02/04/2012 00:14:02
Cameroun. La départementale des Affaires sociales soupçonnée d'enlèvement d'enfant
Pondérée, elle s’en défend et évoque une incompréhension, un quiproquo entre le chef de centre territorialement compétent et la promotrice de l’orphelinat « Main dans la main » à Douala dans le Wouri.
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Pondérée, elle s’en défend et évoque une incompréhension, un quiproquo entre le chef de centre territorialement compétent et la promotrice de l’orphelinat « Main dans la main » à Douala dans le Wouri.

On aurait cru avec les déboires juridico-professionnels du délégué régional (suspendu) des Affaires sociales pour Littoral et la très médiatique affaire Vanessa Tchatchou, que tous ceux qui interviennent dans la chaîne de la petite enfance, observeraient une trêve et feraient preuve désormais de retenue dans l’exercice de leur fonction. Que nenni.

Et pour cause, vendredi dernier 30 mars 2012, une autre « affaire » est venue raviver les tensions qui s’étaient relativement émoussées. Déposé le 20 mars courant à l’orphelinat « Main dans la main», par les éléments du Commissariat du 12e arrondissement à Bonamoussadi, une banlieue nord de Douala, dans un état de santé très « préoccupant », le petit Joe est au centre d’une sorte de querelle qui oppose les services sociaux et sa maison d’accueil. Cette institution, à en croire sa promotrice, Marie Nomo Messina, a « signalé dès le lendemain aux services sociaux (chef de centre Douala 5e), la présence de ce nourrisson dans ses murs. Tout en précisant que son état de santé est critique ».

Refus d’obtempérer

Ce que confirme le Dr Béatrice Ngueyep en charge des questions sanitaires dans l’orphelinat. « Joe (c’est le nom donné par Main dans la main) connaît une malnutrition protéino-calorique avec complication diarrhéique, ajoutée à une infection cutanée, des œdèmes et de l’anémie ». D’où l’urgence de le soigner ; de le soumettre à une réhabilitation nutritionnelle car il n’a pas mangé ce qu’il aurait dû manger à son âge ; et de gérer le traumatisme ou le choc émotionnel et affectif causés par l’abandon…Pendant que les équipes de Nomo Messina s’affairent autour de l’enfant, « dix jours (vendredi 30) après son arrivée, le chef de centre des affaires sociales de Douala 5e sous ordre de la déléguée départementale, nous a demandé de libérer l’enfant dans les huit heures en prétextant qu’ils ont la levée de garde et selon une disposition qui veut qu’un enfant abandonné soit convoyé dans les quarante huit heures au Centre d’accueil de l’enfance en danger de Yaoundé (Caed) ». Mme la présidente qui sent le roussi, n’obtempère pas.

« Nous avons appelé le commissaire du 12e qui a demandé que l’enfant ne bouge pas. Idem pour la Commission internationale des droits de l’homme que nous avons saisie », souligne-t-elle. Car ce cas n’est pas isolé. En moins d’un an, relate notre source,« c’est le quatrième enfant qu’ils viennent prendre dans ces conditions. Parfois, sans levée de garde. Au mépris de la réglementation, les enfants partent et on ne sait où». Ce qui expliquerait les soupçons (tacites) de trafic d’enfants qui pèsent sur les fonctionnaires du Minas. Pis, avec pareil état de santé, s’interroge Nomo Messina, « qu’est-ce qui est une urgence, déplacer le nourrisson ou le soigner ? Où et à quelle fin amène-t-on le bébé ?» Pour le médecin, « la transhumance du bébé en l’état lui serait préjudiciable ». S’appuyant d’une part sur la circulaire n°2007/As/10/01/Lc/Minas/Sg/Cj du 5 mars 2007 relative au signalement, à l’accueil, à la sécurisation, au placement institutionnel et familial des enfants abandonnés, dont Le Messager a eu copie, et, d’autre part sur la forme physique du petit Joe, Mme Nomo Messina a pris sur elle de le garder.

Climat exécrable

Approchée, Mme la délégué départementale des Affaires sociales pour le Wouri, ne comprend pas que son nom soit mentionné dans cette histoire qui n’est en fait qu’«un quiproquo ou un malentendu entre la promotrice de l’orphelinat et le chef de centre des Affaires sociales de Douala 5e ». Il s’y rendait poursuit-elle, « pour s’acquérir de l’état de santé préoccupant du bébé et voir dans quelle mesure procéder à une réquisition à médecin pour sa prise en charge gratuite. Il n’était nullement question de s’accaparer du nourrisson. Non !». Avant toute démarche en direction du Caed, précise Mme Marie-Dine Toafan Bouem, « nous devons d’abord lancer un appel à témoin question de retrouver la famille de cet enfant. C’est seulement au bout de deux à trois mois, conformément à la circulaire 2006 sur la question, si notre démarche est vaine qu’on peut penser à Yaoundé».

Au demeurant, cette situation met à nu le climat exécrable alimenté de suspicions et d’intrigues dénué de collaboration franche et cordiale qui prévaut entre les services sociaux et les établissements privés d’encadrement de la petite enfance. Au lieu d’une synergie qui devrait prévaloir pour la sauvegarde de l’intérêt de l’enfance en danger.

Jacques Willy NTOUAL

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