30/03/2012 06:51:13
Coups de gueule
Vous ne pouvez pas laisser passer certaines conduites, même si vous devez différer une actualité autrement plus urgente par ses conséquences immédiates. Il en est ainsi de la demande française de tenir Qaradhawi éloigné de la scène française...
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Vous ne pouvez pas laisser passer certaines conduites, même si vous devez différer une actualité autrement plus urgente par ses conséquences immédiates. Il en est ainsi de la demande française de tenir Qaradhawi éloigné de la scène française. Dans un exercice de basse manœuvre, Sarkozy a ainsi associé les actes imputés à Merah au prosélytisme religieux qui fait la marque de Qaradhawi.

Sans rien avancer sur la réalité des activités de Merah qu’une multitude de policiers suréquipés en moyens propres à le paralyser et à l’endormir a envoyé dans le monde du silence, on ne peut ignorer la question d’Yves Bonnet s’interrogeant sur les relations de ce garçon avec la DCRI.

Pour vivre dans notre pays, l’Algérie, réputé pour ses traditions de clandestinité anticoloniales puis pour son goût des guerres de l’ombre, nous savons qu’un chef des services ne se pose une question en public que pour répondre à une autre que vous n’aurez pas su vous poser. Il y a de l’aplomb dans cette sortie de Sarkozy faisant la fine bouche à propos de son complice et compagnon de crimes. Il faut donc lui rappeler et rappeler à ses fans électeurs ou ministres que Qaradhawi a donné la caution morale pour le meurtre de Kadhafi. Et il l’a fait à travers une fatwa à la demande expresse de Sarkozy, de Juppé, de BHL empressés d’agir sous une couverture et avec une caution arabe.

C’est Qaradhawi qui a fait le travail de légitimation religieuse du meurtre et de l’agression dont la Ligue arabe, couverture politique de l’agression de l’OTAN, avait besoin pour mettre les opinions salafistes de son côté. Le côté barbare de l’assassinat de Kadhafi portait non seulement la marque de la tradition criminelle du colonialisme européen mais aussi celle la perversité de la cruauté wahhabite.

Qaradhawi, c’est le Qatar wahhabite, émirat de droit divin, allié intime de Sarkozy dans les affaires comme dans la politique. Personne ne peut séparer le Qatar ami de Sarkozy de Qaradhawi. Et c’est bien ce dernier qui vous bénit le permis de tuer délivré par la Ligue arabe. Aujourd’hui même, la France officielle mène une politique agressive et destructrice contre la Syrie en sous-traitante d’une politique américaine et avec le compagnonnage de ce même Qatar qui n’est que la réalité politique de la pensée de Qaradhawi plus du pétrole.

Quels messages Sarkozy a-t-il voulu adresser au subconscient des Français pour changer la donne électorale ? C’est l’affaire des Français qui ont soutenu l’agression de la Libye hier et l’agression de la Syrie aujourd’hui, hormis le cercle d’or des sites alternatifs et militants anticolonialistes dont le courage et la constance feront date. Si le grand chef religieux du Qatar est mauvais pour l’esprit des musulmans de France l’argent de la caisse qatarie devrait l’être tout autant pour l’ensemble des Français.

Alors, autant rappeler à tous que Sarkozy mène à l’extérieur, avec le Qatar, une politique qu’il fait mine de répudier à l’intérieur. Schizophrène ou pur produit d’une conception qui rabaisse la politique à l’art du bonimenteur ?

Loin de la France mais si près de Sarkozy, Alassane Ouattara, n’a pas exclu d’avoir recours à la force contre les putschistes maliens. Il ne manque pas d’air. En rajouter à la crise que vit le Mali avec une guerre de « normalisation démocratique" équivaudrait à quoi à part réaliser le dessein de la France de mettre le Mali sous tutelle étrangère, par supplétifs africains interposés ? Nous n’en sommes pas là pour l’instant, mais le coup d’État peaufiné par la France en Côte d’Ivoire, au bout de dix années de travail de sape, montre aujourd’hui toute l’importance d’un pays auxiliaire qui ferait montre de " l’agressivité démocratique "  nécessaire au maintien du rapport néo-colonial habillé en boubou africain.

Car il est évident aujourd’hui que cette démocratie représentative est la forme la plus adaptée pour soumettre encore plus nos pays à la logique de marchés. Au Mali, comme ailleurs. Nous votons une fois tous les quatre ans, et forts de nos votes nationaux nos dirigeants vont appliquer à la lettre, sous des prétextes techniques ésotériques pour le simple citoyen, les conseils et les idées des étrangers du FMI et de l’UE, sous le carcan des accords militaires secrets passés avec la France qui interdisent à nombre de pays africains certaines décisions de souveraineté, comme la monnaie par exemple.

Jusqu’au prochain vote, qui permettra de changer un politicien usé par un autre qui, lui, fera le même boulot jusqu’à la manifestation, aux yeux de tous, que la cause de nos problèmes émanent des politiques et pas seulement des hommes et des équipes qui se sont accommodés des privilèges et de la permission de taper dans la caisse. Même dans le contexte actuel d’interventions  "démocratiques" tous azimuts, les cercles néocolonialistes français ne peuvent se permettre le coût politique et financier d’une intervention militaire dans la durée au Mali.

Alassane Dramane OuattaraOuattara n’a pas encore commencé à panser les blessures et souffrances infligées à la société ivoirienne dans sa marche vers le pouvoir soutenu par des militaires étrangers, que le voici en route pour le Mali. Il s’en ira au Mali avec ou sans les conseillers et sans la coordination de la Force Licorne, sans les avions et les hélicoptères français ? Alassane Ouattara, fonctionnaire du FMI, formé à l’abandon de l’idée de souveraineté nationale et ramené - comme Jibril en Libye – pour enfoncer son pays dans les règles de la mondialisation et de la globalisation financière, vient de frapper un grand coup : le Mali est un pays à souveraineté limitée par simple appartenance à la CEDEAO.

Vous imaginez-vous demain un pays du Maghreb venant rétablir l’ordre électoral en Algérie juste parce que nous sommes un pays de l’UMA ? Il est vrai qu’ATT, en octobre 2010, avait accepté une sorte de tutelle du G8 en échange de vagues promesses d’aide contre AQMI, via la CEDEAO. Le coup d’Etat qui arrange à moitié les affaires de la France reste quand même une affaire interne à ce pays. Et les militaires maliens n’ayant menacé encore aucun pays, de quel droit Alassane Ouattara fait-il battre les tambours ?

Les toubabs ont plus d’un tour dans leur sac mais leurs procédés sont révoltants. Il y va de la santé morale de l’Afrique de se débarrasser au plus vite de ce néocolonialisme corrupteur au plan des finances comme au plan de la raison. Une guerre d’agression contre la Mali aura-t-elle pour seul but d’organiser des élections sous les bottes de soldats étrangers, fussent-ils des Africains ? Il est plutôt probable qu’elle soit un accélérateur de la décomposition des Etats post-coloniaux et qu’elle provoque un désordre tel qu’il ne puisse en sortir que de nouvelles entités politiques.

Du coup, les putschistes maliens se retrouvent au centre d’enjeux qui les dépassent, mais pour lesquels rien ne semble tout à fait joué. En l’absence d’une déclaration ou d’une analyse des patriotes maliens, qui nous éclairerait davantage, nous en sommes réduits à examiner la question du seul côté des acteurs étrangers et de leurs buts.

C’est la prolongation des politiques de libéralisation qui a affaibli le Mali, stoppé son développement et aggravé son sous-développement au point de rendre inopérantes toutes les solutions d’une unité basée sur la satisfaction des besoins des populations du Nord. Avec les intellectuels, hommes et femmes de culture du Mali, nous partageons l’idéal de l’indépendance nationale, la conviction d’un nécessaire Etat national souverain et d’un impératif développement économique autocentré capable de mobiliser les ressources et d’inventer le modèle économique, qui nous convient avec les synergies nécessaires entre secteur public et initiatives privées.

Il reste encore beaucoup de chances que les patriotes maliens dessinent les portes de sortie, comme ils nous ont laissé espérer à la lecture de leur appel si profond et si pertinent quant aux causes historiques des difficultés que traversent leur pays et qui sont les mêmes que celles de tous les Etats qui ont été obligés de faire appel au FMI et à la Banque mondiale. En conjurant les menaces de Ouattara qui ne sont que celles de la France sarkozyste, les patriotes maliens feront œuvre de résistance au profit de tous les peuples africains dans la ceinture sahélienne. Sommes-nous capables de trouver les moyens idoines pour être solidaires ?

Mohamed Bouhamidi

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