs servantes de Marie de Douala a fait la rencontre des générations de Pvvih en collaborant avec une Ong. La religieuse confie que depuis l'annonce de l'arrêt de la subvention extérieure des Arv, elle reçoit plus que d'habitude des malades atteints de Vih Sida.

L'appréhension de ses protégés a visiblement eu raison du calme de sœur Thérèse Emmanuelle. La religieuse craint le pire. "Les Pvvih sont en grande partie issues des couches défavorisées, pour qui l'achat d'un carnet d'hôpital s'apparente à un gros investissement. A plus forte raison le payement de la trithérapie...", lance la sexagénaire, apparemment dépitée. L'air grave, elle poursuit que l'état psychologique dans lequel se trouvent actuellement certains sujets séropositifs peut considérablement baisser leur taux de lymphocytes Cd4 et augmenter ainsi le risque d'infection opportunistes. "Pourtant, le traitement doit être strictement observé étant donné qu'une mauvaise observance thérapeutique est responsable de l'apparition des mutations du virus. Un suivi régulier du traitement permet par ailleurs de faire disparaître la charge virale et de diminuer la sévérité des symptômes", soutient la religieuse.

Si les pessimistes ont raison de l'administration, le taux de séroprévalence a donc de fortes chances d'augmenter au Cameroun ainsi que la mortalité chez les Pvvih. Mais pour Jean Marie Bikotti, manager du Centre d'approvisionnement en médicaments essentiels pour le Littoral (Cap), il n'y a pas lieu d'envisager le pire, pour l'instant. Dr Bikotti rassure en effet qu'il n'y a pas de rupture de stock d'Arv à sa connaissance. "Nous recevons les médicaments au rythme habituel. Même d'ici octobre prochain, il n'y a pas lieu de s'inquiéter sur l'offre en Arv", assure-t-il avec sérénité. D'après le manager du Cap, la région du Littoral a de quoi approvisionner ses unités de prise en charge des malades (Upec). Une sérénité que les Pvvih espèrent voir perdurer au-delà de l'échéance fatidique d'octobre prochain.

Extrait du bilan du Dr Jean Bosco Elat Nfetam, Sp Gtc/Comité national de lutte contre le Sida (Cnls)

Données 2008

- La prévalence estimée du Vih Sida au Cameroun est de 5, 1%.
- La tranche d'âge la plus touchée est de 30 à 34 ans.
- 543.294, c'est le nombre de personnes vivant avec le Vih au Cameroun.
- Environ 153.185 dont 8.232 enfants, sont éligibles au traitement par les Arv.
- 34.000 décès sont dus au Sida (46.000 en 2006).

La prise en charge globale des Pvvih soutend la prévention et le traitement contre les infections opportunistes. Les bilans biologiques, le soutien psychosocial et nutritionnel des malades.

La politique actuelle permet l'accessibilité financière: Gratuité des Arv depuis le 1er mai 2007.

Résultats obtenus

9.960 Pvvih, dont 2.450 sous Arv en décembre 2008.

Monique Ngo Mayag

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